Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘dard’

L’amour mouillé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
L’amour mouillé

Ouvre-moi, je suis sans escorte,
Glacé, fourbu, les membres lourds,
Je t’implore, ouvre-moi ta porte,
O bonne âme, je suis l’Amour.

– Entre, voyageur, entre vite,
Pauvre enfant que l’ombre a noyé,
Pour te réchauffer, je ressuscite
La flamme éteinte à mon foyer.

Done ton carquois et tes flèches,
Ton arc, et, près de l’âtre doux,
Au flamboiement des branches sèches,
Amour, sieds-toi sur mes genoux,

Où ma main tendrement essuie
Ton corps par l’orage marri,
Ton aile que mouilla la pluie…
Que je t’aime d’être meurtri!

Que j’aime voir briller tes larmes
Et les boire à tes cils tremblants;
Combien ta souffrance a de charmes
Et qu’ils sont beaux tes pieds sanglants!

Quel étrange bonheur j’endure,
Triste enfant dans mes bras blotti,
A toucher du doigt tes blessures
Où ma caresse s’alentit.

Entr’ouvre ta lèvre féline
Au plus profond de mes baisers…
Mais, je sens contre ma poitrine
Ton dernier sanglot s’apaiser,

Comme une errante mélodie
Assourdit son ultime accord.
Amour, je sais ta perfidie
Et déjà, sous tes cheveux d’or,

Ton regard se dessille et guette,
Eteignant son désir sournois,
La plus “homicide sagette”
Emmy les dards de ton carquois.

Mais qu’elle est vaine ta traîtrise,
Amour, tant d’art est superflu,
Voici que mon coeur agonise
Pour s’être à ta douleur complu

Et la volupté m’a navrée
D’avoir vu tes larmes couler
Plus que tes flèches acérées,
O Dieu nu que j’ai consolé.

Tu ris et chausses ta sandale,
Oubliant le soir orageux;
Déjà sous le bandeau d’opale
Et dans son manteau vaporeux

L’aube t’attend par la saulaie
Adieu, mais crois que je jouis
Du mal que tu m’as fait, ma plaie
Comme un rosier s’épanouit;

Au vain bonheur que je dédaigne,
Je la préfère, sous mes pleurs
S’effeuille le rosier qui saigne
Et que m’importe si j’en meurs!

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UNE BOUCHE OU LA VOLUPTÉ… (Jean Hesnault)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017


Illustration: ArbreaPhotos     
  
UNE BOUCHE OU LA VOLUPTÉ…

Une bouche où la volupté,
Cette reine des cœurs, flatteuse et délicate,
Accorde la douceur avec la majesté,
Et règne mollement sur un lit d’écarlate ;
Une bouche où zéphyr verse l’esprit des fleurs,
Où l’Amour avec ses trois sœurs
Folâtre sur un tas de roses.
Et désarmé du trait fatal,
Entre deux lèvres demi-closes
Se joue d’un dard de coral.

(Jean Hesnault)

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon œil en te voyant (Annibal de Lartigue)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



Illustration: Abel Dominique Boye   
    
Mon œil en te voyant fut épris de ta flamme,
Mon oreille fléchit sous le son de ta voix,
Mon nez goûta l’odeur de ton précieux basme,
Et ma bouche avala le sucre de tes lois.

Mon cœur sent la rigueur de ton dard qui m’entame,
Mes yeux sont des torrents alors que je te vois,
Bouche qui ne produis que glaçons et que flamme.
Sous ton souffle odorant je me meurs mille fois.

(Annibal de Lartigue)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE POT DE FLEURS (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



LE POT DE FLEURS

Parfois un enfant trouve une petite graine,
Et tout d’abord, charmé de ses vives couleurs,
Pour la planter il prend un pot de porcelaine
Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.

Il s’en va. La racine en couleuvres s’allonge,
Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau;
Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge,
Tant qu’il fasse éclater le ventre du vaisseau.

L’enfant revient: surpris, il voit la plante grasse
Sur les débris du pot brandir ses verts poignards;
Il la veut arracher, mais la tige est tenace;
Il s’obstine, et ses doigts s’ensanglantent aux dards.

Ainsi germa l’amour dans mon âme surprise;
Je croyais ne semer qu’une fleur de printemps
C’est un grand aloès dont la racine brise
Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.

(Théophile Gautier)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VEILLÉE DE GLOIRE (Georges Rodenbach

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016



VEILLÉE DE GLOIRE

Quel orgueil d’être seul à sa fenêtre, tard,
Près de la lampe amie, à travailler sans trêve,
Et sur la page blanche où l’on fixe son rêve
De planter un beau vers tout vibrant, comme un dard

Quel orgueil d’être seul pendant les soirs magiques
Quand tout s’est assoupi dans la cité qui dort,
Et que la Lune seule, avec son masque d’or,
Promène ses pieds blancs sur les toits léthargiques.

L’orgueil de luire encor lorsque tout est éteint :
Lampe du sanctuaire au fond des nefs sacrées,
Survivance du phare au-dessus des marées
Dont on ne perçoit plus qu’un murmure indistinct.

L’orgueil qu’ont les amants, les moines, les poètes,
D’être en communion avec l’obscurité,
Et d’avoir à leur coeur des vitraux de clarté
Qui ne s’éteignent pas pendant les nuits muettes.

Quel orgueil d’être seul, les mains contre son front,
A noter des vers doux comme un accord de lyre
Et, songeant à la mort prochaine, de se dire :
Peut-être que j’écris des choses qui vivront !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Denis Jeanteur

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique,
Vous en avez prins un, et vous en voulez deux ;
Pourquoy enervez-vous les accords amoureux,
C’est pecher, disiez-vous, contre la Theorique.

Non je ne baise point qu’en pure Arithmetique,
Respondis-je soudain, deux baisers savoureux
Font nombre, l’unité est un rien mal heureux
Payez moi, vous devez une chose Physique.

Que vous estes mauvais, repliquastes vous ors,
Qui pourroit resister à argumens si forts,
Qui me font succomber en si juste querelle ?

Moi respondit Amour, et d’un dard furieux,
Qu’il trempa plusieurs fois aux flammes de voz yeux,
Il m’enfonça le coeur d’une playe immortelle.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: Gustav Klimt

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DÉSALTÉRER (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2015


 


Leonor Fini   La-Serrure-1965-Leonor-Fini [1280x768]

 

DÉSALTÉRER

Ô toi corps fléché de questions
que cherches-tu que cherches-tu ?
qui peut prétendre dévoiler l’énigme
des temps et fins de l’univers?

Croyant avancer tu t’obstines
dans cette quête sans issue
ton pied s’enfonce dans les sables
vulnérable au dard des scorpions

Loin de la pollution des sources
tu brûles de boire de cette eau pure
qui irrigue l’arbre de vie
et avive la soif d’aimer

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Leonor Fini 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qu’est-ce que le regard? (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2015



oeil [1280x768]

 

Qu’est-ce que le regard?

Un dard plus aigu que la langue
la course d’un excès à l’autre
du plus profond au plus lointain
du plus sombre au plus pur

un rapace

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HYMNE AUX BLONDES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2015



HYMNE AUX BLONDES

Voici les blondes qui sortent du fourré,
elles mourront un jour
mais bien avant pourriront
les liserons dont elles se couronnent ;
l’une piqua son bras à l’épine
et suce le sang de sa blessure,
mais qui ne trouverait
sur le corps du plus fin grain
la trace de mille blessures légères
et l’infime brisure dans la ramure d’un sein.
Blondes, il faudrait vous coucher
dans le lit asséché des rivières
avec de grosses roses et des fleurs de genêt
et puis vous entourer d’abeilles
ayant perdu leur dard dans l’assouvissement des vengeances.

(Jean Follain)

Illustration: Françoise Martin-Marie

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :