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PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT

A en grincer des dents ce spectacle
de gros pourceaux sur les terrasses
et sur les golfs des palaces
remontés à coups d’engrais et de vols,
des chouchous du bon dieu.

Plus dur
à supporter, toi qui n’es personne,
foreur au ciré bon marché,
petit-bourgeois, huissier, assesseur, coursier,
plus triste ton visage jauni.

Foutu
toi qui t’abandonnes à qui te mène
par le bout du nez, dé de vent modéré,
forgeron de tes menottes,
accoucheur de ta mort,
épicier du poison
qui te sera administré.

Sans doute
ils sont nombreux à te promettre
l’abolition du meurtre.
Les meurtriers t’invitent
à partir en guerre contre lui.
Ce n’est pas le crime qui perdra
la partie, mais toi : le crime
ne fait que changer de visage.
Le sang des victimes, lui, reste noir.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Nomade (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Nomade —
jusqu’à ce que nulle part, fleurissant
dans la prison de ta bouche, devienne
tout lieu où tu es : tu
as lu la fable
qui était écrite dans les yeux
des dés : (c’était
le mot-météore, griffonné par la lumière
entre nous, cependant que nous, à la fin,
n’avions aucune preuve, ne
pouvions pas produire
la pierre). Les dés
maintenant reconnaissent ton nom. Comme pour dire,
où que tu sois
le désert est avec toi. Comme,
où que tu partes, le désert
est nouveau,
est en marche avec toi.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Dialogue divague (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




    
Dialogue divague

— Votre langue divague
Dès que vous écrivez

—C’est que toujours je cherche
Le point parlant de votre corps.

— Vous vivez dans un mythe
Moi je suis sans limite

— Pourquoi dans l’invisible
Glissez-vous votre tête ?

—C’est que je cherche un mur
Qu’aucun mot ne franchit.

—À vous aimer je joue
Aux dés noirs du néant.

— Aimer n’est pas tenter
D’être ma vie seconde.

—Seule votre semblance
Me reconduit au monde.

— Mais je reste au-delà
De votre longueur d’onde.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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Ils ont sondé Notre Horizon (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Ils ont sondé Notre Horizon –
Puis disparu
Tels des Oiseaux avant d’atteindre
Une Latitude.

Notre Remémoration d’Eux
Délice assuré,
Mais Notre Anticipation
Doute – Coup de dés –

***

These tested Our Horizon –
Then disappeared
As Birds before achieving
A Latitude.

Our Retrospection of Them
A fixed Delight,
But Our Anticipation
A Dice – a Doubt –

(Emily Dickinson)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Voici le long festin de pierres (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Max Mitenkov  the_fogman_by_vimark-d462ddz

Voici le long festin de pierres
Toutes celles qui m’ont blessé
L’orgue moulu par les idoles
Dont les crocs ont percé le masque
Me joue une messe burlesque
Les yeux aimés la belle épaule
L’ange de moi s’est détourné
Tous les poisons sont vendangés

Voici le grand festin amer
Où tous mes regrets sont muets
Je n’ose pas les regarder
Un regard les ferait pleurer
C’est le festin du grand désert
Tous les mirages me condamnent
Encore au loin l’ange ricane
Tous les poisons il faut les boire

Voici qu’au grand festin de mots
Il règne un silence de mort
Les mots d’amour sont défendus
Et je consterne les convives
A peine ai-je osé murmurer
J’entends ses pas fuir mon ouïe
J’écoute et je m’entends mourir
Me souvenant des pas anciens

Quelques-uns dans les escaliers
En se hâtant vers quelque fête
Faisaient rouler un bruit de dés
Dans le coeur inquiet du poète
Et je gagnais en ce temps-là
Je te gagnais à chaque pas
As-tu oublié nos baisers
L’art du désert va m’effacer

Qui a joué qui a gagné
Ma sirène dans la tempête
Et moi je suis le naufragé
Reclus dans la terre promise
L’amour est là à partager
Personne ne vient y toucher
Et la maison qui abritait
Ce que l’amour pouvait sauver

Est vide et sur le palier noir
Dédié au parfum que tu laisses
C’est le froid seul qui est resté
Tu as oublié d’emporter
Ton souvenir que j’embrassais
Derrière la porte fermée
Toi la beauté qui n’apparais
Que pour chasser celle des autres

Sans fin les bruits du monde passent
Leur rouleau de fer sur mes rêves
Pour te préparer un chemin
Mais tu n’arrives pas j’écoute
Je n’entends que les pas des autres
Reviens reviens que je te dise
Ferme les yeux quand je t’embrasse
Que vois-tu je vois le beau temps

(Ernest Delève)

Illustration: Max Mitenkov

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Errance (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration: Fabienne Contat
    
Errance

Le vent bruisse et je m’en vais nu-pieds
Les fleurs jaillissent sur le sentier
Je cherche la Fontaine de Cé

De-ci de-là entre les fraisiers
je t’y avais donné un baiser
Sur l’arbre le corbeau fait le gué

Oú est l’eau au bon goût de rosée
C’est l’eau qui me rendra la santé
qu’Éros enfant a joué aux dés

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jette les dés (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



    

Jette les dés

Jette les dés. Qu’importe ce qu’ils disent.
Chaque point noir est un grain de beauté
et s’il te vient le souci de victoire,
pense qu’un geste est plus beau qu’un présent.

Le tapis vert, le gobelet de cuir
et la musique et l’orage du ciel.
Ô ce destin d’attendre quelques chiffres
et de compter ce qui ne compte pas !

Jette les dés comme on jette sa vie
dans le temps noir pour offrir un éclair
et reprends-les bien vite pour le jeu
car immobile il te faudrait mourir.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Laisse les molécules se déchaîner (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Laisse les molécules se déchaîner,
et jouer le sort du monde aux dés!
Laisse aussi sophistication et emphase,
ne préserve que l’extase!

***

Laß die Moleküle rasen,
was sie auch zusammenknobeln!
Laß das Tüfteln, laß das Hobeln,
heilig halte die Ekstasen!

(Christian Morgenstern)


Illustration

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Retouche au lointain (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017



Illustration: Eric Touraille
    
retouche au lointain

Le silence est petit petit
un dé à coudre.

Au bout du fil
les bateaux d’une enfance pénible

l’été les mains ouvertes.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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ON MEURT SANS MÊME SE REGARDER MOURIR (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



 

ON MEURT SANS MÊME SE REGARDER MOURIR

On meurt sans
même se
regarder mourir.

Vous le disiez.

Sa propre main
sur les yeux.

Tu le craignais.

Peut-être afin
d’enfermer puis de coudre
à jamais cette image.

Dans le sac.

Mais l’obscurité
qu’annonce-t-elle
au juste?

On la dit soeur
incestueuse
de la flamme.

De cette lumière
qui nous anime.

Avant d’en terminer.

Les mains jointes
de force.

(Franck Venaille)

 

 

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