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Poésie

Posts Tagged ‘défendu’

La fleur (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
La fleur

Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
une fleur.

La fleur ancienne
toute neuve
Folle comme avoine
lucide comme blé
ou riz
Vraie comme rêve
belle comme amour
rouge comme toujours.

Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
Une fleur.

La fleur libre et véritable
indispensable
utile comme pain
utile comme vin
juste colère larmes et rires
ou fol espoir
Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
une fleur.

La fleur interdite de séjour
la fleur rebelle à la lobotanique
réfractaire à l’ortie-culture
La fleur du libre-savoir et des vérités ouvrières
La fleur de n’importe qui quand n’importe qui c’est quelqu’un
la fleur aux couleurs éclatantes et qui éclate n’importe où
quand n’importe où c’est partout
éclate de vivre
éclate de rire
et d’inquiétude
et de détresse aussi.
Dans un pot de fer
des grenades
lancées par des grenadiers
Dans un pot de terre
la fleur
défendue par ses jardiniers.

(Jacques Prévert)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Choses et autres
Traduction:
Editions: Gallimard

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TU FERAIS BIEN D’ÉCLAIRER TON ENFANT… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
TU FERAIS BIEN D’ÉCLAIRER TON ENFANT…

Tu ferais bien d’éclairer ton enfant :
Les croque-mitaines, ce sont les gens…
Les sorcières ? de vieilles harengères…
Et ce loup ? rien qu’un chien méchant qui crie.

Marchands, savants, tous, contre de l’argent
Échangent leur espoir lui-même.
Ils vendent du charbon, du sentiment…
Et certains vendent des poèmes.

Pour le consoler, dis à ton petit
(Si çа console!): le monde est ainsi!
Ou bien, berce-le d’un conte léger :
Le Communisme en fascisme changé ! …

Car enfin, il faut qu’il y ait de l’ordre !
Et cet ordre à ceci pour but :
Même un enfant, il faut que çа rapporte,
Et ce qu’on aime est défendu.

Quand ton enfant, bouche bée, te regarde
Ou se lamente d’une voix geignarde,
Ne sois pas dupe et ne crois pas vraiment
L’avoir pétri de ton enseignement.

Regarde-le : il lance avec astuce,
Pour être plaint, des cris stridents
Et, tandis qu’il rit au sein blanc qu’il suce.
Poussent ses ongles et ses dents.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Marée (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Marée

La vie se retire,
Tire ses galets:
Par cette marée
Le désert empire.

Epaves, larcins,
Monstres affalés,
Feuillages brûlés
Des arbres marins

S’entassent, s’emmêlent
Dans les plis salés
Du sable léché
Par l’ennui du jour.

L’ombre défendue.
Le chant qui défaille.
Une coque bâille
Au vent qui la tue.

Le soleil dévore
De pâles méduses.
La mer au loin s’use
En jeux incolores.

Trop tard si la force
Un instant perdue
S’amasse et reflue
Vers la rive sèche:

La vague ne sent
A ses lèvres bleues
Que le baiser creux
De mille ossements.

(Jean Joubert)

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Murailles (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
Murailles

Perdue
Les mains cherchant l’extase sous une herbe
Se maintenaient plus belles que le matin où toi
Tu te cherchais encore et c’était les murailles
Qui enserraient ton nom, ta preuve, qui te chassaient

Montre-toi, anime-toi, précède l’aube
Je suis le feu, tu es la fin, toi qui m’écartes
Entrouvre le chemin de tes doigts délaissés
Sous la soie d’un soleil disque pur, dissipe-moi

Mais demeure au seuil défendu, je te rejoins
Car j’ai fait voeu
J’ai grand besoin d’une herbe dans les yeux
Et de ton nom pareil aux feuilles de mes mains

J’ai besoin de m’asseoir à ton pied défendu
D’un fruit qui rendrait ta bouche plus belle encore
Et de rire

Perdue
Sur un chemin du doigt des grilles sans retour.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Côte à côte (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Côte à côte

Des palais d’argent vénèrent nos mains
Ils ont inventé notre exil
Jusqu’aux sources éclairées des campagnes
Loin, nous irons loin parmi les feuilles
Les nids blancs indiqueront le chant de nos voyages

Tu iras au-devant, ma compagne inconnue
Te retournant avec le soir
J’aurai sombré, je serai là, haletant
Et transi, tu cesseras plus longtemps de marcher

Puis nous irons côte à côte Ô mémoire défendue
La main dans la main de l’autre, de personne.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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FLEUR DÉFENDUE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



Illustration: Wang Shiyan

    

FLEUR DÉFENDUE
Li-Taï-Pé

Sous la claire lune d’automne, l’eau agitée secoue ma barque.
Solitaire, je vogue sur le lac du Sud, et je cueille des lotus blancs.

Oh ! qu’elle est belle, la blanche fleur du lotus !…
Qu’elle est délicate et délicieuse !

Un ardent désir me dévore de lui avouer la passion qu’elle m’inspire.

Hélas !… une tristesse mortelle submerge mon cœur…
l’embarcation s’en va à la dérive, sur les eaux narquoises,
qui s’en font un jouet.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Jardin (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



jardin

nous rendrez-vous cet air du Luxembourg
que vous traverserez longtemps sous notre regard
ironique et doux marchant non vers un prince
des plaisirs défendus mais un but sans attraits
le travail imperceptible d’équarrissage contre vous
les ombres mortes qu’il vous fallait discriminer
avec leur poids d’aïeules et tandis que nous
n’en finissions pas de jouer à l’avant-monde
et d’applaudir entre les voitures et les affiches
nos allures de guerriers mourants et vainqueurs
vous n’étiez même pas sûre à votre jeu
de rencontrer à temps la chaleur de votre corps
et l’envie folle d’être attendue perce-t-elle
aujourd’hui sous cette légèreté d’inadvertance
qui vous a fait garder le bleu marine pour au moins
le tissu tendre de votre écharpe striée d’éclairs
brun et or l’abdomen des abeilles quand vous passez
près des ruchers modèles où se renoue le temps discret

(Hédi Kaddour)


Illustration

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DU MILIEU DU PONT (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



 

DU MILIEU DU PONT

Comme arc-en-ciel entre soleil et pluie
Comme grand’voile entre rade et partir
Comme l’écho entre lac et montagne

Du matin au soir de près à très loin
Je me dis adieu mais ne m’en vais point

Comme le loup entre famine et piège
Comme l’automne hésite avant l’hiver
Comme le saule entre ville et campagne

Du soir jusqu’à l’aube et d’ici à loin
Je me dis adieu mais ne m’en vais point

Par vos vingt ans qui luisent sur ma vie
Entre la feuille et le fruit défendu
Par les jeudis et la mélancolie

D’un dimanche à l’autre à courir assis
Je me dis adieu mais je reste ici

Je vis d’un mot, je meurs d’une hirondelle
Et ce couplet qui passe pour le mien
Fut fait pour vous qui demain serez belle

De l’herbe à la neige et par vingt pays
Je vous dis adieu et je reste ici

Comme la grève et comme la frontière
Ne savent point en quel lieu commencer
Je n’en sais plus… Las ! Et si je m’arrête

C’est pour regarder du milieu du pont
Couler entre nous l’eau d’une chanson

Couler entre nous l’eau de ma chanson

(Gilles Vigneault)

Illustration retirée sur demande de son auteur http://www.tripalbum.net/borneo/pont-de-singe/

 

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Claquée larmant croco (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Andrée Gesuele Marino
    
claquée larmant croco
face au refus ferme
du fruit défendu

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: A trois que le qui-vive
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Voici le long festin de pierres (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Max Mitenkov  the_fogman_by_vimark-d462ddz

Voici le long festin de pierres
Toutes celles qui m’ont blessé
L’orgue moulu par les idoles
Dont les crocs ont percé le masque
Me joue une messe burlesque
Les yeux aimés la belle épaule
L’ange de moi s’est détourné
Tous les poisons sont vendangés

Voici le grand festin amer
Où tous mes regrets sont muets
Je n’ose pas les regarder
Un regard les ferait pleurer
C’est le festin du grand désert
Tous les mirages me condamnent
Encore au loin l’ange ricane
Tous les poisons il faut les boire

Voici qu’au grand festin de mots
Il règne un silence de mort
Les mots d’amour sont défendus
Et je consterne les convives
A peine ai-je osé murmurer
J’entends ses pas fuir mon ouïe
J’écoute et je m’entends mourir
Me souvenant des pas anciens

Quelques-uns dans les escaliers
En se hâtant vers quelque fête
Faisaient rouler un bruit de dés
Dans le coeur inquiet du poète
Et je gagnais en ce temps-là
Je te gagnais à chaque pas
As-tu oublié nos baisers
L’art du désert va m’effacer

Qui a joué qui a gagné
Ma sirène dans la tempête
Et moi je suis le naufragé
Reclus dans la terre promise
L’amour est là à partager
Personne ne vient y toucher
Et la maison qui abritait
Ce que l’amour pouvait sauver

Est vide et sur le palier noir
Dédié au parfum que tu laisses
C’est le froid seul qui est resté
Tu as oublié d’emporter
Ton souvenir que j’embrassais
Derrière la porte fermée
Toi la beauté qui n’apparais
Que pour chasser celle des autres

Sans fin les bruits du monde passent
Leur rouleau de fer sur mes rêves
Pour te préparer un chemin
Mais tu n’arrives pas j’écoute
Je n’entends que les pas des autres
Reviens reviens que je te dise
Ferme les yeux quand je t’embrasse
Que vois-tu je vois le beau temps

(Ernest Delève)

Illustration: Max Mitenkov

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