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Poésie

Posts Tagged ‘déchiré’

L’automne de l’enfance est à jamais perdu (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019



l’automne de l’enfance
est à jamais perdu
dans un un fouillis d’images
de linges déchirés
et d’arbres foudroyés

les cauchemars nous guident
par des sentes obscures
si nous levons les yeux
la foudre nous aveugle

(Jean-Claude Pirotte)

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Je désire le chant (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



 

Adrian Borda 26aec63cd4 [1280x768]

Dedans : c’est une armoirie à grands éclats.
C’est un paysage de neige avec neiges et frimas.
C’est une aumônerie, où viennent les sanglots.
Une maladrerie pour les sbires et les dévots.
C’est une aubergerie ouverte aux quatre vents
où viennent dîner les striges et sonner les olifants.

Dedans : c’est un désert que la soif décore.
C’est un amour qui ne sait retrouver son bien.
C’est un chasseur perdant son chien. Un mur
planté en vain.
Dedans, il n’y a rien.

J’écoute, déchiré de vent, le vent qui vient
en la chanson.
Je désire le chant,
je le guette. Je perds mon temps dans le dedans.
Je me défends,

(Hubert Juin)

Illustration: Adrian Borda

 

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CE JOUR TANT ATTENDU (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

CE JOUR TANT ATTENDU

Ce jour tant attendu
S’était levé pour nous,
Tu étais étendue,
Moi, j’étais comme fou…
Deux coeurs battaient en toi
Au rythme de mon coeur
Et y’avait tant de joie
Dans tes cris de douleur…
Notre amour prenait corps
Par ton corps torturé,
Et rien n’était plus fort
Que l’instant qu’on vivait..
Ce dont nous avions peur
Nous unissait bien plus
Que le plus grand bonheur
Ce jour tant attendu…

Ce jour tant attendu
S’était levé enfin,
J’étais comme perdu,
Mais je ne pouvais rien…
Rien pour toi qui souffrais,
Luttais contre le temps…
Rien pour toi qui criais
Tout en te débattant…
Tes yeux cherchaient mes yeux
Qui regardaient les tiens
Et tes ongles furieux
Se plantaient dans mes mains
Annonçant le bonheur
Pour deux êtres éperdus,
Naissait dans la douleur
Ce jour tant attendu…

Et ton corps déchiré
Soudain s’est apaisé
En mettant au grand jour
Le fruit de notre amour.

(Charles Aznavour)

Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver

 

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Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

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PASSAGES D’OISEAUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Léopold Survage 6

PASSAGES D’OISEAUX

La nuit plus rien que la fascination immense
De tous les feux perdus mais toujours allumés
Ailleurs et maintenant ce sont comme des lampes
Ses larmes qu’il suspend sur ce qu’il a aimé
On lui prend le soleil qu’il avait amassé

Rien les cendres qui volent ce sont les abattis
Noircis du bel oiseau qui fut un incendie
Le phénix est éteint peut-être pour toujours
Il n’y a plus qu’oiseaux de nuit des oiseaux lourds

Je renaîtrai je renaîtrai l’amour me fera brûler
Rien ce bruit c’est la nuit battante sur la porte
Faisant jaillir le sang et la lumière folle
De la coquecigrue offerte à la huaille
Hibou livré aux clous pour être épouvantail

Je partirai je volerai avec mes ailes déchirées

Rien cette obscurité toutes couleurs perdues
L’oiseau de la couleur nécessaire à la vue
N’est plus beau tout oiseau disparaît avec lui
Invisibles oiseaux sans pouvoirs dans la nuit

Tu me verras tu me verras bientôt l’amour me parera

(Ernest Delève)

Illustration: Léopold Survage

 

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NUAGE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Edvard Munch
    
NUAGE

Ce
nuage est
femme
couchée

beau ventre
nu d’offrande
de douleur

sein de
brume bouche
orageuse

déjà crinière
déchirée
par geste haut de vent

de feu d’âpre fumée déjà

(Munch.)

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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LA ROBE DÉCHIRÉE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: John William Waterhouse    
    
LA ROBE DÉCHIRÉE

« Holà! par les deux déesses, qui est l’insolent qui a mis le pied sur ma robe?
— C’est un amoureux.
— C’est un sot.
— J’ai été maladroit, pardonne-moi.

— L’imbécile! ma robe jaune est toute déchirée par derrière,
et si je marche ainsi dans la rue,
on va me prendre pour une fille pauvre qui sert la Kypris inverse.

— Ne t’arrêteras-tu pas ?
— Je crois qu’il me parle encore !
— Me quitteras-tu ainsi fâchée ?… Tu ne réponds pas ? Hélas ! je n’ose plus parler.

— Il faut bien que je rentre chez moi pour changer de robe.
— Et je ne puis te suivre ?
— Qui est ton père ?
— C’est le riche armateur Nikias.
— Tu as de beaux yeux, je te pardonne. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le miroir (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Le miroir

Tout enfant, j’avais peur que le miroir
Me montre un autre visage ou un masque
Aveugle, impersonnel qui cacherait
Sans doute une chose atroce. J’avais
Peur que le temps silencieux du miroir
Ne se détourne du cours quotidien
Des heures de l’homme et qu’en ses confins
Vagues et imaginaires il ne renferme
Des êtres et des formes et des couleurs neuves.
(Nul ne l’a su; l’enfant est trop timide.)
J’ai peur à présent qu’au miroir n’habite
L’authentique visage de mon âme,
Tout déchiré par les ombres et les fautes,
Et que Dieu voit, et peut-être les hommes.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

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De ton visage (Yang Lian)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



 

de ton visage ce mot
a le fin ciselé
de marbre tant de fois repoli

jusqu’à ce que déchiré par l’oubli
offert sanguinolent
tu entendes les vomissements du dieu

(Yang Lian)

Illustration: Ismaïl Yildirim

 

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