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Poésie

Posts Tagged ‘découper’

Un livre, à quoi ça sert ? (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Un livre, à quoi ça sert ?
À écrire. Ça sert à écrire, à lire, à dessiner.
À écrire ce qui est écrit, à lire ce qui est écrit.
À dessiner des animaux, des arbres, des poissons, des cendriers, des livres, des hommes, des enfants.
À dessiner tout ce qu’on voit.
A compter aussi, à mettre des chiffres.
À raconter des histoires, l’histoire du hibou, l’histoire de la montagne creuse et de la forêt avec les loups.
À faire le ciel, à faire le soleil. A faire une chemise. À faire un pot de fleurs, et une cigarette.
On dessine. On colorie.
On dessine les maisons.
On dessine les salamandres et les escargots.
On peut les faire à l’endroit, et puis à l’envers.
On peut les faire avec des craies, avec des pinceaux.
Avec des allumettes aussi.
Avec de la paille.
Avec des feuilles.
Avec des cheveux.
Avec de l’herbe. Avec des morceaux de bois.
On peut coller, on peut découper avec des ciseaux.
Un livre, ça peut être une boîte.
ça sert à se rappeler, aussi.
A gribouiller.
À cacher les choses, pour que les autres ne les trouvent pas.
ça sert à envoyer des lettres aussi. À mettre les lettres et les cartes quand le facteur les a apportées.
À coller des photos.
Un livre, ça sert à lire le journal.
On écrit les lettres, les O, les A, les Z, les W.
On écrit ZORRO, CHAT ISABELLE.
Ça sert à courir dans le jardin.
Un livre, ça sert à mettre ce qu’on a rêvé cette nuit.
Quand on s’est bien amusé avec, on n’a plus qu’à le jeter à la poubelle.

(J.M.G. Le Clézio)


Illustration

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Au mont Lou (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018




    
Au mont Lou, je contemple le pic des Cinq Vieillards

Au midi du Lou-chan, émergent cinq vieillards
Découpant dans le bleu des lotus couleur d’or.
Splendeur des Neuf Rivières, je pourrais t’embrasser –
Construire ici mon nid, dans les pins et les nues !

(Li Po)

 

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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Dans les carrés de lumière (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration: Anne-Laure Maison
    
Dans les carrés de lumière
que les fenêtres des immeubles
découpent sur la nuit
se démultiplient les silhouettes
d’un petit théâtre d’ombre
jouant les scènes triviales
de la si fascinante
vie des autres

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Ce monde ne présente aucune marque, signe ou preuve d’existence (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Ce monde ne présente aucune marque, signe ou
preuve d’existence, ni les bruits qu’il contient,
tels un coup du vent, des voix ou des braiments d’animaux;
pourtant écoutez attentivement,
le murmure éternel du silence n’en finit jamais de remplir tout cela,
et n’en a jamais fini, et n’en finira jamais.

C’est parce que le monde n’est rien qu’un rêve et
une conception mentale et la durée éternelle n’y fait
pas attention.
La nuit sous la lune, ou dans une chambre paisible,
faites donc silence,
la musique secrète de l’Inconçu se poursuit,
au-delà de la conception, éveillée par-delà l’existence.

A proprement parler, l’éveil n’est pas vraiment l’éveil
parce que l’éternité d’or ne s’est jamais endormie:
on le sait au bruit permanent du Silence
qui découpe ce monde
comme un diamant magique découpant votre erreur
de ne pas comprendre
que c’est votre esprit qui a engendré le monde.

(Jack Kerouac)

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QUOI (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



QUOI

assez loin la nuit les mots

on n’attend rien d’autre

coque vide rejetée
au bout de la nuit dehors
et comme l’écho des mots
confus et faible encore
dedans

***

passe quelque chose sans nom
un tour de lumière blanche
très forte et seule
sans source
partout dedans égale

impossible de remonter
plus loin plus haut

cela échappe
faiblit

à nouveau dehors la nuit
on retombe

les yeux gourds

***

quel vrai brusque est passé
ou quel leurre
à ce point d’être sûr
sans prise

***

au matin
on marche dans l’hiver net

transparent
il taille les angles
découpe chaque obstacle
et le ferme

tout se tient

on bouge

on n’a qu’un poids de rien

buée vide
dans l’air clair
on va
aussi léger qu’une neige
sans chemin dans le froid
ouvert

***

les arbres sont cassants
avec le givre

on devient verre

il suffirait de poursuivre
pour disparaître
comme on est venu

(Antoine Emaz)

Illustration: Ai Xuan

 

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Je prends cette photographie de moi (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Je prends cette photographie de moi
et avec des ciseaux de couture
je découpe le visage.

Maintenant c’est plus exact;

Là où il y avait mes yeux,
absolu
ment tout apparaît

***

I take this picture of myself
and with my sewing scissors
cut out the face.

Now it is more accurate;

Where my eyes were,
every
thing appears

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Amour (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 


    
Amour

Nulle part ailleurs qu’ici
Dans le souffle du coeur
Lorsque le couteau des minutes
Découpe le jour
Et tous les dés sont perdants
Nulle part ailleurs qu’ici
Tu es plus
Que ce que tu es

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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MAISON ET CONDUITE (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




    
MAISON ET CONDUITE

Les parties lumière
et les parties noires
du vaste manoir
découpent en plein
milieu mon cœur.

Je suis l’un ou l’autre
mouvant caractère
selon la lumière
qu’en moi il infuse
ou qui se refuse.

Ange-de-splendeur,
petite crapule,
je n’ai pas contrôle
sur moi dans la cave
ou sur le balcon.

Serai-je les deux
à l’exact instant
où j’ouvre la porte,
encore hésitants,
et la porte et moi?

Le vaste manoir
de lumière-et-d’ombre
c’est lui qui décide
comme jugera
de moi l’opinion
des grands, sans appel
pour mon moi confus
dans l’indéfinie
tombée de la nuit.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Je suis un fanatique de la paix (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je suis un fanatique de la paix :
un meurtrier noir aux yeux bleus
massacre des cheveux bouclés

Des cheveux droits dévastés
détruisent des peaux noires
découpent bien ma chair
un autre parcellise mon sang.

Seuls ceux sans couleur,
seul le transparent sont bons :
ils me laissent dormir
sans terreur la nuit
et je regarde au travers d’eux
pour voir le ciel.

(Yehuda Amichai)

 Illustration: Arunas Zilys

 

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Le ciel passait par dessus les murs des jardins (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2016



Le ciel passait
Par dessus les murs
Des jardins.
Chacun découpait
Son drap du jour
L’air fut bruissant d’anges
Mitoyens.
Des autres
J’avais connaissance
Par le ciel.

(Heather Dohollau)

 

 

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