Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘décharné’

CHEVAL BLEU (Dora Teitelboïm)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
CHEVAL BLEU

Cheval bleu, cheval de feu
Plus vite, plus vite,
Plus loin et plus loin,
File encore, file
Au galop,
Franchis
Les jours tels des fleuves profonds,
Les nuits, ces abîmes, sans
Pourtant m’y précipiter.
Il est triste, il est décharné
Ton cavalier.
Traces perdues,
Les vents – rênes dénouées,
Les lampes au loin – éteintes,
Les épis de la vie, – battus,
Mon rêve – une étoile
Déjà brillée sur mes épaules,
Et la bouche aux paroles blanches –
Des dents brisées.
Cheval bleu, cheval de feu
Plus vite, plus vite,
Frappe de tes sabots les pierres,
Vole par la flamme et l’épée,
Dans la nuit, que tes étincelles
Allument les étoiles sur la terre.

(Dora Teitelboïm)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me souviens (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Jean-Marie Manson
    
Je me souviens de vos plissées oreilles
Je me souviens de vos décharnées mains
Je me souviens de vos jaunis cheveux
Je me souviens de vos cassés et tristes reins

Tous les deux nous avons larges vingt ans pleins
Ma femme je te regarde avec des yeux de cent ans
Mais mes yeux se révoltent la digue des ans crève

Et je ne peux plus croire
À tes plissées oreilles
À tes décharnées mains
À tes jaunis cheveux
Aux tristes cassés reins

Puisqu’ils bougent si blancs flot de baisers germés
Aux creux de nos lits chauds sur le temps refermés.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et puis, voici l’eau creuse (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



Et puis, voici l’eau creuse, l’eau profonde où les
amours blondes et fleuries ont sombré dans la mort
grandiose en marbre noir. Le saule étend sur l’eau
profonde ses griffes de tigre, ses racines déchaussées. Il
mourra debout, comme un homme doit mourir,
comme un tigre doit mourir, guettant la fleur stérile, le
nénuphar immobile qui chante sur l’eau profonde. Il
est fort. Il retient dans ses serres la laine décharnée du
temps, la cruauté vivace et sans visage, mon destin.

(Maurice Blanchard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô DONNE-MOI TON CORPS (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Ô DONNE-MOI TON CORPS ouvert en grand secret
La où la profondeur est énorme et sauvage
Où le temps est perdu dans l’abîme оù l’ardeur
Se consume parmi l’unique et le ravage

Ô vie! organe empli des forêts et des mers
Donne-moi l’unité par ma superbe épouse
Moi-même, pour brûler de l’amour décharné
Que demande l’esprit sans homme et sans épouse.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je croyais (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je croyais

Mon chemin, je croyais, me mènerait, bien sage,
Parmi les champs d’épis, à travers l’or des blés.
Chanteraient près des fruits des oiseaux assemblés.
Je me reposerais dans un petit village.

Et je partis. L’aube pointait. Le paysage
Se rappelait encor ses instants étoiles.
Par les pleurs du matin, les cieux étaient voilés,
Dans l’automne volait la corneille sauvage.

En ce désert qui pleure on ne voit nul épi.
Aux arbres décharnés s’acharne le souci
Peignant ses nids en brun contre la feuille sèche.

Que ce désert est dur ! Qu’il est triste et rétif!
Aucune fleur ne vient sur ce sol bien trop rêche.
Si! quelquefois… le sang d’un pavot rouge vif!

(Attila Jozsef)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Et chaque morte est aussi légère et aussi lourde que les ombres de la nuit (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



auschwitz

Et chaque morte est aussi légère
et aussi lourde que les ombres de la nuit,
légère tant elle est décharnée et lourde
d’une somme de souffrances
que personne ne partagera jamais.

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il ne restera rien (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018




O Princes, sachez-le bien,
Sachez-le Aigles et Jaguars,
Le jade et même l’or,
Aussi là-bas s’en iront,
Là-bas où sont les Décharnés…
Nous partirons, peu à peu nous disparaîtrons,
Il ne restera rien…

***

Xic yocoyacan in antepilhuan
cuauh’tamocelo
oncan on Ximohua yehuaya
zan tipupulihuizque
ayac mocahuaz Iyyo.

(Nezahualcoyotl)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

Seulement avec des fleurs (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 


Emeraudes,
Ors,
Tes fleurs,
O dieu !

Tes richesses,
O toi par qui vivent toutes choses :
Fleurs de mort par l’obsidienne ,
La mort dans la guerre !

La mort dans la guerre,
Vous partirez la connaître !

A la guerre, aux abords de l’incendie,
Vous la connaîtrez !

I1 y a poussière de boucliers,
I1 y a pluie de maïs noir.

Où peut-on vraiment le connaître,
Le Lieu du Mystère,
Le connaître avec ses yeux ?

Le gloire, seulement,
La noblesse
meurent dans la guerre,
Si peu de chose s’en va 1à où sont les Décharnés

Seulement avec des fleurs
Partir…

(Nezahualcoyotl)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La vache (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



    

La vache

Vieille, avec sa bouche édentée,
Les ans enroulés à ses cornes.
Sur la route qui mène aux champs,
Le vacher la brutalisait.

Son coeur est sourd à tout chahut :
Les souris grattent dans un coin.
Elle pense — son âme est triste —
Aux pattes blanches de son veau.

Plus de fils pour cette mère.
Première joie : nul profit.
Sur un pieu dessous le tremble,
Sa peau ondule à la brise.

Et dans le champ de sarrasin,
Avec son fils même destin,
On jettera un licol à son cou
Et on la conduira pour l’abattage.

Plaintive et triste et décharnée,
Cornes seront fichées en terre…
Elle rêve d’un blanc bocage,
D’un beau et riche tapis d’herbe.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand tu seras morte,morte (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Illustration: Lionel Valot
    
Quand tu seras morte,morte,et loin du splendide péché,
Qu’une âme décharnée au bord du dernier abîme
Gémira de quitter son coeur froid dans la terre,

Quand,hors du corps qui aimait mon corps,son intime
Âme viendra,nue d’une métamorphose sans pitié,
Que dirai-je à la mienne,quand nous serons morts,morts?

(Quand je serai mort,mort,qu’ils t’auront enterrée,
Corps et lèvres aimées offertes aux baisers des vers,
Et la douce gorge fraîche,la blonde chevelure fine—).

***

When thou art dead,dead,and far from the splendid sin,
And the fleshless soul whines at the steep of the last abyss
To leave forever its heart acold in an earthy bed,

When,forth of the body which loved my body,the soul-within
Comes,naked from the pitiless metamorphosis,
What shall it say to mine,when we are dead,dead?

(When I am dead,dead,and they have laid thee in,
The body my lips so loved given to worms to kiss,
And the cool smooth throat,and bright hair of the head—).

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :