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Poésie

Posts Tagged ‘déchiqueté’

Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

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Perles de quel collier brisé (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Scarlett Hooft Graafland
    
Perles de quel collier brisé
sur un poitrail de ciel sali
pluie ou neige manquée
elle ravage
ce qu’elle ne peut posséder
et fond ridiculement
près des pétales
déchiquetés

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Images du corps déchiqueté (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Images du corps déchiqueté du kamikaze
Le sable est blanc sur la côte de Sousse

Tronc sanglant et sale
courroies bouts de chair noircie

Et le bleu choisi de la plage immaculée

Passent les oiseaux en pleurs
Les vagues ont fermé les yeux
Le sable est si blanc
Les mots se fanent

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chaque matin (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
Chaque matin

Chaque matin je m’efforce de coudre
une pensée à une autre pensée
et chaque soir ma toile se défait.

Jamais la mer n’eut tant de coquillages,
la nuit jamais tant d’étoiles pensives.
L’universel invente l’harmonie

des éléments disparates, et moi
je ne sais pas rejoindre ma parole.
Tous mes pourquoi se dissolvent, mes heures

sont en désordre et mon horloge folle
ne sait unir le temps déchiqueté.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Ne viens pas trop tôt (René Char)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2017


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Ne viens pas trop tôt, amour, va encore;
L’arbre n’a tremblé que sa vie;
Les feuilles d’avril sont déchiquetées par le vent.

La terre apaise sa surface
Et referme ses gouffres.
Amour nu, te voici, fruit de l’ouragan!
Je rêvais de toi décousant l’écorce.

(René Char)

 

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Ecce homo (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


ChristSaintJeanDeLaCroix-Dali

Je suis une terre brûlée
Les bombes, les sols calcinés
Je suis un vaste champ de mines
Murs détruits et longs pans de ruines,
Les villes dévastées

Je SUIS les corps déchiquetés
Pourrissant au fond des tranchées
Je suis le fracas des batailles
Le fer, l’acier et la mitraille
Le sang à flots versé

Je suis le pus, l’équarisseur
L’absent, la mort et la terreur
Je suis la flamme des bûchers
Les cris, les plaies de l’écorché
Le paria rejeté

Je suis dans les larmes du Blonde
Le désespoir, la bête immonde
Je suis las, elle se réveille
Parce que nul ne la surveille
Les enfants violentés.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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Grincement d’une branche tordue (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Rameau déchiqueté, tordu,
Lançant là depuis mainte année
Au vent son chant sec et bourru,
Sans plus de feuilles ni d’écorce,
Las de cette vie surannée,
Las de ne pas mourir, sans force,
Inquiet en secret, mais fier.
Sa voix rauque sonne, obstinée,
Un été encore, un hiver.

**************

Knarren eines geknickten astes

Splittrig geknickter Ast,
Hangend schon Jahr um Jahr,
Trocken knarrt er im Wind sein Lied,
Ohne Laub, ohne Rinde,
Kahl, fahl, zu langen Lebens,
Zu langen Sterbens müd.
Hart klingt und zäh sein Gesang,
Klingt trotzig, klingt heimlich bang
Noch einen Sommer,
Noch einen Winter lang.

(Hermann Hesse)

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Choisis-toi vivant, jusqu’à l’oubli, jusqu’à l’amour (Fernand Verhesen)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2016



Détourne tes visages d’hiver,
les jours déchiquetés,
les cailloux des eaux basses.
laisse les herbes scintiller
au souvenir de la nuit,
mais imite la rosée
qui s’offre au jour,
déjà lumière.
N’écrase pas cette fraîcheur
et sois plus obstiné qu’elle,
veille et sache qu’il faut gagner midi.
Occupe entière la clarté de ton regard
et choisis-toi vivant,
jusqu’à l’oubli,
jusqu’à l’amour.

(Fernand Verhesen)

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AKR CAAR (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




AKR CAAR

« Je suis ton âme, Nikoptis. J’ai veillé
Cinq millénaires durant, mais tes yeux morts
Ne bougeaient pas, ne répondaient pas à mon appel,
Et tes membres légers, où je bondissais, flamme de vie,
Ne brûlent pas avec moi ni avec le safran.

Vois, l’herbe tendre avait fleuri pour soutenir
Ta tête et l’embrasser d’une myriade de langues;
C’est aussi ce que j’attendais de toi.
J’ai lu tout l’or du mur
Et usé ma pensée sur ses signes.
Et rien de nouveau n’a jamais surgi.

J’ai été bonne. Vois, j’ai laissé les jarres scellées,
Te lèveras-tu pour réclamer ton vin?
Et j’ai gardé intactes tes tuniques.

Oh ingrat! Comment oublier?
– La rivière, voici longtemps…
La rivière? Tu étais jeune alors.
Et trois âmes vinrent à ta rencontre…
Et je vins.
Et je coulai en toi, pour les défaire
Ah j’ai été ton intime, j’ai connu tes secrets.
N’ai-je pas touché tes paumes et tes doigts,
Coulé en eux et à travers toi jusqu’aux talons?
Comment? N’étais-je pas toi et Toi?

Et nul soleil ne vient me secourir
Et je suis déchiqueté par l’ombre,
Et nulle lumière ne bat contre moi et tu ne dis
Pas un mot, jour après jour.
Oh je pourrais m’enfuir, malgré les signes
Et leur art subtil sur la porte, m’enfuir
À travers les champs trop verts…

Non, tout est plus calme ici :
Je ne pars pas. »

(Ezra Pound)

 

 

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Passion sans mesure (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2015



Passion sans mesure

Dans l’espace où s’inscrit notre passion
Dans le champ où s’assouvissent nos désirs
Et dans l’épaisseur de la chair
D’un paysage déchiqueté
La terre chancelle et se renverse
Dans l’effusion de nos corps.

Sur le sentier
J’écarte pour toi les ronces
Au milieu des rafales
A travers la brume
Le ciel s’habille de gris

Tu te blottis contre mon corps

Incertitude d’une voix qui pousse
Un cri dans la nuit
Dans l’ombre des sommets
Des êtres d’obscurité
Abordent aux rives du néant

Moi je veux seulement voir
Ton visage dans le silence
Avant que le matin ne teinte de rose
La surface de l’eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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