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Posts Tagged ‘décor’

Féminin singulier (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018


 


 

Christiane Vleugels  (2) [1280x768]

Féminin singulier

Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…

Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce –
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
– C’est le métier de femme et de gladiateur.

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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La Bohème (Charles Aznavour)(Jacques Plante)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2018



 

Illustration: Alcide Théophile Robaudi
    
La Bohème

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

(Charles Aznavour)(Jacques Plante)

 

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Est-ce ainsi que les hommes vivent (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Lucie Llong
    
Est-ce ainsi que les hommes vivent
(adaptation de Léo Ferré)

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

(Louis Aragon)

 

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Voyage (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

John Silver 1959 - British Figurative painter -  - (1) [1280x768]

Voyage

La fille près de qui je dors,
M´enroule dans ses cheveux d´or
Comme une araignée dans sa toile.
Moi, j´en appelle à mon étoile
Qui me fera trouver le nord…

Les bateaux reposent encor
Dans les eaux profonds du port,
épuisés par leurs longs voyages.
Moi, j´en appelle au vent du large
Qui me fera quitter le bord.

La nuit que déchire l´aurore
N´est plus que l´envers du décor
De tous mes rêves périssables.
J´en appelle au désert de sable
Qui me fera trouver de l´or.

Je m´en irai l´âme et le corps
Guidés par un commun accord
De tous mes sens insatiables.
J´en appelle à Dieu et à Diable
Qui me feront trouver la mort.

La fille près de qui je dors
M´enroule dans ses cheveux d´or
Comme une araignée dans sa toile.

(Georges Moustaki)

Illustration: John Silver

 

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MA VIE N’EST PAS (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Geology. 64x64cm. Oil on canvas. (2009)

MA VIE N’EST PAS

Ma vie n’est pas cette heure abrupte
où tu me vois précipité
Je suis un arbre devant mon décor,
Je ne suis qu’une de mes bouches,
celle de toutes qui se clora la première.

Je suis l’intervalle entre les deux notes
qui ne s’accordent l’une et l’autre qu’à grand’peine,
car celle de la mort voudrait monter plus haut…
Mais toutes deux, vibrant durant l’obscure pause,
se sont réconciliées.
Et le chant reste beau.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Poème sans connaissance (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




    
Poème sans connaissance

Le chat
lorsqu’il a faim
manque d’humour
et le printemps
lorsqu’il débute
manque de bonne humeur,
mais moi j’ignore
ce qui me fait défaut,
peut-être une pensée
derrière le décor
ou une émotion
derrière le lexique.
Il y a quelque chose
au bout de cette feuille
qui pourrait peut-être
la changer en poème
si toutefois vos ombres
voulaient bien
rencontrer les miennes
– pour que la lumière soit.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

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De la science des miroirs (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




    
De la science des miroirs:
Par habitude, je prends le cadran derrière le comptoir
pour son reflet dans une glace,
lisant « midi moins cinq » comme « midi cinq ».
Mais c’est moi seul qui observe le décor de l’autre côté.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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La coulée blanche du temps (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



La coulée blanche du temps suggère un paysage
d’hermine. L’hiver s’est infiltré sous mes paupières
et je commence à déchiffrer son langage : un cri ample,
une ombre brusque, si bien que j’arrive aux maisons
de silence et comment les verrais-je s’écrouler ?
Je renverse le décor, je m’adosse à un arbre qui n’existe
pas, mais en quel verger me retiennent les soleils d’exil ?
L’oiseau soufré est à vrai dire une orange entre mes doigts.
Je coupe le fruit en deux. L’été se rallume d’un sang oublié.

(Jules Tordjman)

Illustration: Jan Balet

 

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LE RIDEAU (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

LE RIDEAU

Fermer les yeux c’est baisser le rideau
Pour aujourd’hui la comédie est terminée
Le public se lève et s’en va
Oui mais derrière le rideau
Ce qui se joue à l’imprévu
C’est Madame la Vie
Là mon cher on est tout seul
Pour s’applaudir
Ou se siffler
Mais quels décors
Et quels miraculeux éclairages
Là se voit et se dit ce qui ne sera jamais vu
Et jamais dit
Mais le public arrive
Brigadier frappe les trois coups
Il faut bien lever le rideau

(Pierre-Albert Birot)

 

 

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VISAGES (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



VISAGES

L’amitié
Multiplie mon visage

Le ciel commence à l’aube
Et l’aube à chaque feuille poussée du pied
Le temps qu’il fait
Me livre à mon double de terre
Sous le soleil
Oscillant entre deux lignes de neige rouge
Mon désir d’être
Me cloue les bras en croix
Aux planches du décor
Défiguré par la lumière
J’offre mes mains au plus offrant de certitude
J’ignore le tracé de mes lèvres
Et la couleur de mes yeux
Je joue mon rôle pour les arbres et pour l’herbe
Et pour la fleur changeante de la fièvre
J’oublie mon point blanc dans le ciel
Quand mes amis se souviennent
Des portes de la ville aux sept promesses
Personne ici n’apportera le pain partagé
Dès l’aurore
Personne la confiance
Personne l’unité qui prolonge la nuit dans le jour

Ailleurs m’attend le vin de palmes
L’amitié me divise
Et l’amour me rassemble

(Serge Brindeau)

 

 

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