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Poésie

Posts Tagged ‘déchirer’

Dans une rue longue (Luqman Dayrakyi)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2023



    


    
Dans une rue longue
(extraits)

Tu viendrais
dans ta précipitation tu jetterais ton manteau sur la chaise
tu courrais vers la chambre
tu me trouverais à ma table occupé à quelque chose
sans que je sois étonné de ta venue
sans le rire de la surprise
et tu t’assiérais même à côté de moi
sans que je remarque ta présence
et tu verrais de tes propres yeux
combien j’ai du mal
à essayer de recoller ta photo déchirée

***

(Luqman Dayrakyi)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Le port (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023



Illustration: Takahiro Hara
    
Le port

Déchiré par les orages de l’amour
et ressoudé par les accalmies
de l’amour,

me voilà allongé dans un port
qui ne sait pas
où ton corps se termine
et où mon corps commence.

Des poissons nagent entre nos côtes
et des mouettes crient comme des miroirs
après notre sang.

***

The Harbor

Torn apart by the storms of love
and put back together by the calms
of love,

I lie here in a harbor
that does not know
where your body ends
and my body begins.

Fish swim between our ribs
and sea gulls cry like mirrors
to our blood.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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En voyant l’océan (Zao Zao)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
En voyant l’océan

Par l’orient, du haut de la montagne Jieshi,
J’envisage l’océan infini.
Des eaux bouillonnantes inlassables
Surgissent des pics abrupts et déchirés.
Des arbres y croissent en grappe
Et l’herbe riche forme ses tapis de sève.
Le vent d’automne soupire
Les hautes vagues barattent l’écume
Qu’elles jettent ensuite aux cimes des nues
Soleil et lune, en leur périple,
Semblent trouver là, naissance et repos.
Les étoiles en leur brillance constellée
Émergent de ses profondeurs marines.
Comme est grand mon ravissement !
Je le chante dans ces vers.

(Zao Zao)

(155-220)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Au loin disparu (Su Wu)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Au loin disparu

Le cygne déploie ses ailes agiles et laisse le vent le porter au loin.
Un air vif le rappelle au souci et il tourne la tête, incertain.
Un cheval livre ses pas lourds à la steppe désertée — les siens sont partis.
Son coeur s’enlise dans des pensées interdites comme ses sabots dans la glaise meuble.
Le destin s’abat sans pitié sur deux dragons que leurs ailes opposent.
Il reste pourtant les chants qui savent révéler les amours secrets.
À l’ami qui s’en va, je joins les mots du ruisseau où coulent mes larmes.
L’écho des tambours exalte les vertus mâles et déchire les coeurs des compagnons vaincus.
La solitude des vers alimente le brasier du souvenir
Et plombe mon âme mon âme brisée dans l’horizon des peines.
J’aimerais pouvoir entonner encore les airs de l’enfance,
Ton pays est loin désormais — il t’ignore jusqu’au trépas.
Le mal me dévisage et il pleut sur les joues des filets d’amertume.
Les cygnes volent leur vie entière deux à deux
Mais pour nous, hommes, qui ne pouvons nous envoler ensemble
Il n’y a que routes mornes aux destins séparés.

(Su Wu)

(140-60)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Ce que nous appelons « moi » (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022


Antonio Donghi  z

Ce que nous appelons « moi » est un costume d’arlequin
composé d’histoires rapportées, d’étoffes empruntées.

C’est un vêtement pauvre, mal cousu.
Parfois il se déchire et va dans la folie
– et quand il tient, c’est toujours par miracle.

Nous ne sommes soudain faits d’une seule pièce
que par la chance d’une voix qui nous appelle en nous aimant.
Nommer d’amour fait venir l’unique au monde.

(Christian Bobin)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Antonio Donghi

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Dans mon livre (Jeanne Benameur)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2022



Illustration: Carole Moutte
    
Dans mon livre je voyais
ce que les yeux
ne voient pas.
Des images
et encore des images.

C’était ma force.
Ma merveille.

Le livre a ouvert en moi des portes immenses.
Plus rien ne peut les refermer.

Plus rien.

Ils l’ont déchiré
mais les portes battent
à l’intérieur de moi.
Rien ne peut refermer
ce qui a été ouvert.

Je veux
découvrir.
Je veux
continuer l’aventure
du livre.
Découvrir.
Découvrir.

(Jeanne Benameur)

L’exil n’a pas d’ombre 2019

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Dans la merveille et dans l’effroi (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



Dans la merveille et dans l’effroi

Moi qui tant vous ressemble,
Nous vie dans le vide,
Moi qu’amour et mort,
Espoir, absence déchirent,
Que voulez-vous que me donne un mot
Qui ne crie, ne songe, ni ne chante,
Ne s’éteint au seuil du silence
Telle cette joie au bord des larmes
Qui me ressemble et vous ressemble,
Nous qui sommes trace éphémère
Dans la merveille et dans l’effroi.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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Que ne pouvons-nous déchirer la réalité (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




Que ne pouvons-nous déchirer la réalité comme un brouillon

textes écrits dans l’oreille d’une voix qui gémit
textes écrits sur les parois poreuses d’un sourire
textes écrits sur les paupières des pleurs
tombant dans le silence d’une couleur vive
textes écrits dans les mains de la pluie
qui hurle dans les tempes d’écaille
textes écrits sur les murs

textes écrits en nous
inexorables
indéchirables

(Mathieu Bénézet)

Illustration

 

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MAISON À L’AUBE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




MAISON À L’AUBE

Les tuiles les feuilles chantent
L’aube s’efface large et multipliée
et la fenêtre qui se détache de la maison

Dans la chaleur qui vibre déjà
La mer secoue les fleurs
L’herbe ausculte les murs
Et les épis se séparent de la pluie

Les vitres étincellent
Et l’émotion gonfle la maison
Enivrée par l’alcool du vent

La rue descend vers la mer
Près de l’arbre qui déchire le paysage

Les oiseaux ferment la cage et disparaissent
Alors que le soleil cuit la terre
Eclabousse les toits
Ruisselle sur le blé
Et inonde le ciel de silence

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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La Béatrice (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022


blood2

Dans des terrains cendreux, calcinés, sans verdure,
Comme je me plaignais un jour à la nature,
Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J’aiguisais lentement sur mon cœur le poignard,
Je vis en plein midi descendre sur ma tête
Un nuage funèbre et gros d’une tempête,
Qui portait un troupeau de démons vicieux,
Semblables à des nains cruels et curieux.
A me considérer froidement ils se mirent,
Et, comme des passants sur un fou qu’ils admirent,
Je les entendis rire et chuchoter entre eux,
En échangeant maint signe et maint clignement d’yeux :

—«Contemplons à loisir cette caricature
Et cette ombre d’Hamlet imitant sa posture,
Le regard indécis et les cheveux au vent.
N’est-ce pas grand’pitié de voir ce bon vivant,
Ce gueux, cet histrion en vacances, ce drôle,
Parce qu’il sait jouer artistement son rôle,
Vouloir intéresser au chant de ses douleurs
Les aigles, les grillons, les ruisseaux et les fleurs,
Et même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques,
Réciter en hurlant ses tirades publiques ?»

J’aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monts
Domine la nuée et le cri des démons)
Détourner simplement ma tête souveraine,
Si je n’eusse pas vu parmi leur troupe obscène,
Crime qui n’a pas fait chanceler le soleil!
La reine de mon cœur au regard non pareil,
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse.

(Charles Baudelaire)

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