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Poésie

Posts Tagged ‘damné’

QUATRE CANTOS (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



QUATRE CANTOS

Pourquoi verte, l’éternité ?
O douloureuse, ô ineffable
fougère encore repliée
Qui n’a senti en lui crier
les premières feuilles des arbres
ne sait rien de l’éternité.

Brune sous les javelles blondes
Pareille à la terre en été
C’est toujours le matin du monde
Quand nous saluons la beauté.

Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

Ce corps battu à mort
sur l’aire nue de l’âme
qu’espère-t-il ? le van
qui criblera ses astres.

(Pierre Emmanuel)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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FEMMES DAMNÉES (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Akseli Gallén-Kallela 5  [800x600]

FEMMES DAMNÉES

Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l’horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.

Les unes, cœurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l’amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;

D’autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves
À travers les rochers pleins d’apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations ;

Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T’appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !

Et d’autres, dont la gorge aime les scapulaires
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L’écume du plaisir aux larmes des tourments.

Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d’infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d’amour dont vos grands cœurs sont pleins !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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L’Irrémédiable (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l’azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu’a tenté l’amour du difforme,
Au fond d’un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres!
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d’un gouffre dont l’odeur
Trahit l’humide profondeur,
D’éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle;

– Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu’un cœur devenu son miroir!
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
– La conscience dans le Mal!

(Baudelaire)

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Ici (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018



    
Ici la gloire? Oui, c’est ici
Que, damnés, nous avons appris
À nous sauver par le chant — Aum
Qui nous conduit au vrai royaume.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’INFINITIF DU BLEU (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
L’INFINITIF DU BLEU (extrait)

Cette longue errance n’aura donc été
qu’un rêve magnifique sous une étoile damnée,
et la cause perdue d’un exode sans fin,
une lune à cueillir sur un ciel trop distant
et pourtant,
l’âme naquit au soleil solitaire
de passagers sans lendemain qui vont, faits de mystère
et ne deviennent que par l’orage d’un secret ;
et pourtant la lumière éclaire un cheminement
incertain, mais il eût fallu monter plus haut
pour connaître enfin que la terre était loin,
et la route s’arrête là où le froid greffe
la plante fugace d’une erreur splendide
qui nous oblige à l’espoir d’encore espérer.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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La lumière de midi fait éclater les fronts (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



La lumière de midi fait éclater les fronts.
Elle peint de résine les masques insensés
Que les puissants ont pris pour traverser la ville
Où les bûchers croulants grillent le ciel géant.

Elle bouge avec l’ombre décapitée des murs
Et recouvre de chaux les cris des premiers morts.
Ses doigts d’encre ont tracé les couloirs de la peur,

Ne me demande pas ce que font ces fantômes.
Ils arrachent le coeur des colombes blessées
Et vendent des colliers d’amulettes sonores
Pour conjurer la foudre et sauver les damnés,
Mais l’enfer n’entend pas ce doux bruit d’ossements.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Julien Girard

 

 

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Qui me sépare de ma mort ? (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

(Pierre Emmanuel)

 

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Marilyn (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
je m’appelle Norma Jeane Baker
petite soeur absolue
sainte Marilyn

petite soeur de toutes les femmes
j’ai donné
donné sans retour

J ai signé
j’ai payé
diamant sur l’ongle

j’ai cherché
la grande consolation
toujours cherché autre chose

au-delà de tout
jusqu’à me rencontrer
là où les corps célestes brillent en enfer

dans le choeur des damnés
des désaccordés
jusqu’à me rencontrer

et comprendre
qu’une goutte de sang pouvait
se transformer en fleur

qu’un désespoir en talons aiguilles
pouvait défier
le monde

je suis la présence je suis
la pureté
mais la pureté blue-jean bop

la pureté valium
la pureté
cadillac

avec mes frissons d’ange
avec ma peau aux arcs-en-ciel fragiles
avec ma voix aux yeux si tristes

avec mon étourdissant besoin d’enfance
quand ai-je commencé
ma chute en paradis

je fonds sans fin
je suis
un sucre d’amour

je fonds en larmes internes
je suis la douceur de la jouissance
je pourrais faire mourir quelqu’un d’émotion

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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LE VRAI COEUR DE LA PLANÈTE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (9) [1280x768]

LE VRAI COEUR DE LA PLANÈTE

Dire lire écrire
dire ensemble
pour embrasser l’invisible
collecter des étincelles
révéler le vrai coeur de la planète

dire lire écrire
lire ensemble
pour saluer tous les damnés
ouvrir un espace aimanté
jouer sans fin aux derniers des Mohicans

dire lire écrire
écrire ensemble
pour réaccorder le souffle
tendre un fil d’Ariane
préparer l’intelligence à venir

(Zéno Bianu)

Illustration: Didier Delamonica

 

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S’EN RETOURNANT CHEZ SOI (Sándor Weöres)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



S’EN RETOURNANT CHEZ SOI

C’en est assez du monde
des quatre murs
des étoiles trop proches
de la viande de porc écorchée
de l’iniquité qui frappe les autres
je m’en retourne chez mon père et ma mère
au cercueil

C’en est assez de la souffrance des autres
de mon propre plaisir
de l’acide noir
de la cendre
de la prière damnée
je m’en retourne chez les chiens et les chats de l’an passé
à la pluie sans abri

(Sándor Weöres)

 

 

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