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Posts Tagged ‘damner’

TU DAMNES PAR LES IMAGES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
TU DAMNES PAR LES IMAGES

Pourquoi les apparences passent-elles?

Si je te touche, belle, tu glaces d’horreur,
Tu montres l’idée nue et, plus cruelle,
Avant que rien m’ait détrompé,
Déjà tu m’as lié à d’autres peines.
Pourquoi crées-tu, pensée, en corrompant?

Pourquoi persévéré-je à t’écouter?

Quel éternel secret
Me hantera toujours en toi?

Je te traque, je te recherche,
Je regravis la pente, sans répit,
Et toujours, inlassable en la tempête
Ou désarmant les rocs,
Tu damnes par les images.

Silences frémissants, élans infinis,
Courses, brûlures jalouses, faux pas,
Rires, tourments, frissons, lèvres inquiètes,
Délirante clameur,
Abandon écumant,
Impérieuse gloire,
Solitude sans nombre,

Votre lumière, je le sais, n’est pas la vraie,

Mais vivrait-on sans tes métamorphoses,
Faute heureuse?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les confitures (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



Les confitures
« Niam ! Niam! »
Les confitures
qui nous damnent
Les confitures
Plein la figure
C’est ça
Les confitures

Les confitures
Ad vitam
Les confitures
Ad aeternam
Les confitures
Qui durent / qui durent /
C’est pas
Des confitures!

(Andrée Chedid)

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Ortie aiguë (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration
    
Ortie aiguë,
Pâle ciguë,
Je vous salue.

Crapaud gelé,
Tout bubelé,
Sois consolé.

Âme de l’âne,
Chardon ! bardane !
Point ne vous damne.

Hibou du bois
Qui meurs en croix,
Jésus te voit.

Lente limace
De basse extrace,
Entrez en grâce.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Dans ma valise (Kamal Zerdoumi)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration
    
Dans ma valise
la tombe de ma mère
les quartiers de mon enfance
un peu de cette terre
qui apaise mon errance
l’eucalyptus et l’hibiscus
pour exorciser
le marronnier et le platane
et leur tristesse qui damne
Dans ma valise
Les sourires et les voix
de la poignée de vivants
qui comptent pour moi
et figent le temps
la fin du vertige
marier passé et présent
Afrique et Europe
un même continent

(Kamal Zerdoumi)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

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Pour une belle (Hector Ganier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Fabienne Contat

    
Pour une belle

A gente damoiselle
Toujours suis à rêver :
Quand l’étoile étincelle,
Le jour, dès mon lever.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon rêver !

Mais la farouche belle
Ne veut pas me chérir ;
Pour fléchir la cruelle
Que lui faut-il offrir ?
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon souffrir !

Je donnerais pour elle
Mon pigeon messager,
Avec ma tourterelle,
Et mon chien de berger.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon gager !

Pour un doux regard d’elle
Je deviendrais martyr,
Sans que jamais mon zèle
Puisse se ralentir.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon pâtir !

Pour un sourire d’elle
Je me ferais damner,
Dût la joie éternelle
De moi se détourner.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon donner !

Sur sa lèvre jumelle
Si j’arrive à quérir
Un brûlant baiser d’elle,
Je consens à périr.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon mourir !

A la Sainte-Chapelle
Je veux m’agenouiller :
« Sainte Vierge immortelle,
« Daigne la conseiller ! »
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon prier !

(Hector Ganier)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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L’andalouse (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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L’andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d’automne !
C’est ma maîtresse, ma lionne!
La marquesa d’Amaëgui !

J’ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j’ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple et sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l’inonde,
Plus longue qu’un manteau de roi !

C’est à moi son beau col qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir !

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu’elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu’on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Et qu’elle est folle dans sa joie,
Lorsqu’elle chante le matin,
Lorsqu’en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d’été !
Je veux ce soir des sérénades
A faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété

(Alfred de Musset)

 Illustration: Isabelle Jacq Gamboena

 

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Et L’on N’y Peut Rien (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2016




Et L’on N’y Peut Rien

Comme un fil entre l’autre et l’un
Invisible, il pose ses liens
Dans les méandres des inconscients
Il se promène impunément

Et tout un peu tremble
Et le reste s’éteint
Juste dans nos ventres
Un nœud, une faim

Il fait roi l’esclave
Et peut damner les saints
L’honnête ou le sage
Et l’on n’y peut rien

Et l’on résiste on bâtit des murs
Des bonheurs, photos bien rangées
Terroriste, il fend les armures,
Un instant tout est balayé

Tu rampes et tu guettes
Et tu mendies des mots
Tu lis ses poètes
Aimes ses tableaux

Et tu cherches à la croiser
T’as quinze ans soudain
Tout change de base
Et l’on n’y peut rien

Il s’invite quand on ne l’attend pas
Quand on y croit, il s’enfuit déjà
Frère qui un jour y goûta
Jamais plus tu ne guériras

Il nous laisse vide
Et plus mort que vivant
C’est lui qui décide
On ne fait que semblant
Lui, choisit ses tours
Et ses va et ses vient
Ainsi fait l’amour
Et l’on n’y peut rien

(Jean-Jacques Goldman)

 

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Comète (Bernard Damoiseau)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2016



Dans le désert de feu que damnent mes pensées
Glissent furtivement de belles caravanes
Méharis au col fier échine bossuée
Arabes en burnous en quête de savanes
Moi naufragé tenace hélant un paquebot
Je leur fais des signaux courant de dune en dune
Suppliant qu’on me hisse et qu’on m’emmène au beau
Pays des orangers et des olives brunes
Merveilleux voyageur de mon Kalahari
Il me regarde enfin le chef de l’équipage
Sous son turban hautain et méprisant il sourit
Son cortège s’enfuit indifférent mirage
Ainsi chaque matin je m’accroche au destin
D’un noble sentiment qui traverse mon âme
Et s’éloigne de moi comme on laisse un pantin
Aux blonds sables mouvants où se trame son drame
Les dromadaires bruns les méharistes blancs
N’essaiment derrière eux que l’empreinte et la fiente
Il n’est plus d’oasis le ciel est accablant
Et je brûle à jamais dans ma toile d’amiante.

(Bernard Damoiseau)

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Music-hall (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2015



Music-hall

Les épaules et les hanches
dansaient à damner les anges
dans un vertige de couleurs
au gré de trente projecteurs

(Paul Nougé)

Illustration

 

 

 

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