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Poésie

Posts Tagged ‘déclin’

La seule possibilité qui nous reste (Martin Heidegger)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Illustration: Marina Dieul
    
Seul un dieu peut encore nous sauver.
La seule possibilité qui nous reste est de préparer, par la pensée et la poésie,
une disponibilité à l’apparition du dieu ou à l’absence du dieu dans notre déclin.
Que nous déclinions devant la face du dieu absent.

(Martin Heidegger)

 

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L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



    

L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE

Au coeur de la forêt se taisent les corneilles;
Mon âme a délaissé ses plus sombres soucis,
La lune vierge envoie ses baisers indécis,
Ses caresses vermeilles,
Aux branches que couronne un millier de bourgeons.
Sur ce nouvel amour glisse ton blanc visage,
Tout se tait : prés, bois, ciel. Aucun bruit. Nul orage.

Et se taisent aussi les plus fières chansons.
Mais finiront un jour ces exquises merveilles,
Ce miracle éternel. Par de nouveaux soucis
Les coeurs seront transis.
As seront pris d’assaut comme le sont les treilles
Que la corneille coiffe. Et la lune en déclin
Mon rêve entraînera. Le combat sera triste.

Et sur ce point, j’insiste :
Il sera, je le sais, décidément mesquin.
Je suis Dieu, infime clochard. J’attends la brune…
Pour créer de mes mains une nouvelle lune.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La caresse du soir (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



 

gare

La caresse du soir sur ce marbre fantôme,
Atome inhabité frôlant d’autres atomes,
Neige, pour une nuque ironique à souhait,
Dans le nonchaloir que le crépuscule fait
Peser sur le ciel gris qui de l’azur se gare
Et tourne au noir ! C’est la mélancolique gare
Où s’embarque, au déclin de l’arrière-clarté,
Le soir espoir humain veuf de son entité.

(Jean Royère)

 

 

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Quand on porte une pensée dans son cœur (Chen Zi’ang)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Quand on porte une pensée dans son cœur
on la loge dans ses yeux
et si les sentiments veulent s’échapper
on les confie a la parole

Chaque beau jour qui s’écoule
s’en va pour ne plus revenir ;
Le printemps suit son cours rapide
et déjà touche à son déclin.
Abîmé dans une rêverie sans fond,
je ne sais où se perdent mes pensées ;
Je suis couché sous les grands arbres,
et je contemple l’œuvre éternelle.

Hélas !
toute fleur qui s’épanouit
doit mourir en son temps,
Les chants plaintifs du ki-kouey
en avertissent mon oreille attristée.
Que d’êtres anéantis, depuis l’âge antique
des grands vols d’oies sauvages !

L’homme le plus populaire des siècles passés,
s’il revenait aujourd’hui, qui le reconnaîtrait ?
Les fleurs appelées Lân et Jo,
depuis le printemps jusqu’à l’été,
Croissent avec vigueur.

Oh ! combien elles sont verdoyantes !
combien elles sont verdoyantes !
Solitaires, au plus profond des bois,
elles développent leur beauté
dans le bosquet désert.
La fleur entrouvre sa corolle odorante,
et s’élance sur sa tige
dans tout l’éclat de ses vives couleurs.

Cependant le soleil s’éloigne
et s’affaiblit peu à peu :
Le vent d’automne surgit
au milieu des feuilles tremblantes ;
Les fleurs de l’année s’épuisent
et tombent entraînées par lui ;

Mais le parfum de la fleur,
enfin, que devient-il ?

(Chen Zi’ang)

 

 

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ELEGIE QUATORZIEME (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

Dorina Costras summer-rain [1280x768]

ELEGIE QUATORZIEME

— Mon amour, disais-tu. — Mon amour, répondais-je.
— Il neige, disais-tu. — Je répondais : Il neige.

— Encore, disais-tu. — Encore, répondais-je.
— Comme ça, disais-tu. — Comme ça, te disais-je.

Plus tard, tu dis : Je t’aime. Et moi : Moi plus encore…
— Le bel Eté finit, me dis-tu. — C’est l’Automne,

répondis-je. Et nos mots n’étaient plus si pareils.
Un jour enfin tu dis : O ami, que je t’aime…

(C’était par un déclin pompeux du vaste Automne.)
Et je te répondis : Répète-moi… encore…

(Francis Jammes)

Illustration: Dorina Costras

 

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os:
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
A vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais en rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Au faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi:
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
A nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins.. mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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L’écorce et le destin (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration: Nina Bidault
    
L’écorce et le destin

Par nos yeux
Par notre seule bouche
Par nos deux mains
Et par l’unique cœur

Au nom de cette naissance
Qui nous convie
Au nom de cette mort
Qui nous contraint
Au nom du premier cri
Et du dernier déclin

Par ce bref passage
Dans les couloirs du temps
Par l’obscur qui nous mine
Par ce feu qui nous anime

Nous sommes tous
Du même cortège
Séparés par l’écorce
Soumis aux mêmes pièges
Reliés par le destin.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Conte ancien (Nikolaï Zabolotski)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Conte ancien

Dans ce monde où notre rôle est obscur
Nous vieillirons toi et moi
Comme le roi du conte au déclin des jours.

En patiente lumière s’éteindra notre vie
Sur les terres secrètes où sans rien dire
On rencontre l’inéluctable.

Quand les mèches d’argent brilleront sur ta tempe
Je déchirerai en deux mes cahiers
Et prendrai congé du dernier poème.

Puisse l’âme comme un lac
Battre au seuil des portes souterraines
Et le frisson du feuillage pourpre

Ne rien troubler à la surface de l’eau.

***

Старая сказка

В этом мире, где наша особа
Выполняет неясную роль,
Мы с тобою состаримся оба,
Как состарился в сказке король.

Догорает, светясь терпеливо,
Наша жизнь в заповедном краю,
И встречаем мы здесь молчаливо
Неизбежную участь свою.

Но когда серебристые пряди
Над твоим засверкают виском,
Разорву пополам я тетради
И с последним расстанусь стихом.

Пусть душа, словно озеро, плещет
У порога подземных ворот
И багровые листья трепещут,
Не касаясь поверхности вод.

(Nikolaï Zabolotski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le loup toqué
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: La rumeur libre

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ARCHITECTURE D’HOMME (Jeanne Catania)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Marie-Hélène Stokkink
    
ARCHITECTURE D’HOMME

À l’homme
À qui je ne dois rien
Fors la dette éternelle
Vie pour vie
Peau pour peau
Tout ce qu’un homme a
Il le donnera
La lutte était certaine
Pourtant c’est une autre fredaine
Chant de sang à sang
Azur blessant du désir
Échappant à la vile certitude
Effaçant le fil des frontières
Accordant son imprimatur
A la belle aventure
Hormis celui de la femme
Que je feins d’ignorer
Pour mieux en appeler
À son joyeux savoir
Le corps de l’homme est le seul
Parlant si haut à ma pudeur
Lui dont les riants ombrages
Ont raison de ma peur
De l’aube au crépuscule
Qui dans la douceur vient
Tant de lueurs s’allument
Au rebours de multiples planètes nocturnes
Au déclin sans pesanteur
À l’éternité mûre
Ses rondeurs insolentes et révolutionnantes
Offrant dessus dessous un velours étoilé
Ses jumelles lactées
Afin de mieux flatter

L’antre vivant de ma cible vivante
Et le ventre si lisse à la soie si exquise
Amène bien la main vagabonde et mutine
À oser enfin la caresse
Issue de côtes prometteuses
En accolade il faut choisir
Comment glisser
Vers la hanche diseuse de baisers
Par quelle pure courbe
Ouvrir l’aile de la coupe angevine
Celle qui
D’entre les colonnes saintes
Élève vers le ciel
La flèche communiante.

(Ricardo Bofill – L’architecture d’un homme.

(Jeanne Catania)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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DÉCLIN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration
    
DÉCLIN

Par delà l’étang pâle
Les oiseaux sauvages ont fui.
Le soir un vent glacé souffle de nos étoiles.

Sur nos tombeaux se penche
Le front brisé de la nuit.
Une barque d’argent nous berce sous les chênes.

Sans trêve tintent les murs blancs de la cité.
Sous les arceaux d’épines, ô mon frère,
Nous grimpons aiguilles aveugles vers minuit.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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