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Poésie

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Vous qui savez aimer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Eugène Louis Lami
    
Vous qui savez aimer, vous qui savez comprendre,
Oh ! Ne vous laissez pas décourager en vain,
Poète dont le coeur, à la fois triste et tendre,
Vibre à chaque émotion du vaste coeur humain !

Gardez toujours en vous la frêle poésie,
Gardez toujours en vous son doux rythme touchant,
Ecoutez bien la voix, âme qu’elle a choisie ;
Gardez toujours en vous la lumière et le chant !

Gardez toujours en vous cet idéal suprême,
La noblesse de l’âme avec celle du coeur ;
Que votre vie soit la poésie même !
Et soyez de vous-même et du monde vainqueur !

Que rien ne vous attriste et ne vous décourage.
Sachant que vous avez l’harmonie et l’amour ;
Persévérez toujours ! — Ayant le grand message
Que chantait autrefois le moindre troubadour.

Oh ! Le monde a toujours été dur aux poètes !
Car la réalité tuait leur idéal,
Mais vous, — Ah ! Soyez grand ! Que tout ce que vous faites
Ait l’élan victorieux d’un hymne triomphal !

Et songez, quand parfois vous êtes seul et triste,
Que votre vie, hélas ! comprime votre coeur,
Ce coeur plein d’harmonie et de rêves d’artiste,
Songez que tout cela doit vous rendre meilleur !

Songez que cette vie ennoblit, ô poète !
Songez que chaque épreuve est un progrès de fait ;
Que c’est un pas de plus vers le sublime faîte ;
Songez que tout cela tend à rendre parfait.

Si votre force, hélas ! parfois s’est endormie,
Qu’à peine vous pouvez rester fier et debout,
Souvenez-vous alors d’une petite amie
Qui saura vous comprendre et souffrir avec vous !

(Renée Vivien)

 

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Dans le village (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Mathurin Méheut 
    
Dans le village encerclé par les champs,
les maisons penchées sur les bancs
voient venir les chars aussi hauts qu’elles
de moissons d’où tombe, apaisé, le soleil.

La joie s’ouvre comme un fruit
et roule jusqu’à la mer
avec des arrêts dans les villes
près des ponts d’où la terre s’enfuit.

Un tas de feuilles respire doucement
au bord du chemin que personne ne prend.
Un coup d’aile de clarté dévaste la terre,
la peur se retire de l’espace visible.

Des fleurs sèchent sur la tapisserie,
la fraîcheur est debout dans le couloir,
le vent sort un peu de sa vallée
et la fumée gagne sans peine l’éternité.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Et la nuit notre chambre a été condamnée (Yehuda Amichaï)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
Et la nuit notre chambre a été condamnée

Et la nuit notre chambre a été condamnée
comme la tombe d’une pyramide. Au-dessus de nous
une montagne de larmes étrangères, comme du sable amassé,
de nombreuses générations au seuil de notre couche.

Et le temps de notre corps dort très fort
sur les murs à nouveau se dessine
le chemin par lequel passent nos
âmes. Est-ce que tu les verras? Une barque passe.

Deux sont debout, les autres rament.
Et les étoiles au-dessus, celles des autres
le fleuve du temps se transporte sans trouver de réponse.

Et nous sommes momifiés dans notre grand amour.
Et comme après l’éternité vient le matin
un archéologue joyeux — à lui la lumière.

(Yehuda Amichaï)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Orner
Editions: Gallimard

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A mon Démon familier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: John Henry Fuseli
    
A mon Démon familier

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !
Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes
Et qui te tiens debout clans la chambre et regardes,
Emporte-moi sur tes ailes de goémon !

Tu règnes sur mon coeur implacable et suprême !
Que le vent de la mer nous emporte tous deux
Dans le divin mépris des courants hasardeux,
O toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime ! …

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,
De leurs propos mesquins, de leurs coeurs infidèles.
Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes
Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,
Me voici faisant face à l’orage, à la mer…
O mon Démon, accours à ma voix, comme hier,
Et reconnais en moi ton Maître, le Poète ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Mon amour (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Odile Wysocki-Grec
    

Mon amour

Sanglant ainsi qu’une lame,
Mon amour est une flamme
Debout sur les hauts sommets;

Il est le cyprès pourpré
Brûlant au bûcher sacré
A ces bords qu’Héros aimait;

Le feu que les vents attisent
En la nuit qu’aromatisent
De bleus tourbillons d’encens;

Le javelot d’or qui darde
A travers la nuit blafarde
Son élan resplendissant.

Dans sa somptueuse gloire,
Il est, sur le promontoire
Dominant les flots soyeux,

L’ardent autel où rougeoit,
Le coeur palpitant de joie,
La victime offerte aux dieux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Silex (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Illustration
    
Silex au geste sans miroir
Silex au geste sans écho
Solitaire ombre debout
Au bord de la Voie lactée

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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San Francisco (Maxime Le Forestier)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017




    
San Francisco

C’est une maison bleue
Adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
San Francisco s’embrume
San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez moi

Nageant dans le brouillard
Enlacés, roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la kena, jusqu’à la nuit noire
Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux

Puisqu’il est heureux, on s’endormira
San Francisco se lève San Francisco se lève
San Francisco ! où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

C’est une maison bleue
Accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clef
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musique
Peuplée de lumière, et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout
Si San Francisco s’effondre
Si San Francisco s’effondre
San Francisco ! Où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

(Maxime Le Forestier)

 

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Dans le vieil ormeau mort debout (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2017



 

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Dans le vieil ormeau mort debout,
Dans ce squelette à contre-ciel
Qui tient tête au vent noir,
Notre mémoire bat toujours.

Il avait charge de ce monde,
Nous mêlait à l’enfance des fables,
A ses viviers d’étoiles tutélaires,
A ces milliers d’oiseaux enfuis
Par la brèche du temps.

Il nous garde vivants
Dans sa houle de songes.

Il nous aide à tenir
Encore un peu.

(Pierre Gabriel)

Illustration

 

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Le temps vient d’une parole douce (Jacques Tornay)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2017



Le temps vient d’une parole douce,
compagne qui a survécu aux hivers
dans le pays où rien n’est perdu,
étrangères aux lois du monde familier.

On essaie d’habiter l’intérieur de soi
de ses propres voeux, sans relâche
vers une réalité possible à transcrire.
Le poids du corps fait bouger la terre.

Dans le relatif absolu, le fugace durable,
l’être debout sur le seuil écoute
son plus grand mystère, ses mains
fleurissent lentement à l’écho d’un soleil.

(Jacques Tornay)

 

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