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Posts Tagged ‘dédaigneux’

Le lis (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Lys-V-Moretrr

Le lis

Hors du coffret de laque aux clous d’argent, parmi
Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées,
Le riche et lourd collier qu’agrafent deux camées,
Ruisselle et se répand sur la table à demi.

Un oblique rayon l’atteint. L’or a frémi.
L’étincelle s’attache aux perles parsemées,
Et midi darde moins de flèches enflammées
Sur le dos somptueux d’un reptile endormi.

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues
Éparses où l’onyx a mis ses reflets vagues
Et le froid diamant sa claire goutte d’eau ;

Et, comme dédaigneux du contraste et du groupe,
Plus loin, et sous la pourpre ombreuse du rideau,
Noble et pur, un grand lis se meurt dans une coupe.

(François Coppée)

Illustration

 

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La question est de savoir (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
Quand à moi, j’emploie un mot, déclara le Gros Coco d’un ton assez dédaigneux,
il veut dire exactement ce qu’il me plaît qu’il veuille dire…ni plus ni moins.

– La question est de savoir si vous pouvez obliger les mots
à vouloir dire des choses différentes.

– La question est de savoir qui sera le maître,
un point c’est tout.

***

‘When I use a word,’ Humpty Dumpty said, in rather a scornful tone,
‘it means just what I choose it to mean — neither more nor less.’

‘The question is,’ said Alice, ‘whether you can make words mean so many different things.’

‘The question is,’ said Humpty Dumpty, ‘which is to be master — that’s all.’

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions:

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Le cas de l’oiseau assassiné (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 Illustration
    
Le cas de l’oiseau assassiné

Jamais, non jamais nous ne saurons
Pour quel motif un jour
Ces lumières frémirent à peine ;
Ce fut une écume de pleurs,
Une brise plus forte, rien peut-être.
Seules les vagues savent.

Aussi montrent-elles aujourd’hui dédaigneuses
Leur couleur de regards,
Leur couleur encore ignorante, même si un souvenir
Leur chante quelque chose, doucement.

Ce fut un oiseau peut-être assassiné ;
Personne ne sait. Par personne
Ou par quelqu’un triste peut-être sur les pierres,
Sur les murs du ciel.

Mais de cela aujourd’hui on ne sait plus rien.
Ne reste qu’un frisson de lumières à peine ;
Une couleur de regards dans les vagues ou la brise ;
Une peur, peut-être, aussi.
Le tout, il est vrai, incertain.

***

El caso del pájaro asesinado

Nunca sabremos, nunca,
Por qué razón un día
Esas luces temblaron levemente;
Fue una llorosa espuma,
Una brisa más grande, nada acaso.
Sólo las olas saben.

Por eso hoy muestran desdeñosas
Su color de miradas,
Su color ignorante todavía, aunque un recuerdo
Les cante algo, algo levemente.

Fue un pájaro quizá asesinado;
Nadie sabe. Por nadie
O por alguien quizá triste en las piedras,
En los muros del cielo.

Mas de ello hoy nada se sabe.
Sólo un temblor de luces levemente,
Un color de miradas en las olas o en la brisa;
También, acaso, un miedo.
Todo, es verdad, inseguro.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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LE HÉRON (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE HÉRON

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
S’approchant du bord vit sur l’eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !
J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Quand on est amoureux on est ivre (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2016



Quand on est amoureux on est ivre.
Comme cet homme hier dans la rue.

Il avançait, étourdi de boisson.
La voix forte, le geste ample.
Il s’entretenait avec lui-même.

Il a soudain fouillé dans son manteau, en a sorti de l’argent
Qu’il a jeté par poignées sur la route.

Puis s’en est allé.
Dédaigneux de sa fortune. Délié de soi.
Déprit de tout royaume.

Oui l’on est un peu comme ça lorsqu’on est amoureux.
On vide ses poches, on perd son nom.

On découvre avec ravissement la certitude de n’être rien.

(Christian Bobin)

 

 

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