Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘décharger’

UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



    
UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES

avec le bout de ma langue j’allaitais les fautes.
ZEYNEP KOYLU

I
Le hennissement d’un cheval
déchire la housse du sommeil,
réajuste les images
et le tilleul bréhaigne frémit.
Le maçon, un homme sans visage,
décharge des briques crues et des pierres
devant la porte branlante.
Le muret et le four ancien
reviennent à leurs places
et moi, fillette de cinq ans,
je cours autour de la claie et je pleure
pendant que le cochon mord à belles dents
ma poupée de chiffon,
l’unique,

comme toutes les amours uniques
que le temps disjoint,
comme s’il voulait vérifier
l’endurance du cœur.
Personne ne m’entend.
Les araignées tissent des voiles de mariée
sur le poirier en fleur,
le maçon, impassible, taille
des pierres pour une nouvelle maison
dans laquelle il n’entrera pas.
Si je l’avais appelé,
si j’avais dit grand-père,
aurait-il entendu le sang ?

II
Je n’ai jamais prononcé à haute voix
son nom
que j’apprenais d’une photo,
clouée sur une poutre au grenier.
Les silences de mon père,
les oiseaux de l’accusation
dans les yeux de maman
à cause d’un péché d’autrui
rongeant le sang de la descendance.
Le sommeil rend des mots oubliés
et m’apprend les mantras de la nuit
que la vie passe sous silence.
Son nom est un chaton apeuré
enfoui sous le lit de ma langue.
Je l’épelle en sourdine
avec la persistance de quelqu’un
qui ne veut pas se réveiller
avant de réécrire le songe
de sa vie.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nouvelle harmonie (Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



batteur-de-tambour-ousmane-sow

Un coup de ton doigt sur le tambour
décharge tous les sons
et commence la nouvelle harmonie.

Un pas de toi, c’est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.

Ta tête se détourne : le nouvel amour !
Ta tête se retourne, – le nouvel amour !
(Rimbaud)

Illustration: Ousmane Sow

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)

Illustration: Danielle McManus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous irons au hasard (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
nous irons au hasard
déchargés des formes
vacillantes entravées
par les cimes de la forêt
où se tisse le murmure
par les escales de l’air
où rêvent les nuages
par l’horizon indemne
de la mer du paradis
quand nous serons
capables de voler

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A… (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



A…

Décharge mes souhaits de leur lourd chargement.
La vie est vaste et ne se presse pas.
Il y a beaucoup de pays sur cette terre
Et beaucoup de nuits sous le firmament,

Qui donc sait l’équation
De la vie, des souffrances ?
Peut-être qu’en des jours ultérieurs
Tout cela s’évanouira.

***

An…

Nimm meiner Wünsche schwere Last.
Das Leben ist weit und ohne Hast.
Es gibt viel Länder der Welt
Und viel Nächte im Zelt.

Wer weiss denn eine Waage
Des Lebens der Leiden?
Vielleicht wird in späteren Tagen
Sich dies alles scheiden.

(Hannah Arendt)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PAUVRES TROPIQUES (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




PAUVRES TROPIQUES

A chaque retour, il klaxonne et klaxonne
au bas de l’immeuble,
afin que femme et enfants déchargent le coffre,
emportent les provisions de viande et de légumes.
Sous les balcons, avec le chien qui aboie,
il sent l’orgueil emplir sa poitrine,
l’orgueil du chasseur victorieux,
à mesure que les clameurs pour tel shampooing,
l’approbation de la tribu
le confirment dans son rôle et magnifient
son incroyable habileté.

(Gérard Noiret)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »