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Poésie

Posts Tagged ‘décapiter’

Patience (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Patience

Le poème à venir, en puzzle invisible,
Attend que le poète accède à son secret
En rassemblant les mots dans un tableau discret
Où, de l’émotion, jaillira l’indicible.

Trop souvent nous voulons la rime inaccessible,
L’alexandrin sublime et tel un couperet,
Notre inattention décapite à regret
Le vers surestimé qui devient insensible.

Écouter le silence est un profond travail.
La vérité nous vient au travers du vitrail
Par la douce lumière. Il faut savoir l’attendre.

Dans le torrent fougueux, je deviens le rocher
Pour caresser l’eau vive, essayant de comprendre
De la source à la mer ce qu’il me faut chercher.

(Jean Moraisin)

 

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DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE

Dormeuse aux lèvres de soleil,
Dormeuse au sourire d’eau calme
Où dérivent de lents nuages,
Oh ! sous ta paupière close
La rosée de ton regard,
Ma fileuse d’aurores douces,
Ma dormeuse nue dans la robe
Profonde et soyeuse des fleuves
Je murmure ton nom de songe à ton oreille,
Je te parle des grands vaisseaux qui appareillent,
Je t’offre les joyaux qui brûlent dans les vagues
Ou que l’écume heureuse roule
Sur les plages de mon enfance,
Je caresse les tourterelles qui roucoulent
Aux tièdes nids de tes aisselles,
Tu souris et tu ne t’éveilles
De ton grand sommeil enchanté.
Il fait bon, si bon dans ton rêve,
O mon enfant, ma si tendre inconnue
Silencieuse, ô ma décapitée.

Toi qui circules dans ma vie
Comme une source dans la terre,
Et je connais ta voix amie,
Fleur de printemps parmi l’hiver,
Toi qui me lies et me délivres
De mes murs et de mes décombres,
Magicienne qui ravives
Mon ciel des couleurs de l’enfance,
Belle de jour, belle de nuit,
Soleil de tous mes paysages,
Navire près de mes rivages,
Ile proche dans mes naufrages,
Refuge en mes déserts de neige,
Azur sur tous mes continents,
Comment, comment te nommerai-je
Sans que tu meures de ton nom ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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La beauté (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



La beauté
nous décapite.

(Christian Bobin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Sardines à l’huile (Georges Fourest)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2015



Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets!
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients!
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons!…

Sans voix, sans mains, sans genoux*
sardines, priez pour nous!…

* Tout ce qu’il faut pour prier (note de l’auteur)

(Georges Fourest)

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SUICIDE PROVISOIRE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2015


 


 

Cesare Lapini  (1853)

SUICIDE PROVISOIRE

au fond des tiroirs bleus
dont les clés sont parties vers des serrures sauvages
et les lettres égarées dans la foire aux aveux
au fond des tiroirs couleur de lycéenne
entre un cigare flétri et une paire de gifles
datant du dernier scandale
il arrive de ramasser
des lèvres amères
récitant des mots proches
qui descendent comme des cailloux
la pente de la voix

des lèvres rares et brèves
qui s’ouvrent pour laisser passer
un espion déguisé en orchestre
je ne sais plus quelle symphonie
s’agrippe à un cerceau de flammes
et maintenant se dresse la fenêtre
sans âge ni lumière
soeur des lèvres amères
c’est par elle que rentrent les névroses
gantées de mains humaines
qui décapitent les femmes
après l’amour

il y a sur une certaine table
un objet qui sourit à travers tous les sommeils du monde
c’est un visage
jamais aperçu
jamais oublié
un visage que berce
l’infinissable neige du souvenir.

(Georges Henein)

Illustration: Cesare Lapini

 

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