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IL Y A QUELQUES MORTS… (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



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IL Y A QUELQUES MORTS…

Il y a quelques morts en ville, mon aimée,
C’est pour te l’annoncer que je viens justement,
Là, sur leur catafalque, — accablante journée
Les corps décomposés pourrissent lentement.

Les vivants errent, vont, décomposés aussi
Leur corps, toute leur chair est moite, transpirée ;
Cela sent le cadavre, ô douce bien-aimée,
Et ce jour, ton sein même a l’air plus amolli.

Verse sur les tapis des parfums enivrants,
Je veux te recouvrir de roses embaumées ;
Il y a quelques morts en ville, mon aimée,
Les corps décomposés pourrissent lentement.

(George Bacovia)

 Illustration: Henri Lebasque 

 

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Une charogne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



    

Une charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

(Charles Baudelaire)

 

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Ta paix sera infinie comme la mer (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



Un jour tu seras de ceux qui vécurent jadis.
La terre se souviendra de toi comme de l’herbe et des forêts,
des feuilles décomposées.
Comme l’humus se souvient
et comme la montagne se souvient aussi des vents.
Ta paix sera infinie comme la mer.

***

Engång skall du vara en av dem som levat för längesen.
Jorden skall minnas dig så som den minns gräset
och skogarna,
det multnade lövet.
Så som myllan minns
och så som bergen minns vindarna.
Din frid skall vara oändlig så som havet.

(Pär Lagerkvist)

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La jeunesse décomposée (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



La jeunesse décomposée
La terre couverte de plaies
Hélas hélas où conduire mes pas
Vole ma vie en éclats
Et que la poésie se pare
De tout ce que je perds

(Anne Perrier)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Xing Jianjian 

 

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Presque rien, moins que rien (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2016



presque rien, moins que rien
grumeau de néant dans le vertige des orbites

univers de minéraux morts
ouragans de feu et de poussière

amoncellement des aïeux décomposés
milliards de cœurs devenus terreau

puis tu te dresses dans le matin nouveau
revendiquant, outrageusement, d’exister

ton âme : petit grain dissout dans la nébuleuse

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Sabine Germanier

 

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