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Posts Tagged ‘décapité’

C’est vrai qu’il avait cru voir Dieu (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



C’est vrai qu’il avait cru voir Dieu.
Frappé de plein fouet par le rayon insoutenable
il s’était d’abord couvert la face de ses mains,
et la souffrance l’avait courbé en deux.

Maintenant il ne bougeait plus.
Recroquevillé sur lui-même, les yeux muets,
il se regardait dans le fleuve de paradis.

Les pierreries d’argent reflétaient son visage
mais renversé, décapité, flottant et figé.
Le vent soufflait si fort
qu’il avait retourné jusqu’aux feuilles d’acanthe en marbre.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

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L’ÉQUINOXE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
L’ÉQUINOXE

Un coq à d’autres coqs répond. Le temps est gris,
L’équinoxe roulant ses tonneaux à grand-peine
Depuis la mer du Nord jusqu’aux bords de la Seine
À travers les odeurs, les éclairs et les cris.

Le corps décapité de l’évêque Denis
Saigne avec les raisins d’Argenteuil et Suresnes.
On enchaîne à des chars des héros et des reines.
Les temples, un à un, croulent sur les parvis

Mais, tout à l’heure encore, un arc-en-ciel de nuit
Enjambait la vallée et la lune vers lui
Roulait. Le jour parut et tout ne fut que brume.

Mérite-t-il vraiment le nom de jour, ce jour
Dont s’encrasse la ville et la vie et l’amour ?
Oui, car la flamme enfin, dans le brouillard s’allume.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les rossignols bleus (Patrick Druart)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Les rossignols bleus
le bouddha décapité
ne les entend pas

(Patrick Druart)


Illustration

 

 

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Le ciel s’est décapité comme (Josyane De Jesus-Bergey)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



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Le ciel s’est décapité comme
un chien ronge son os
nous avions la même année
nos mères avaient crié dans
la même barque
ce premier jour.

Nés entre croix et voiles
le bleu à tes côtés

je cherche mes couleurs.

(Josyane De Jesus-Bergey)

 Illustration: Bruce Krebs

 

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La cathédrale de Chartres (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016




La cathédrale de Chartres

Au bout de la rue était une étendue grise, délavée, dévastée de vent.
Je respirais à grands coups comme au bord de la mer.
La cathédrale se dressa dans le ciel avec une grandeur et une droiture intolérables.

C’est un rocher qui émerge des vagues, frotté de sable et bruni d’algues.
La pierre des tours chante de vent. C’est un rocher couché dans la hauteur.
Des corps décapités s’y multiplient jusqu’au sommet.

C’est un vaisseau frappé par sept naufrages.
Et moi, Dieu merci, je ne sais plus d’où je viens.
Je ne sais pas où je vais, je suis noyé et débarrassé de toute vie.

Je suis un corps que le flux aspire et rejette.
Je vais buter sur les pointes, sous les prophètes,
contre les guerriers, devant les reines aux tresses de cordage.

C’est un grand rocher évidé sur le ciel, et le ciel même glisse dans ses brumes,
mais ce roc humain est une montagne de foi.
Le rocher le plus sûr peut-il retenir le noyé qui s’y cogne ?

(Luc Dietrich)

Illustration: Jean-Baptiste Camille Corot

 

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Décapité (Pierre Kara)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2016



Dans le royaume de la Vérité
impassible j’erre décapité
Je jouais depuis longtemps avec elle
chevauchant tous deux sur la même selle

Son voile tombait fragment par fragment
J’allais devenir enfin son amant
quand cessant brutalement d’être tendre
sa main s’empressa jusqu’à me pourfendre

Depuis ce jour j’erre décapité
dans le royaume de la Vérité
Je n’ai plus besoin de chercher la cible
la cruelle m’a rendu impassible

(Pierre Kara)

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LES DORMEUSES (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2016



 

LES DORMEUSES

L’AGE d’or a tenu sa dernière promesse
Et du même buisson qui, pour nous, s’était tu,
L’iris de la vallée, un prince calme et nu,
A surgi, frère et fils de la blanche déesse.

Le baiser qu’il nous vole est celui qui nous blesse,
L’aurions-nous désiré sans l’avoir obtenu…
Le seul corps que nos bras n’avaient pas défendu,
Pour le dépayser, rôde sous sa caresse.

Délivré par nos mains du jour qui lui fait peur,
Mêlant à nos regards les yeux d’un autre coeur,
Le dieu décapité nous apporte sa tête.

— Quel visage est celui que tu nous as donné,
Quand nous avons changé de souffle et de tempête,
Vertige par le nôtre aujourd’hui couronné ?

(Louis Emié)

Illustration: Gustave Courbet

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Chanson d’une dame dans l’ombre (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2016




    
Chanson d’une dame dans l’ombre

Quand vient la Silencieuse et coupe la tête des tulipes :
Qui gagne ?
Qui perd ?
Qui s’avance vers la fenêtre ?
Qui nomme en premier son nom ?
Il en est un, qui porte mes cheveux
Il les porte comme on porte les morts à bout de bras.
Il les porte comme le ciel portait mes cheveux dans l’année, celle où j’aimais
Ainsi il les portait par vanité
Celui-là gagne.
Celui-là ne perd pas.
Celui-là ne s’avance pas vers la fenêtre
Celui-là ne nomme pas son nom.
Il en est un, qui a mes yeux.
il les a, depuis que les grandes portes se sont refermées.
il les porte comme anneau aux doigts.
Il les porte comme éclats de plaisir et de saphir :
Il était déjà mon frère à l’automne ;
Il compte déjà et les jours et les nuits.
Celui-là gagne.
Celui-là ne perd pas.
Celui-là ne s’avance pas vers la fenêtre
Celui-là nomme son nom en dernier.
Il en est un, qui a ce que j’ai dit.
Il le porte sous le bras comme un paquet.
Il le porte comme l’horloge porte sa plus mauvaise heure.
Il le porte de seuil en seuil, il ne le jette pas au loin.
Celui-là ne gagne pas.
Celui-là perd.
Celui-là s’avance vers la fenêtre
Celui-là nomme son nom en premier.
Celui-là sera décapité avec les tulipes

(Paul Celan)

Recueil: Contrainte de lumière
Traduction:
Editions:

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Coup de silence (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



 

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Coup de silence
la distance détale
Echo de sans bruit
le premier cri rejoint la douleur décalée
décapité lucide

Le printemps dégorge un froid miocène
Déjà l’été courcit le jour
Et le retard annonce
Et le premier succède

(Michel Deguy)

Illustration: Carry Akroyd

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Le jour grisonne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2015




Le jour grisonne aux temps des coteaux
Jour bientôt décapité par la chute de la nuit
L’air tremble
Dans le froid coupant comme un rasoir
Le sol résonne comme un tambour
Dès que le jardin ferme les yeux
La lune escalade le mur

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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