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Poésie

Posts Tagged ‘déchirer’

La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

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MISTRAL (Thérèse Mercier)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018




MISTRAL

Je ne t’ai pas dit de venir
le vent

Pourquoi t’es-tu mis à gémir
le vent ?

Pourquoi réveiller mon désir
le vent ?

Pourquoi déchirer mon zéphyr
le vent ?

Qu’as-tu fait de mon souvenir
le vent ?

Pourquoi emporter mon amour
le vent ?

Et pourquoi détourner le cours
du temps ?

Qu’as-tu fait de mes jours
d’enfant ?

Pourquoi t’es-tu mis à courir
le vent ?

Pourquoi as-tu laissé vieillir
mes ans?

Pourquoi le vent, faire mourir
le temps ?

Je ne sais pas, a répondu
le vent

Je ne suis que du vent

(Thérèse Mercier)

Illustration

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Chanson d’Après-midi (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018


Betty-boop-pose

Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n’est pas celui d’un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t’adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion!
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l’énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d’un encensoir;
Tu charmes comme le soir
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Ou fait revivre les morts!

Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser;

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon coeur
Ton oeil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur!
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie!

(Charles Baudelaire)

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On quittera toujours la mer à reculons (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



 

On quittera toujours la mer à reculons
c’est toujours le même regret
c’est la même lenteur debout
qui vous déchire d’avec le pays
chaque adieu vous retourne infiniment
chaque pas qu’on pose hors de l’eau
veut creuser jusqu’à l’eau encore

(Ludovic Janvier)

Découvert chez Lara ici
 

 

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Saison fidèle aux Coeurs… (Charles Guérin)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




Saison fidèle aux Coeurs…

Saison fidèle aux coeurs qu’importune la joie,
Te voilà, cher Automne, encore de retour.
La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoie
Dans les forêts à jour.

Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirent
L’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.
Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirent
En cédant sous les pieds.

Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans les rues,
Emigrent vers le Sud et les soleils plus chauds.
Les laboureurs, penchés sur les lentes charrues,
Couronnent les coteaux.

Le soir, à l’horizon, parfois le ciel est rose ;
Des troupes de corbeaux traversent le couchant.
Dans le creux des sillons de la plaine repose,
Pensive, une eau d’argent.

(Charles Guérin)

Illustration

 

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Image (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
Image

Elle, soudain au passé
comme une image
tombée d’un carnet,
jetée là comme un point
de repère sur le temps.
Une page déchirée
qui traverse le plancher,
une valise oubliée
encore pleine de baisers.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’AMOUR EN FUITE (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
L’AMOUR EN FUITE

La lampe éteinte de nos jours,
A de sombres contours
Et des visages d’Amour
Qui sanglotent toujours.

Peu à peu, sans bruit,
Tout doucement,
Les rires d’été se sont enfuis,
Il ne reste que le vent.

Le soleil de nos nuits,
Terni à force d’étoiles,
Implore sa survie,
Veut déchirer le voile.
Mais la lampe s’est éteinte,

Et au déclin du soir,
Se dénouent les étreintes,
Aux couleurs de notre espoir.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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LA DANSE DES FLEURS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LA DANSE DES FLEURS

Anthis, danseuse de Lydie, a sept voiles autour d’elle.
Elle déroule le voile jaune, sa chevelure noire se répand.
Le voile rose glisse de sa bouche.
Le voile blanc tombé laisse voir ses bras nus.

Elle dégage ses petits seins du voile rouge qui se dénoue.
Elle abaisse le voile vert de sa croupe double et ronde.
Elle tire le voile bleu de ses épaules,
mais elle presse sur sa puberté le dernier voile transparent.

Les jeunes gens la supplient : elle secoue la tête en arrière.
Au son des flûtes seulement, elle le déchire un peu,
puis tout à fait, et, avec les gestes de la danse,
elle cueille les fleurs de son corps.

En chantant : « Où sont mes roses ? où sont mes violettes parfumées ?
Où sont mes touffes de persil ?
— Voilà mes roses, je vous les donne.
Voilà mes violettes, en voulez-vous ?
Voilà mes beaux persils frisés. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON ORGUE DE BARBARIE (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



MON ORGUE DE BARBARIE

Table de mortalité
égalité inégale
égale inégalité
égalité des crotales
des épines et pétales
même nid pour les oiseaux
égalité des semences
égalité des robots
le temps également beau
pour les égales vacances.

Sur la Terre-Paradis
les casernes bien égales
à tous le même fusil
pour mourir la même balle
même solde et grade égal

toute femme générale
et tous les mâles aussi
mais qui va commander, qui,
les très égales batailles
pour une paix très égale ?
Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.
Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Géo Libbrecht)

 

 

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