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Poésie

Posts Tagged ‘de nouveau’

Aujourd’hui, le dégel (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Jill Battaglia
    
Aujourd’hui, le dégel, aujourd’hui,
Debout, près de la fenêtre, de nouveau
Apaisée, regard dégrisé, plus encore,
Et ma poitrine — plus libre.

Je ne sais pourquoi. Peut-être
L’âme simplement fatiguée,
Et sans envie de toucher
Au crayon rebelle.

Debout, ainsi, dans le brouillard —
Au loin du bien et du mal,
Je tambourine d’un doigt léger
Sur la vitre qui vibre à peine.

Ni meilleure ni pire — par l’âme,
Que le premier venu — au hasard —
Ou que les flaques dans lesquelles
Le ciel répand ses perles,

Ou qu’un oiseau qui passe,
Ou qu’un chien qui erre, ou,
Même, qu’une chanteuse pauvre
Qui ne m’a pas fait pleurer.

Déjà, mon âme a retrouvé
L’art subtil de l’oubli.
Dégel, aujourd’hui, dans l’âme,
Pour le vaste sentiment.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sous la caresse du plaid (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Lucie Llong
    

Sous la caresse du plaid, de ses peluches,
Je fais revivre le rêve d’hier : C’était Quoi ?
— Qui fut vainqueur ?
— Qui fut vaincu ?

Je repense à tout, de nouveau,
Et, à nouveau, je souffre de tout.
Car, dans cette chose, dont j’ignore Le nom,
y avait-il de l’amour ?

Qui était le chasseur ? — Qui, la proie ?
Tout, diaboliquement, devient son contraire.
Et le chat de Sibérie ronronnait — lui —,
Oui, mais qu’est-ce qu’il comprenait ?

Dans ce duel de caractère, qui,
Quelle main avait toujours —
La balle ? Quel coeur — le Vôtre, ou
Le mien, prenait son galop ?

Et, malgré tout, c’était quoi ?
Ce que je désire tant, et repousse ?
Je ne sais : moi, vainqueur ?
— Moi, vaincue ?

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je sais que cela fait mal (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2022



    

Je sais que cela fait mal d’avoir des rêves coincés en soi
comme des cales dans une porte.
Je sais que cela fait mal de penser qu’on ne sera plus
jamais amoureux comme avant, parce que tu as pris du ventre et
des idées noires, et tu as peur de ne pas t’en sortir, au lit, et ailleurs.
Je sais que cela fait mal mais crois-moi,
tu y arriveras, de nouveau, à vivre tendrement.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Me revoilà au bord de la Néva (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2021



    

Me revoilà au bord de la Néva,
Et de nouveau, comme par le passé,
Je contemple, vivant, je crois,
Ces eaux qui semblent sommeiller.

Pas d’étincelle dans le bleu du ciel,
Tout est figé dans un calme enchanté,
Sur la Néva songeuse seule ruisselle
De la lune la lueur argentée.

Serait-ce un rêve que je fais,
Ou suis-je en train de regarder
Ce qu’à cette même clarté,
Vivants, nous avons contemplé ?

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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DANS L’OMBRE DES CHOSES (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2021




    
DANS L’OMBRE DES CHOSES

dans l’ombre des choses
j’aime me tenir
et j’aime entrevoir la création
errer à l’intuition
suivre l’étrangeté de l’art
comme cet ambigu sans nom
et plein d’incertitude —
je pars de nouveau chaque matin

(Adonis)

 

Recueil: Mémoire du vent
Traduction: André Velter
Editions: Gallimard

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Je recueille bout par bout (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2021



Abdellatif Laâbi    
    
Je recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra !
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille ?

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: L’arbre à poèmes Anthologie personnelle 1992-2021
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’eider (Henrik Ibsen)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2020



Illustration 
    
L’eider

L’eider habite la Norvège ;
c’est là qu’il réside au bord du fjord bleu de plomb.

Il arrache de son sein le moelleux duvet, et bâtit son nid chaud et tiède.
Mais le pêcheur du fjord avec son pic d’acier trempé s’en vient dépouiller le nid jusqu’au dernier flocon.

Si le pêcheur est cruel, l’oiseau a la chaleur ; de nouveau il se dénude le sein.
Et qu’on le pille encore, il revêt tout de même de nouveau son nid dans un recoin bien caché.

Mais que l’on ravisse son troisième, son dernier trésor, il déploie ses ailes par une nuit de printemps.
Il fend la brume, poitrine ensanglantée ; vers le sud, vers le sud pour une côte ensoleillée !

(Henrik Ibsen)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Régis Boyer
Editions: Les Belles Lettres

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Ils m’ont précipité dans la vie (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020




    
Ils m’ont précipité dans la vie, avec des milliers d’autres,
Comme, dans les crématoires d’Auschwitz,
Les nazis jetaient les cadavres.
Mais nous, le feu nous a rendus incandescents
Comme des barres de métal,
Comme de rouges lianes
Jaillies des laminoirs,
Comme des gerbes de flammes
Giclant hors du volcan,
Embrassant l’azur avec quelle ardeur !
Nous avons lapidé de mots déflagrants notre époque,
Abattant le bois desséché, vermoulu,
Et nous avons comblé plus d’un marais nauséabond.
Souvent aussi nous avons fait naufrage
Dans de bien tristes solitudes,
Enserrés dans les frontières du Cosmos,
Mais la vie de nouveau et toujours nous accueille
A bras ouverts :
« Vous, les miens, venez à moi ! »

(Mihai Beniuc)

 

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Ombres (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Ombres

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LE TABLEAU (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Marc Chagall
    
LE TABLEAU

Si mon soleil rayonnait dans la nuit,
Je dors – baigné dans des couleurs,
Dans un lit d’images,
Et ton pied sur ma bouche
M’étouffe et me torture.

Je m’éveille dans la douleur
D’un nouveau jour, avec des espérances
Qui ne sont pas encore peintes,
Qui ne sont pas empreintes de couleurs.

Je cours là-haut
Vers les pinceaux desséchés.
Comme le Christ je suis cloué,
Crucifié sur ma palette.

Suis-je fini,
Achevé dans ma toile ?
Tout rayonne, ruisselle, court.

Lève-toi, encore une touche
Là-bas, du noir,
Ici, le bleu le rouge se sont étendus
Et m’ont apaisé…

Écoute-moi – mon lit de mort
Mon herbe desséchée,
Les amours disparues,
Revenues de nouveau,
Écoute-moi.

Je passe par-dessus ton âme,
Je franchis ton ventre,
Je bois le reste de tes jours.

J’ai englouti ton clair de lune,
Le songe de ton innocence
Afin de devenir ton ange
Et te veiller comme autrefois.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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