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Posts Tagged ‘déchet’

LUNE ET MER (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
LUNE ET MER
Pour Oscar Bento

Virginale

comme si jamais un homme
n’y avait laissé ses traces:
la lune
qui reflète sa beauté
dans le miroir bleu azur de la mer,
en apparence immaculée,
non souillée pour toujours
de déchets et d’ordures
voracité des hommes.

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 599
Traduction:
Editions: POINT

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Je m’apaise enfin (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018


 


 

Nicole Helbig (16)

Je m’apaise enfin.
Tout ce qui était vestiges et déchets disparaît de mon âme, comme si cela n’avait jamais existé.
Me voici seul et paisible.
L’heure que je traverse est semblable à celle qui me verrait me convertir à une religion.
Rien cependant ne m’attire vers le haut, même si rien ne m’attire plus vers le bas.
Je me sens libre, comme si j’avais cessé d’exister et que j’en aie cependant conscience.
Je m’apaise, oui, je m’apaise.
Un calme profond, aussi doux qu’une chose inutile, descend jusqu’au tréfonds de mon être.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Nicole Helbig

 

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Voix de personne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Voix de personne, étrangère
à l’automne, et une seule fois
concentrée dans l’oeil qui saignait
d’une telle intensité. Ton muscle
ne se remet pas, c’est
une autre corde, tressée
par l’encre, et écorchant
cette main à vif — qui ramène les images
vers nous : le clairvoyant
cadavre, chantant
de son miroir-potence ; un coup d’oeil,
plus lourd que pierre, lancé
sur la glace
d’avril, faisant résonner les profondeurs
de ton souffle-puits ; un oeil,
et puis
un autre encore. Tant que vautour
sera le mot
qui se repaît de ce déchet, la nuit
sera ta proie.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Suzanne (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration
    
Suzanne

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu’elle est à moitié folle
C’est pourquoi tu veux rester
Sur un plateau d’argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n’as pas d’amour pour elle
Elle t’appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l’aimes

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton coeur

Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d’une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu’on voguerait
Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s’ouvre
Délaissé et presqu’un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton coeur

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs
Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l’amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœoeur

***

Suzanne

Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by, you can spend the night forever
And you know that she’s half-crazy but that’s why you want to be there
And she feeds you tea and oranges that come all the way from China
And just when you mean to tell her that you have no love to give her
Then he gets you on her wavelength
And she lets the river answer that you’ve always been her lover

And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that she will trust you
For you’ve touched her perfect body with your mind

And Jesus was a sailor when he walked upon the water
And he spent a long time watching from his lonely wooden tower
And when he knew for certain only drowning men could see him
He said all men will be sailors then until the sea shall free them
But he himself was broken, long before the sky would open
Forsaken, almost human, he sank beneath your wisdom like a stone

And you want to travel with him, and you want to travel blind
And you think you maybe you’ll trust him
For he’s touched your perfect body with her mind

Now, Suzanne takes your hand and she leads you to the river
She’s wearing rags and feathers from Salvation Army counters
And the sun pours down like honey on our lady of the harbor
And she shows you where to look among the garbage and the flowers
There are heroes in the seaweed, there are children in the morning
They are leaning out for love and they wil lean that way forever
While Suzanne holds her mirror

And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that you can trust her
For she’s touched your perfect body with her mind

(Leonard Cohen)

 

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Du silence naît la parole (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



    

— Du silence naît la parole,
de lui elle se nourrit,
de lui elle reçoit ce qui la rend utile,
au silence elle confie ses déchets,
pour qu’il les recycle ;

Du silence naît le rêve,
de lui il se nourrit,
de lui il reçoit ce qui le réalise,
au silence il confie ses scories,
pour qu’il les régénère,

Du silence naît la vie,
de lui elle se nourrit,
de lui elle reçoit ce qui la sacralise,
au silence elle confie ses restes,
dont la mort s’empare ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Parmi les déchets du passé (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



parmi les déchets du passé
je suis venu sans coeur ni bras

pour vous aimer ou vous tenir
serrée contre mon vieux linceul

ô soeur inconnue soeur éprise
de lumière à l’heure du deuil

je suis venu pour répéter
qu’à votre insu je reviendrai

(Jean-Claude Pirotte)

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Il y a suffisamment (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2015




Il y a suffisamment de souffrance
D’enfants sans foyer
D’oiseaux sans nid
Pour y ajouter la colère

Il y a suffisamment de murs
Pour enfermer l’univers
De déchets d’usines
Pour polluer les rivières

Mais y a-t-il assez de branches
Pour y accrocher les fruits
De fleurs et d’herbe
Pour y recevoir la rosée ?

Y a-t-il assez de miroirs
Pour capter la lumière
Et réfléchir la beauté ?

Y a-t-il assez de maisons
Pour laisser le froid dehors
Et de rêves pour bercer les enfants ?

(Jean-Baptiste Besnard)

Trouvé chez Jean-Baptiste ici

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