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VIEILLIR (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Jean-Baptiste Besnard

VIEILLIR

A force d’être jeune, on devient vieux.
Les ans passent trop vite et l’on ignore
Si un monde meilleur existe encore
Ou s’il est exilé en d’autres lieux.
Un été se termine et c’est l’automne
Dont la splendeur annonce un autre hiver.
Les arbres dépouillés ne sont plus verts
Et le décor paraît bien monotone.
Il nous faudrait, d’après l’auteur ancien,
Sans attendre cueillir toutes les roses.
La vie ne suffit pas à un païen
Pour pouvoir savourer toutes les choses.
Et je croyais triompher du destin,
Me réchauffer toujours près de la flamme
Mais, froid, j’avais déjà perdu mon âme,
Convive repoussé hors du festin.

(Jean-Baptiste Besnard)

Son blog ici: https://jeanbaptistebesnard.wordpress.com/
 

 

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Tournent les violons (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Tournent les violons

Grande fête au château il y a bien longtemps
Les belles et les beaux, nobliaux, noble sang
De tout le royaume on est venu dansant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Grande fête aux rameaux et Manon a seize ans
Servante en ce château comme sa mère avant
Elle porte les plateaux lourds à ses mains d’enfant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Le bel uniforme, oh le beau lieutenant
Différent des hommes d’ici blond et grand
Le sourire éclatant d’un prince charmant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Redoublent la fête et les rires et les danses
Manon s’émerveille en remplissant les panses
Le bruit, les lumières, c’est lui qui s’avance

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

En prenant son verre auprès d’elle il se penche
Lui glisse à l’oreille en lui frôlant la hanche
« Tu es bien jolie » dans un divin sourire

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Passent les années dures et grises à servir
Une vie de peine et si peu de plaisir
Mais ce trouble là brûle en ses souvenirs

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours
Les violons, le décor, et ses mots de velours
Son parfum, ses dents blanches, les moindres détails

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

En prenant son verre auprès d’elle il se penche
Lui glisse à l’oreille en lui frôlant la hanche
Juste quatre mots, le trouble d’une vie
Juste quatre mots qu’aussitôt il oublie

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Aimé Venel

 

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Je Voudrais Vous Revoir (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Je Voudrais Vous Revoir

Cette lettre peut vous surprendre
Mais sait-on ? peut-être pas
Quelques braises échappées des cendres
D’un amour si loin déjà

Vous en souvenez-vous?
Nous étions fous de nous

Nos raisons renoncent, mais pas nos mémoires
Tendres adolescences, j’y pense et j’y repense
Tombe mon soir et je voudrais vous revoir

Nous vivions du temps, de son air
Arrogants comme sont les amants
Nous avions l’orgueil ordinaire
Du « nous deux c’est différent »
Tout nous semblait normal, nos vies seraient un bal
Les jolies danses sont rares, on l’apprend plus tard
Le temps sur nos visages a soumis tous les orages
Je voudrais vous revoir et pas par hasard

Sûr il y aurait des fantômes et des décors à réveiller
Qui sont vos rois, vos royaumes ? mais je ne veux que savoir
Même si c’est dérisoire, juste savoir
Avons-nous bien vécu la même histoire ?

L’âge est un dernier long voyage
Un quai de gare et l’on s’en va
Il ne faut prendre en ses bagages
Que ce qui vraiment compta
Et se dire merci
De ces perles de vie
Il est certaines
Blessures au goût de
Victoire
Et vos gestes, y reboire
Tes parfums, ton regard
Ce doux miroir
Où je voudrais nous revoir

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Ekaterina Moré

 

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Et puis… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



 


   
Et puis… il y a un moment — où tout ce qui est
le plus certain — les bases mêmes de l’être vacillent
— palpitent — comme –
comme un décor de toile qui va s’enlever
comme un voilier qui sent le vent et bouge autour
de son ancre
et puis la connaissance devenue tremblante et
l’encens de la vanité –
analyser cela.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le sable où nos pas ont crié (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



    
Le sable où nos pas ont crié, l’or, ni la gloire,
Qu’importe, et de l’hiver le funèbre décor.
Mais que l’amour demeure, et me sourie encor
Comme une rose rouge à travers l’ombre noire.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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A la Divinité inconnue (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



A la Divinité inconnue

J’ASPIRE auprès de toi le silence et le charme
Des nuits où la douleur se plaît à demeurer,
Toi qu’on ne voit jamais essuyer une larme,
Mais dont parfois j’entends la grande âme pleurer.

Le miroir réfléchit tes chastes attitudes,
Et tu fuis le factice et le faste et le fard.
Tes lèvres ont gardé le pli des solitudes
Et l’accent des bonheurs qui nous viennent trop tard.

Le décor de ton deuil est la chambre sereine
Où meurt languissamment le bruit lointain des eaux.
Les souffles de la mer n’ont soulevé qu’à peine
Le soir perpétuel sous l’ombre des rideaux.

Vers toi le songe pur de mon âme s’élève,
Mon angoisse ne cherche point à s’apaiser,
Car tu m’es inconnue et n’existes qu’en rêve.
C’est pourquoi je t’adore au-dessus du baiser.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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DÉCOR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



DÉCOR

Les arbres blancs, les arbres noirs
Sont nus dans le parc solitaire ;
Un décor de deuil, funéraire…
Les arbres blancs, les arbres noirs.

Dans le parc
Pleurent les regrets de naguère…
Plumage blanc, plumage noir
Un triste oiseau à voix amère
Traverse le parc séculaire…
Plumage blanc, plumage noir…

Dans le parc
Les spectres vont sous la lumière…

Feuillage blanc, feuillage noir ;
Les arbres blancs, les arbres noirs ;
Plumage blanc, plumage noir
Un décor de deuil, funéraire…

(George Bacovia)

Illustration

 

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Printemps (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Printemps

Je te donne ce coin fleuri,
Ces arbres légers, cette brume
Et Paris au loin, qui s’allume
Sous ces nuages blancs et gris.

mais tu t’en moques. Tu préfères,
À ce soyeux et lent décor,
La bouche avide qui te mord
Et l’étreinte qui t’exaspère.

Cette nuit, l’odeur des lilas
Charge la brise et ta jeunesse
S’épanouit sous la caresse
De ma bouche experte et des doigts

(Francis Carco)

Illustration: Joseph Matar

 

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Coup d’ongle (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Virginie Stefani  hirondelle  et rose

Coup d’ongle

Rien vénéneux
coup d’ongle si fin
de l’hirondelle de la rose.
Monstres et rostres derrière les décors,
dans l’innocence du soir.

(Bartolo Cattafi)

Illustration: Virginie Stefani

 

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HIVER BLANC (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



HIVER BLANC

La margelle du puits déroule son tapis
De laine de nuage à la blancheur d’albâtre
Un moineau égaré, dans un coin se tapit
Tandis qu’une fumée, mollement, sort de l’âtre.

Les toits éclaboussés de larmes hivernales
Pleurent de tout leur soûl les chagrins de la nuit
Et festonnent les tuiles de perles de cristal.
Accrochées ça et là dans les ombres qui fuient.

La rivière est miroir … les chemins sont d’hermine !
Les arbres de noël ont envahi les prés !
Les pommiers dépouillés qui faisaient triste mine
Se sont enjolivés de robes sans apprêt.

En ce joli matin d’hiver éblouissant
Où le jour et la nuit se font « guerre en dentelle »
Des flocons de duvet animent en dansant
Ce merveilleux tableau digne d’une aquarelle !

Et ce petit village, éternel inconnu
Devient soudainement une œuvre de Grand Maître !
Miracle des saisons … Décor tombé des nues …
Fasciner un instant ! Doucement disparaître …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Hendrick Avercamp

 

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