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UNE FOIS SEULEMENT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

 

UNE FOIS SEULEMENT

C’était en des temps si obscurs
Que nulle mémoire profane n’en garde trace

Bien avant les images et les couleurs
La source du chant s’imaginait
À bouche fermée
Comme une chimère captive

Le silence était plein d’ombres rousses
Le sang de la terre coulait en abondance
Les pivoines blanches et les nouveau-nés
S’y abreuvaient sans cesse
Dans un foisonnement de naissances régulières

L’oiseau noir dans son vol premier
Effleura ma joue de si près
Que je perçus trois notes pures
Avant même qu’elles soient au monde

Une fois, une fois seulement,
Quelque chose comme l’amour
À sa plus haute tour
Que se nomme et s’identifie

Le secret originel
Contre l’oreille absolue révélé
Dans un souffle d’eau
Candeur déchirante
Fraîcheur verte et bleue

Une fois, une fois seulement,
Ce prodige sur ma face attentive
Ceci, quoique improbable, je le jure,
Sera plus lent à revenir
Que la comète dans sa traîne de feu.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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BRUME GRISE (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
BRUME GRISE

Brume grise sur la baie de Knebel.
Des couteaux vibrant en cachette.
A cet endroit presque fortuit
qui me touche presque fortuitement.
Qui a le pouvoir ?

Et sous l’eau.
Sous la même brume gris-ardoise
qui coule si profondément en moi.
Des couteaux vibrant en cachette.
Qui n’a pas le pouvoir ?

Des pies de mer impuissantes. —
Des cris déchirants. —
Brume grise sur la baie de Knebel.

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

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LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration

    
LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX

Le linot dans le val rocheux,
L’alouette des landes dans l’air,
L’abeille parmi les bruyères
Qui cachent ma belle maîtresse :

Où gît son sein broute le cerf
Et nourrit l’oiseau sa couvée;
Ceux-là même à qui son amour
Souriait, l’ont abandonnée!

Tout d’abord, quand la noire tombe
Sur sa dépouille se ferma,
Ils crurent que jamais leurs coeurs
Ne reverraient lueur de joie,

Que toujours le flot de la peine
Baignerait les ans à venir;
Leur angoisse amère, où est-elle?
Leurs pleurs déchirants, où sont-ils?

Qu’ils courent donc après l’Honneur
Ou le fantôme du Plaisir,
L’habitante de chez les morts,
Non moins changée, est impassible.

Si leurs yeux veillaient dans les larmes
Jusqu’à tarir leur source vive,
Son sommeil si calme, en retour,
N’exhalerait pas un soupir.

Passe, vent d’ouest, sur ce tertre;
Murmurez, ruisseaux printaniers,
Et les rêves de ma maîtresse
Seront doux : vous y suffirez.

***

THE LINNET IN THE ROCKY DELLS

The linnet in the rocky dells,
The moor-lark in the air,
The bee among the heather-bells
That hide my lady fair:

The wild deer browse above her breast;
The wild birds raise their brood;
And they, her smiles of love caressed,
Have left her solitude!

I ween, that when the grave’s dark wall
Did first her form retain,
They thought their hearts could ne’er recall
The light of joy again.

They thought the tide of grief would flow
Unchecked through future years,
But where is all their anguish now,
And where are all their tears?

Well, let them fight for Honour’s breath,
Or Pleasure’s shade pursue-
The Dweller in the land of Death
Is changed and careless too.

And if their eyes should watch and weep
Till sorrow’s source were dry,
She would not, in her tranquil sleep,
Return a single sigh.

Blow, west wind, by the lonely mound,
And murmur, summer streams,
There is no need of other sound
To soothe my Lady’s dreams.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Je t’aime (Michaële Lafontant)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (25)

Je t’aime
Dans les regards désespérés
Des enfants qui errent
Sans pain

Je t’aime
Dans les soupirs déchirants
Des corps paralysés
Par l’angoisse

Je t’aime
Dans la voix plaintive
Des vieillards en guenilles
Qui mendient

Je t’aime
Dans la vague de sang
Des martyrs du monde entier
Qui s’immolent

Je t’aime
Dans la tristesse des jours de fête
Où les déshérités de tout
Se saoulent

Je t’aime
Dans la détresse inhumaine
De nos frères exploités
Qui revendiquent

Je t’aime
Dans la douceur du soleil levant
Où l’espoir chaque jour
Grandit

Je t’aime
Dans la pénombre du soir
Où le jour qui n’est pas un jour
Se meurt

Je t’aime
À travers tous les hommes
Car en toi se résume
Le Monde

(Michaële Lafontant)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Le sentiment d’une solitude déchirante (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Le sentiment d’une solitude déchirante
et d’une certaine incommunicabilité du monde
était parfois donné par la vue d’une brouette vide
vide encore chaude de la fumure transportée.
Le jardinier s’en était allé boire:
il se pouvait qu’il ne revînt jamais.
Je me disais que je lui avais quelques fois parlé.
A bien réfléchir, il se pouvait que je lui aie dit cent mots.

Les oiseaux passaient à tire-d’aile, les horloges sonnaient
et les ombres s’allongeaient sur le sol blanc.

Le jardinier n’était pas mort, il n’avait eu qu’une attaque.
Il ne parlerait plus et resterait sur un banc
devant sa porte et des mouches en pleine vie
marcheraient dans ses mains sur lesquelles tremblerait
l’ombre dentelée des feuilles pacifiques.

(Jean Follain)

Illustration

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Un soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


La musique résonnait dans le jardin
D’un indicible chagrin.
Sur un plat, des huîtres glacées
Sentaient la fraîcheur âcre de la mer.

Il m’a dit : «Je suis un ami fidèle!»
Et il effleura ma robe.
Combien ressemble peu à une étreinte
Le frôlement de ces mains-là.

Ainsi caresse-t-on les chats et les oiseaux,
Ainsi regarde-t-on les sveltes écuyères…
Le rire seul anime ses yeux calmes
Sous l’or léger des cils.

Mais les voix déchirantes des violons
Chantent derrière une brume qui s’étire :
«Bénis donc le Ciel:
Pour la première fois tu es seule avec lui.»

(Anna Akhmatova)

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Quand la beauté t’habite (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Quand la beauté t’habite,
Comment l’assumes-tu?
L’arbre assume le printemps
Et la mer le couchant,
Toi, comment tu assumes
La beauté qui te hante ?

Toi qu’habite la beauté,
Tu aspires à une autre
Plus vaste que le printemps,
Plus vive que le couchant,
— déchirante, déchirée —
Qui pourrait t’assumer

Hormis l’éternel Désirant?

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Instant du fruit mûr (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Instant du fruit mûr
Mué, là, en offrande
Où ciel-terre retrouvent
Leur douce rondeur
L’été s’y recueille
Et se laisse cueillir
Déchirante entraille
D’un fruit consenti
Éclat de la chair
Ombre de l’esprit

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’INSOUCIANCE DES JOURS (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



L’INSOUCIANCE DES JOURS

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Vogue l’eau vogue l’air et voguent nos amours
Et vogue tout ceci que je ne comprends pas
Et vogue ce hasard qui promène nos pas

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Une mouette appelle et le ciel devient sourd
Je n’entends que le sang qui bat sur ton poignet
Comme un oiseau présent et déjà éloigné

La vie comme elle vient les gens comme les jours
De l’eau de l’air du pain des grappes de velours
Et de l’huile dorée à ton corps presque noir
La trace d’un baiser à l’angle d’un espoir

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Le Chat Botté revient pour te faire sa cour
La Belle au Bois s’endort au milieu des rayons
Et Cendrillon pour nous a remis ses haillons

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

Et déchirant le ciel un éclair de chaleur
Qui tombe sur la mer

(Guy Béart)

Illustration: Valentine Cameron Prinsep

 

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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