Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘découragement’

Dans les limbes (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



J’ai dit jadis que l’absence
Est le plus cruel des maux;
On s’y berce avec des mots,
C’est l’horreur de l’impuissance

Sans la consolation
Du moins de quelque caresse,
On meurt sans qu’il y paraisse,
On est mort, dis-je, et si on

Feint de respirer encore,
C’est bien machinalement.
Ô ce découragement
A voir se lever l’aurore!

Or, depuis que dans ces lieux
Je souffre, – dès toi venue,
Par quelle force inconnue
Allé-je infiniment mieux?

C’est l’histoire de l’éphèbe
Mourant de la vierge au loin!
Qu’elle arrive et soit témoin,
Comme il nargue et fuit l’Erèbe!

Et tant que j’y resterai,
Accours en ce limbe blême:
Moi qui déjà t’aime et t’aime,
Ô que je t’adorerai!

(Verlaine)

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Conclusion (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Conclusion

Les impacts de l’amour ne sont pas poésie
(ils ont tenté de l’être: aspiration nocturne).
Mémoire enfantine et pauvreté automnale
se déversent dans le vers de notre urne diurne.

Qu’est la poésie? le beau? Il n’est poésie,
et ce qui n’est poésie n’a pas la parole.
Le mystère en soi non plus que les mots anciens
ne sont pas poésie: cuisse, furie, cabale.

Alors vient le découragement. Adieu, tout!
La valise prête, notre corps détaché,
il nous reste la joie d’être seul, et muet.

De quoi nos poèmes se forment-ils? Où? Quel
rêvé empoisonné leur répond, si le poète
est un ressenti, et tout le reste, nuages?

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: René Magritte

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