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Posts Tagged ‘déclin’

Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

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L’ESCAPADE DES SAISONS (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



 

Jean-Marie Manson couple-vieux

L’ESCAPADE DES SAISONS

Je t’aimais
Dans l’orage des sèves
Je t’aime
Sous l’ombrage des ans

Je t’aimais
Aux jardins de l’aube
Je t’aime
Au déclin des jours

Je t’aimais
Dans l’impatience solaire
Je t’aime
Dans la clémence du soir

Je t’aimais
Dans l’éclair du verbe
Je t’aime
Dans l’estuaire des mots

Je t’aimais
Dans les foucades du printemps
Je t’aime
Dans l’escapade des saisons

Je t’aimais
Aux entrailles de la vie
Je t’aime
Aux portails du temps.

(Andrée Chedid)

Illustration: Jean-Marie Manson

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CHANSON D’AUTOMNE (Armand Silvestre)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020



Illustration: Margaret Brohan
    
CHANSON D’AUTOMNE

Automne au ciel brumeux, aux horizons navrants,
Aux rapides couchants, aux aurores pâlies,
Je regarde couler, avec l’eau des torrents,
Tes jours faits de mélancolies.

Sur l’aile du regret mes esprits emportés,
Comme s’il se pouvait que notre âge renaisse !
Parcourent, en rêvant, les coteaux enchantés
Où jadis sourit ma jeunesse.

Je sens, au clair soleil du souvenir vainqueur,
Refleurir en bouquet les roses déliées
Et monter à mes yeux des larmes, qu’en mon cœur,
Mes vingt ans avaient oubliées !

*

L’An fuit vers son déclin, comme un ruisseau qui passe,
Emportant du couchant les fuyantes clartés ;
Et pareil à celui des oiseaux attristés,
Le vol des souvenirs s’alanguit dans l’espace…
L’An fuit vers son déclin, comme un ruisseau qui passe.

Un peu d’âme erre encore aux calices défunts
Des lents volubilis et des roses trémières,
Et vers le firmament des lointaines lumières,
Un rêve monte encore sur l’aile des parfums.
Un peu d’âme erre encore aux calices défunts.

Une chanson d’adieu sort des sources troublées,
S’il vous plaît, mon amour, reprenons le chemin
Où tous deux, au printemps, et la main dans la main,
Nous suivions le caprice odorant des allées ;
Une chanson d’adieu sort des sources troublées !

Une chanson d’amour sort de mon cœur fervent
Qu’un Avril éternel a fleuri de jeunesse.
Que meurent les beaux jours ! Que l’âpre hiver renaisse !
Comme un hymne joyeux dans le plainte du vent,
Une chanson d’amour sort de mon cœur, de mon cœur fervent !

Une chanson d’amour vers ta beauté sacrée,
Femme, immortel été ! Femme, immortel printemps !
Sœur de l’étoile en feu qui, par les cieux flottants,
Verse en toute saison, sa lumière dorée ;
Une chanson d’amour vers ta beauté sacrée,

Femme, immortel été ! Femme, immortel printemps!

(Armand Silvestre)

 

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J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine,
Je salue le déclin de cet été superbe,
La faucille en sifflant comme un serpent
Tranche l’épi serré contre un autre épi.
Les belles filles moissonnent, et leurs jupes
Volent au vent comme des drapeaux de fête.
Il faudrait maintenant un bruit de sonnailles,
Un long regard sous des cils pleins de poussière.
Je n’attends ni caresses, ni mots doux.
Je pressens des ténèbres sans retour.
Mais viens revoir ce paradis : ensemble,
Nous y étions heureux et innocents.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Un silence se fit dans le déclin du jour (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



Duy Huynh 2a

 

Un silence se fit dans le déclin du jour.
Une plainte expira, puis un soupir d’amour.
Puis une pomme chut, une autre encore, et d’autres,
Dans l’herbe haute et chaude et l’ombre d’émeraude.

Le soleil descendit de rameaux en rameaux ;
On entendit chanter un invisible oiseau.
Une senteur de fleurs molles et défaillantes
Sur la terre glissa comme une vague lente.

Et pour mieux enchanter celle qui vient, les yeux
Baissés, et comme en songe, et le cour oublieux,
Par les troubles sentiers de ces jardins magiques,

Le soir voluptueux, dans les airs attiédis,
De ses subtiles mains complices étendit
L’insidieux filet des étoiles obliques.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Duy Huynh

 

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S’effondrer n’est pas le Fait d’un instant (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



S’effondrer n’est pas le Fait d’un instant
Une pause capitale
Les processus de Délabrement
Sont de méthodiques Déclins –

D’abord une Toile d’araignée sur l’Âme
Une Pellicule de Poussière
Une Vrille dans l’Axe
Une Rouille Élémentaire –

La Ruine a des règles – OEuvre diabolique
Lente et cohérente –
Perdre en un moment, ne s’est jamais vu
Glisser – régit la Chute –

***

Crumbling is not an instant’s Act
A fundamental pause
Dilapidation’s processes
Are organized Decays –

‘Tis first a Cobweb on the Soul
A Cuticle of Dust
A Borer in the Axis
An Elemental Rust –

Ruin is formal – Devil’s work
Consecutive and slow –
Fail in an instant, no man did
Slipping – is Crashes law –

(Emily Dickinson)

Illustration: Odilon Redon

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Ne te laisse pas troubler (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Ne te laisse pas troubler par les sons
que t’envoie le vent dans sa plénitude.
Veille pour voir si à tes cordes
ne viendront des mains éternelles.

Le temps chasse ceux qui deviennent,
car le temps est le déclin.
Tu ne croîs qu’en la démesure
et tu n’es seul que dans le Tout.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Dans mon rêve parfois je te vois revenir (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Bogdan Prystrom 00

Dans mon rêve parfois je te vois revenir
pour prendre auprès de moi ta place ;
je ne veux pas savoir qui t‘a dit de partir
ou quel amant soudain te lasse

Dans la paix revenue, les déchirures du Temps
n’offrent plus d’évasions à nos inconséquences
mon amour et ma vie retrouvent leur printemps
pour enfin refleurir délivrés des outrances

Mon corps las se réveille et renie son déclin
pour saisir à nouveau ce passé qui l’escorte,
ma voix tremble d’amour mais près de l’âtre éteint
Maraudeuse ! Ton ombre est morte !

(Pierre Béarn)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

 

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration
    
ÉLÉGIE

La bruyante folie de ma jeunesse
Me pèse comme un lendemain d’ivresse.
Et comme fait le vin, plus le remords
Vieillit au fond du coeur, plus il est fort.
Ma route est sombre. Les années futures
Ne m’annoncent qu’épreuves et tortures.

Et cependant, je ne veux pas mourir,
Non, je veux vivre, et penser, et souffrir ;
Et, je le sais, j’aurai d’autres jouissances
Dans les soucis, l’angoisse et les errances :
Je connaîtrai des rêves d’harmonie,
Des larmes devant l’oeuvre du génie
Et je verrai l’amour — peut-être — luire
Sur mon déclin de son dernier sourire.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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L’AMOUR EN FUITE (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
L’AMOUR EN FUITE

La lampe éteinte de nos jours,
A de sombres contours
Et des visages d’Amour
Qui sanglotent toujours.

Peu à peu, sans bruit,
Tout doucement,
Les rires d’été se sont enfuis,
Il ne reste que le vent.

Le soleil de nos nuits,
Terni à force d’étoiles,
Implore sa survie,
Veut déchirer le voile.
Mais la lampe s’est éteinte,

Et au déclin du soir,
Se dénouent les étreintes,
Aux couleurs de notre espoir.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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