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Posts Tagged ‘déflorer’

LA VIE HUMAINE (Jules-Lefèvre Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



Duy Huynh -   (45)
LA VIE HUMAINE

Notre vie est semblable à l’étoile qui file,
Au nuage d’albâtre où l’azur se faufile,
Au chant du passereau sur les buissons verdis,
Au vol de l’aigle errant autour du paradis ;
Aux grains d’argent tombés du voile de l’aurore,
Au flambeau vacillant dans les ombres qu’il dore,
Au papillon rôdeur qui le prend pour le jour,
Aux brises d’orient, dont le volage amour
Soulève des ruisseaux l’humide rêverie,
Aux sillons dont il brode en courant la prairie
A cet arc sept fois teint d’une splendeur d’emprunt
A l’insecte de feu qui luit sous un ciel brun
Au son de l’Angelus que la cloche soupire,
A l’encens d’une fleur que le printemps respire
Aux récits des amants, le soir, sous les bouleaux

Tout cela, c’est la vie ; et ces riants tableaux
N’en sont tous cependant qu’une affligeante image.
L’étoile qui s’envole a le sort du nuage ;
Le passereau s’enfuit, l’aigle ne revient pas ;
Les larmes du matin se sèchent sous nos pas ;
Le papillon se brûle à des flambeaux qui meurent
Jamais les plis du vent sur les prés ne demeurent
L’arc-en-ciel se déflore au soleil qui le peint,
La cloche en pleurs se tait, le ver luisant s’éteint,
L’encens s’évanouit ; l’histoire commencée
S’arrête : rien n’écoute… et la vie est passée !

(Jules-Lefèvre Deumier)

Illustration: Duy Huynh

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Irrésolu (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Irrésolu j’écoute en me levant
le son clair de mes pas; puis j’hésite
devant les sinistres volets clos.
(Dans quelle merveilleuse atmosphère se glisse
la lumière immaculée ? Et avec tant de tristesse ?).
Incertain j’ouvre le balcon : le ciel imprime
un silence sidéral sur les champs.

Et… si nos sens avaient raison, puis au loin
un chaste autocar déflore à peine
le silence, du côté des contreforts désolés.
Et le vrombissement enchanteur se dissipe.
Et moi je suis toujours là, penché sur mes feuilles ?
Ah images désespérantes, ah certitude
de n’être rien d’autre qu’une apparition
à la lumière…

***

Sospeso allora ascolto dei miei passi
il fresco suono, alzandomi; ma indugio
aile squallide imposte suggellate.
(In quell’aria meravigliosa il vergine
lume trapela? e con tale tristezza?).
Apro incerto il balcone: il cielo imprime
un silenzio sidereo sopra i campi.

Poi… se i sensi non errano, è un remoto
casto autocarro che disfiora appena,
ai desolati margini, il silenzio.
E il rombo incantevole dilegua.
Ed io mi trovo ancora chino sui miei fogli?
Ah disperante immagine, ah certezza
di non essere altri che un apparso
alla luce…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Aspiration (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Cette vallée est triste et grise: un froid brouillard
Pèse sur elle;
L’horizon est ridé comme un front de vieillard;
Oiseau, gazelle,
Prêtez-moi votre vol; éclair, emporte-moi!
Vite, bien vite,
Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi,
Et nous invite
À la fête éternelle, au concert éclatant
Qui toujours vibre,
Et dont l’écho lointain, de mon cœur palpitant
Trouble la fibre.
Là, rayonnent, sous l’oeil de Dieu qui les bénit,
Des fleurs étranges,
Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid
Des milliers d’anges;
Là, tous les sons rêvés, là, toutes les splendeurs
Inabordables
Forment, par un hymen miraculeux, des chœurs
Inénarrables!
Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu
Fendent les ondes
D’un lac de diamant où se peint le ciel bleu
Avec les mondes;

Là, dans les airs charmés, volètent des odeurs
Enchanteresses,
Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs
De leurs caresses.
Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux
Dont l’orbe austère
Contient l’immensité sidérale des cieux
Et du mystère,
Y baisent chastement, comme il sied aux péris,
Le saint poète,
Qui voit tourbillonner des légions d’esprits
Dessus sa tête.
L’âme, dans cet Éden, boit à flots l’idéal,
Torrent splendide,
Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal
Sans une ride.
Ah! pour me transporter dans ce septième ciel,
Moi, pauvre hère,

Moi, frêle fils d’Adam, cœur tout matériel,
Loin de la terre,
Loin de ce monde impur où le fait chaque jour
Détruit le rêve,
Où l’or remplace tout, la beauté, l’art, l’amour,
Où ne se lève
Aucune gloire un peu pure que les siffleurs
Ne la déflorent,
Où les artistes pour désarmer les railleurs
Se déshonorent,
Loin de ce bagne où, hors le débauché qui dort,
Tous sont infâmes,
Loin de tout ce qui vit, loin des hommes, encor
Plus loin des femmes,
Aigle, au rêveur hardi, pour l’enlever du sol,
Ouvre ton aile!
Éclair, emporte-moi! Prêtez-moi votre vol,
Oiseau, gazelle!

(Verlaine)

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L’OEIL ROSE (Dimitri Defrain)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016




L’OEIL ROSE

J’aime ton œil humide Kate,
Voir ta pupille délicate
Se dilater avec délits,
Kate, et s’iriser sur des lits…

Mais hélas, tel l’or c’est un leurre
Où fane mon coeur toute l’heure,
Car d’autres déflorent ta fleur,
Effleurent ta flore et la leur…

Et meurt le soleil. Je l’implore,
Ton oeil! – Plein d’horreur je l’explore
Jusqu’à l’aurore, las, pleurant,
Et ton parfum enfui fleurant…

Et je me promène, torpide,
Parcouru d’un désir turpide,
Fouettant avec dureté
Ton oeil rose et son duveté.

(Dimitri Defrain)

Illustration

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SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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