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Posts Tagged ‘dédale’

Tu m’accompagnes partout (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie, de la mort.

(Albert Ayguesparse)

 

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VU DANS UN MIROIR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
VU DANS UN MIROIR

Derrière l’arbre, la maison, les étoiles,
Il y a la présence que je ne peux voir
Autrement que maison, arbre ou étoiles.

Arbre, maison, étoiles
S’étendent à l’infini à l’intérieur d’eux-mêmes
Dans le mystère du monde

Où tournent les roues de la Puissance dont bat le pouls
Issu de rien, issu de la nuit,
Feuilles, pierres et feux,

L’arbre de fête vivant autour duquel la danse
— Chromosomes, noyaux d’atomes —
Trace un dédale de branches et de feuilles,

La maison de pierre, dressée, qui s’est désagrégée
Dans le torrent en fusion quand fut précipité
Hors du chaos ce vaste monde,

Et les soleils dont l’embrasement fait renaître
Ou s’achever la course que l’arbre, la maison et le monde traversent,

Maintenus par l’Être que je ne peux connaître
Sous une autre forme que les „toiles, les pierres et les arbres
Dans le miroir de la nature, dans les yeux de la nature.

***

SEEN IN A GLASS

Behind the tree, behind the bouse, behind the stars
Is the presence that I cannot see
Otherwise than as bouse and stars and tree.

Tree, bouse and stars
Extend to infinie within themselves
Into the mystery of the world

Where whirl the wheels of power whose pulses beat
Out of nothing, out of night,
Leaves, Stones and fares,

The living tree whose maypole dance
Of chromosome and nucleus
Traces the ma

The standing bouse of Stone that poured
In malien torrent when was hurled
Out of chaos this great world,

And suns whose kindling begins anew
Or ends the course that tree, bouse, world nove through,

Upheld by being that I cannot know
In other foret than stars and stones and trees
Assume in nature’ s glass in nature’s eyes.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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L’ODEUR (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

L’ODEUR

Si tu songes l’Amour, si tu rêves la Mort,
Si ton miroir est trouble à te sourire, écoute
Les feuilles, feuille à feuille, et l’onde, goutte à goutte,
Tomber de la fontaine et de l’arbre. Tout dort.

La rose de septembre et le tournesol d’or
Ont dit l’été qui brûle et l’automne qui doute;
Le bosquet s’entrelace et la grotte se voûte,
Le dédale et l’écho te tromperaient encor.

Laisse l’allée oblique et le carrefour traître
Et ne regarde pas à travers la fenêtre
Du pavillon fermé dont la clef est perdue.

Silence! L’ombre est là; viens respirer plutôt,
Ainsi que les hermès et les blanches statues,
L’amère odeur du buis autour des calmes eaux.

(Henri De Régnier)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Les images périmées (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018



Les images périmées

Maintenant j’écris
comme l’aveugle voit
La lumière glisse sur mes paupières
et s’évacue par le trou de la page
Les mots font les cent pas dans leur cage
J’entends claquer le fouet du dompteur
et pas de rugissement
Mes images toutes
sont périmées
je marche
dans le dédale du cœur
sans chien-guide

(Abdellatif Laâbi)

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Le tombeau des rois (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



chambre funéraire

Le tombeau des rois

J’ai mon coeur au poing
Comme un faucon aveugle.

Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang,
Je descends
Vers les tombeaux des rois
Étonnée
À peine née.

Quel fil d’Ariane me mène
Au long des dédales sourds?
L’écho des pas s’y mange à mesure.

(En quel songe
Cette enfant fut-elle liée par la cheville
pareille à une esclave fascinée?)

L’auteur du songe
presse le fil,
Et viennent les pas nus
Un à un
Comme les premières gouttes de pluie
Au fond du puits.

Déjà l’odeur bouge en des orages gonflés
Suinte sous le pas des portes
Aux chambres secrètes et rondes
Là où sont dressés les lits clos.

L’immobile désir des gisants me tire.
Je regarde avec étonnement
À même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés :
La fumée d’encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble :
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d’or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L’ombre de l’amour me maquille à petits traits précis ;

Et cet oiseau que j’ai
Respire
Et se plaint étrangement.

Un frisson long
Semblable au vent qui prend, d’arbre en arbre,
Agite sept grands pharaons d’ébène
En leurs étuis solennels et parés.

Ce n’est que la profondeur de la mort qui persiste,
Simulant le dernier tourment
Cherchant son apaisement
Et son éternité
En un cliquetis léger de bracelets
Cercles vains jeux d’ailleurs
Autour de la chair sacrifiée.

Avides de la source fraternelle du mal en moi
Ils me couchent et me boivent ;
Sept fois, je connais l’étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.

Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués
Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d’aube s’égare ici?
D’où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées?

(Anne Hébert)

 

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Ce n’est pas la même chose (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
Ce n’est pas la même chose
la porte ou le porche
la cloison ou le rempart
l’alcôve ou le jardin
la baie ou le créneau
la chambre ou la terrasse

Dédale tantôt tu construis
pour terrasser la terre
et tantôt nidifier à demeure
Ce n’est pas la même chose
le dedans du dehors
ou celui du dedans

(Michel Deguy)

 

Recueil: N’était le coeur
Traduction:
Editions: Galilée

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LA LIMACE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LA LIMACE

Limace pure et sans tache
dont la bave trace dans le dédale des bourraches
son espace tout en surface
limace vorace dont la fringale
ravage la salade automnale
limace âme sagace
semblable aux sargasses humaines
limace brave qui perpétue ta race
vivace malgré la haine du campagnard
limace trisyllabe limace méconnue
il faut te donner un peu d’affection
pour que tu continues paisiblement ton chemin
et que sur ta face s’efface la trace de ton angoisse
et celle de ta bave aussi
sur les soucis

(Raymond Queneau)

 

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Retouche au désespoir (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
retouche au désespoir

Dans le dédale des songes
erre l’amour non partagé

il cherche le carrefour
où dresser un bûcher à la mémoire

il envie les statues
de la ville éteinte

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Et s’il faut te suivre (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
Et s’il faut te suivre jusqu’au gouffre, je te suivrai.
Tu n’es pas la passante, mais celle qui demeure.
La notion d’éternité est liée à mon amour pour toi.
Non, tu n’es pas la passante ni le pilote étrange
qui guide l’aventurier à travers le dédale du désir.
Tu m’as ouvert le pays même de la passion.
Je me perds dans ta pensée plus sûrement que dans un désert.
Tu n’es pas la passante,
mais la perpétuelle amante.

(Robert Desnos)

 

 

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ll rayonnait (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



 


    
ll rayonnait hors de l’espace, — dans le Temps.

On ne pouvait le voir qu’en fermant les paupières.

On y entrait par un dédale de souvenirs.

On en sortait béants sur l’abîme futur…

C’était cet astre fou ce monstre irradiant,
ce puits sempiternel d’horreur et de chaleur
qui hurle dans le ciel au milieu de sa meute,
cet énorme et cruel démon, — dont le souci
est la croissance des jacinthes.

(Jean Tardieu)

 

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