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Posts Tagged ‘dédain’

J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature
tel le mollusque dans le phosphore marin :
le sel brisé qui me heurtait et m’emplissait
de son écho, construisait mon propre squelette.
Comment vous expliquer : sans mouvement ou presque
de cette respiration, bleue haleine amère,
une à une les vagues répétèrent
ce que je pressentais et qui palpitait là,
et pour finir sel et écume me formèrent :
le dédain et aussi le désir d’une vague,
le rythme vert qui au coeur de l’impénétrable
bâtit un édifice transparent,
ce secret-là se maintint ferme et aussitôt
Je sentis que mon coeur battait à l’unisson :
que mon chant grandissait en même temps que l’eau.

(Pablo Neruda)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Il se peut qu’un rêve étrange (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration
    
Il se peut qu’un rêve étrange
Vous ait occupée ce soir,
Vous avez cru voir un ange
Et c’était votre miroir.

Dans sa fuite Eleonore
A défait ses longs cheveux
Pour dérober à l’aurore
Le doux objet de mes voeux.

A quelque mari fidèle
Il ne faudra plus penser.
Je suis amant, j’ai des ailes
Je vous apprends à voler.

Que la muse du mensonge
Apporte au bout de vos doigts
Ce dédain qui n’est qu’un songe
Du berger plus fier qu’un roi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le laboratoire central
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Désir (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

Arthur Braginsky   abab014xl

Le Désir

Celuy n’est pas heureux qui n’a ce qu’il desire,
Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
Ce qu’il n’a point : l’un sert de gracieux appas
Pour le contentement et l’autre est un martyre.

Desirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion ; donc ne desirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
Ores qu’il fust petit, c’est fortune prospere.

Le Desir d’en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents
Le Desir importun aux petits d’estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.

L’un poussé de l’honneur par flateuse industrie
Desire ambitieux sa fortune avancer;
L’autre se voyant pauvre à fin d’en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.

L’un pippé du Desir, seulement pour l’envie
Qu’il a de se gorger de quelque faux plaisir,
Enfin ne gaigne rien qu’un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

L’un pour se faire grand et redorer l’image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
Car le Desir n’est rien qu’un perilleux orage.

L’autre esclave d’Amour, desirant l’avantage
Qu’on espere en tirer, n’embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D’un refus, d’un dédain et d’un mauvais visage.

L’un plein d’ambition, desireux de parestre
Favori de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
C’est heur que de jouir, et non pas d’esperer :
Embrasser l’incertain, et tousjours desirer
Est une passion qui nous met en cervelle.

Bref le Desir n’est rien qu’ombre et que pur mensonge,
Qui travaille nos sens d’un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l’image d’un songe.

(Rémy Belleau)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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LA PLACE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
LA PLACE

On entend sur la place les cris d’une femme
au soir de l’existence
seule avec sa chevelure
son dédain âpre et pur.
Des pâtres, des vachers
l’ont dans sa jeunesse embrassée.
Demeurent des plafonds noirs
des balcons historiés
faisant le tour de la place
et l’heureux conducteur
d’une voiture vide.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Art poétique (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration
    
Art poétique

Je fis ce masque pour mes frères
Avec l’or que j’avais volé
(Dieu des chanteurs, ami sévère)
A ma vieille sincérité.

Que leurs dédains m’ont réjoui !

– Toute ma vie agenouillée.
Un dieu s’y est épanoui
Comme une rivière emportée.

On peut revivre ! On peut se taire…

Ô éternité sans recours
Selon ta flamme solitaire
Ma lyre a dit ce mot d’amour.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Retouche à la gloire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    
retouche à la gloire

ivres des jeux du cirque
les heures assises sur les gradins du temps
dans le dédain des obléisques
guettent le heurt des chars l’éclat l’effondrement
le jour lèche un sable écarlate
la foule hurle un nom qui date

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

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L’art (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Eugène Delacroix
    
L’art

En des moments sereins, heureux, nous rêvons
A nombre de beaux projets inincarnés.
Mais pour donner forme, créer de la vie qui palpite,
Que de choses dissemblables doivent se rencontrer et s’unir
Flamme pour fondre — vent pour geler ;
Patience affligée — énergies joyeuses ;
Humilité — mais orgueil et dédain ;
Intuition et savoir — amour et haine ;
Insolence — respect. Tout cela doit s’unir
Et se fondre avec le coeur mystique de Jacob,
Pour lutter contre l’ange — l’art.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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Les feux du bivouac (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

Bivouac

Les feux du bivouac

Les feux mouvants du bivouac
Éclairent des formes de rêve
Et le songe dans l’entrelacs
Des branches lentement s’élève

Voici les dédains du regret
Tout écorché comme une fraise
Le souvenir et le secret
Dont il ne reste que la braise

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

 

 

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Clotilde (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

Aristide Maillol    [1280x768]

Clotilde

L’anémone et l’ancolie
Ont poussé dans le jardin
Oh dort la mélancolie
Entre l’amour et le dédain

Il y vient aussi nos ombres
Que fa nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra

Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Aristide Maillol

 

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O ma jeunesse abandonnée (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

vieille guirlande

O ma jeunesse abandonnée

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Et des dédains et du soupçon

Le paysage est fait de toiles
Il coule un faux fleuve de sang
Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
Un clown est l’unique passant

Un froid rayon poudroie et joue
Sur les décors et sur ta joue
Un coup de revolver un cri
Dans l’ombre un portrait a souri

La vitre du cadre est brisée
Un air qu’on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Des regrets et de la raison

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

 

 

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