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Poésie

Posts Tagged ‘décadence’

Interlude (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Interlude

Recueillons-nous; allons reviser nos amours.
Tous ces marais fermés sentent la pourriture,
La décadence; il faut oublier pour toujours
Ce qui fut notre seule nourriture.

Cette nuit sur l’étang de Foulc, en fin décembre,
Ces passages dans l’ombre et ce grand ciel hanté,
Tout cela serait-il une extase de chambre,
Un aveu brutal de stérilité ?

Pourtant le vent sentait l’homme si fortement!
Ce n’était pas un vent d’idéal, de chimère,
Il était tout gonflé des merveilleux relents
Des eaux dormantes et des fondrières.

Il y a quelque chose de mort dans cette âme,
Quelque chose qui ne bat plus, qui sonne creux!
Sagesse! et les destins ironiques proclament
La naissance d’un jour clair et joyeux!

Sagesse! il faut viser aux choses éternelles,
Retourner vers le temple et ses secrets accords,
Où l’on entend, quand on se penche sur leurs stèles,
Si doucement battre le coeur des morts…

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration

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Toutes choses (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

    

Toutes choses sont créées par Dieu.
L’Amour est Son corps.
Il est sans forme, sans qualité, sans décadence.

Cherche à t’unir à Lui.
Ce Dieu indéterminé prend des milliers de formes aux yeux de ses créatures :
Il est pur et indestructible.
Sa forme est infinie et insondable.

Il danse extasié
et des vagues de formes s’élèvent de Sa danse.

Le corps et l’esprit débordent de bonheur
quand ils sont touchés par Sa joie infinie.

Il est immergé dans toute conscience,
dans toute joie, dans toute douleur.
Il n’a ni commencement ni fin.

Il tient tout dans sa Béatitude.

(Kabîr)

 

 

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Aimons-nous tranquillement (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017




Aimons-nous tranquillement, en pensant que nous pourrions,
Si nous le voulions, échanger baisers, étreintes et caresses,
Mais qu’il vaut mieux rester assis l’un près de l’autre
A écouter le cours du fleuve et à le voir.

Cueillons des fleurs, et toi prends-les puis garde-les
Entre tes bras, que le parfum rende ce moment doux –
Ce moment-ci où en toute quiétude nous ne croyons en rien,
Païens innocents de la décadence.

Au moins, si avant toi je suis une ombre, lors tu te souviendras de moi
Sans que mon souvenir te brûle ou te blesse ou t’émeuve,
Pour ce que nous n’avons jamais uni nos mains, ni joint nos lèvres,
N’ayant jamais été que des enfants.

Que si me devançant tu apportes l’obole au passeur ténébreux,
A nulle douleur ton souvenir ne me vouera. Douce,
Tu seras douce en ma mémoire, évoquée ainsi – au bord du fleuve,
Païenne triste et des fleurs sur le sein.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Edouard Manet

 

 

 

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



chateau-hante

Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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CHAMBRE AMIE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



CHAMBRE AMIE

Le livre à moitié lu, corrigeons notre corps,
la table dégarnie, la porte inapaisée…
Ta décadence me réveille. Le décor
fait place au givre qui se penche à la croisée
et qui salue le parc de sa claire chanson.
Je te reproche d’être celle qu’on respire,
toujours sevrée, toujours semblable à la rançon
que réclame la soif, toujours prête à écrire
le testament de notre chair. Tu me reçois
dans ta moiteur, entré ta phrase dévêtue
et ton image à sec. Puis d’un geste sournois,
surprenant un sonnet sur ma peau, tu le tues.

(Alain Bosquet)

Illustration: Edward Hopper

 

 

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LE FLEUVE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



LE FLEUVE

L’ange exilé des cieux qui porte le silence
Se mire dans le Fleuve où se fane le soir.
Et sur le bord tranquille où la Paix vient s’asseoir
La nuit répand, suave, un vent de confidence.

L’âme se laisse aller sur des flots sans cadence.
Le souvenir, errant aux rives du passé,
Recherche l’aviron que les temps ont brisé,
Pour rembarquer l’azur des jours en décadence.

Mais le Présent écoute au vague étang désert
Vibrer, comme un cristal, la pureté des airs
Sous l’essaim des oiseaux que la blancheur escorte.

Et, virginal parmi les vols immaculés,
Un grand héron, penché sur les mois écoulés,
Attend le vain retour des belles lunes mortes.

(Jacques Rabemananjara)
Illustration

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