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L’ALPHABET DE TON COEUR (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




L’ALPHABET DE TON COEUR

C’était un espace d’enfance et de paix
que je gardais au chaud,
loin des lois raides comme les saillies mortes,
les avenues sans arbres, sans mystères.
C’était ma plage, mon sous-bois
ma saison de sable et de mousse.
J’aimais ton regard, simplement,
toujours en errance vers de nouvelles dunes,
tes gestes de gosse noyé,
tes déraisons, ta pudeur,
tes déguisements inutiles
pour ameuter l’amour autour de toi
et ta faim de tendresse.

J’allais vers toi, les manches retroussées
comme on va au bain avec son petit.
J’allais me recueillir au coeur de ce hameau
où l’amour est une écolière encore
qui joue à la maîtresse.

Et voilà que je t’ai retrouvé
chargé de livres, de langues fossiles,
l’innocence perdue soudain,
accablé de science et de rhétorique
étrangères comme des prostituées
qui ne donnent rien.
Et j’ai compris alors
que tu t’étais égaré dans l’alphabet de ton coeur

(Hélène Laugier)

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Je me souviens de poèmes sauvages (Élise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Élise Turcotte
    
Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers

Des jours entiers
à fouiller
dans les cendres
volantes

J’arrache un poème
sur le dos
de l’inhumanité

La violence
possède aussi
un déguisement
c’est l’esprit
de nouveauté

J’ai cru dormir un instant
un miracle se produisait
je courais
en suivant des pistes de loups
le temps était aussi complexe
que lumineux
mais c’est faux
je ne dors pas
la fatigue
ne m’atteint plus

(Élise Turcotte)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Sombre ménagerie
Traduction:
Editions: du Noroît

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Ce soir (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Ce soir

Ce soir, quand les phalènes des prairies
feront leurs gerbes de neige autour de la lampe,
imagine mon amour.

J’ai peu de temps comme elles
pour danser la joie et la mort.
Un regard distrait de toi suffira.
Je viens des limites de l’ombre avec des douleurs si fines
qu’il m’a fallu beaucoup de peine pour prendre ce déguisement.

Vois, j’ai pris forme alors que je ne suis que désir.
J’ai traduit en couleur ce que transportent les distances,
ce que hurle la pollution nocturne des ruisseaux,
ce qu’attend le bolet blanc qui vient de naître sous la fougère,
ce que signifie la chute d’une pomme sauvage dans un fourré.

Comment te dire que l’amour du monde,
c’est moi, pour un très petit instant de grâce,
frappant au carreau allumé avant de m’y fracasser.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Le plus pauvre héritier

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Elle était blanche comme un lys (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
Elle était blanche comme un lys,
Le teint, le front clairs et polis,
La chair tendre comme rosée
Et simple comme une épousée:
Taille grêle, ensemble charmant,
Sans fard et sans déguisement,
Car elle n’avait, je vous jure,
Besoin d’atours ni de parure.
Ses blonds cheveux étaient si longs
Qu’ils venaient battre ses talons,
Bien faits son nez, ses yeux, sa bouche.
Moult grande douceur au cœur me touche
(M’assiste Dieu!) quand je revois
Tous ses charmes comme autrefois!
N’était si belle femme au monde!
Bref, elle était jeunette et blonde,
Au regard doux, sade et plaisant,
Au corps rondelet, svelte et gent.

(Guillaume de Lorris)

 

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Soutenir son être (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



désapprendre
sous d’invisibles déguisements
à soutenir son être
parmi les débris du vide

ligaturer l’évidence
avec les balafres de la foudre

(Zéno Bianu)

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VÊPRÉE (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



Illustration: Constantin Brancusi

    

VÊPRÉE

Amour: en ton intimité les formes rêvent
le moment d’exister: il est encore bien tôt
pour s’éveiller, souffrir. Ne se connaissent pas
ceux qui dans ton sortilège se détruiront.

Et tu ne sais toi-même, amour, que tu t’approches
à pas de velours. Tu es tellement secret,
réticent et roué, que tu ressembles à
une maison échappant à son architecte.

Quels présages circulent à travers l’éther,
quels indices de passion, quelle soupirance
hésite, tel le fluor, à se consumer,
si ne vient enfin à l’effleurer ton soulier?

Tu ne veux mordre vite ni profondément.
Tu évites l’éclat que la frayeur répand.
Tu examines chaque âme. Est-ce un feu inerte?
Le sacrifice devra être auguste et lent.

Alors, amour, tu choisis le déguisement.
Sérieux, comme tu t’amuses de cabrioles,
en larges rires sans façons, pieds déchaussés,
dans le cercle de lumière que tu déroules!

Ici contemple ce jardin: les amoureux
deux à deux, lèvre à lèvre, vont accompagnant
de ton caprice l’hermétique astrolabe,
et suivent le soleil dans le jour finissant.

Et ils s’allongent dans l’herbe; et s’enlaçant dans
un désir en ton mineur, ou dans l’indécise
quête d’eux-mêmes, en l’espace s’étirant,
malgré leur corps, ils sont plus légers que la brise.

Et sur la montagne russe ils crient unanimes
de peur et de plaisir ingénu, partagé
par des couples qui se confondent, mais sans flamme,
car plus tard seulement le coeur est embrasé.

Vois, amour, ce que tu fais de cette jeunesse
(ou de ces vieux) qui, sur l’eau languide penchée,
relit, entre toutes, l’histoire sans paroles
à laquelle notre entendement n’a d’accès.

Dans la bousculade pressée des quais de gare,
parmi des sifflements, porteurs et sonneries,
rauque explosion du voyage, qu’il est lyrique
le rouge qui d’une lèvre à l’autre s’enfuit.

Ainsi tes amoureux se font-ils prospecteurs :
l’un est mine pour l’autre, et ne s’épuise pas
cet or que l’on surprend au fond des galeries
dont l’instinct ouvre seul la ténébreuse voie.

Sont-ce des aveugles, sont-ce des automates,
esclaves d’un dieu sans charité ni présence?
Mais ils sourient des yeux, et que de lumineux
gestes d’intégration, au fond de la nuit dense !

N’éprouve pas exagérément tes victimes,
ô amour, laisse les amoureux vivre en paix.
En eux ils conservent, tel un choeur sans cadence,
les enfers à venir et les enfers passés.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Clair de lune (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017




Clair de lune

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

(Verlaine)

Illustration

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Le Plein et le Vide (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Le Plein et le Vide

Oh si je me souviens et combien.
Et si je ne me souvenais pas?
Autre serait mon âme,
bien différent mon visage.

Oh comme j’oublie et combien.
Et si je n’oubliais pas?
Je serais l’homme-étonnement,
sans tête déambulant.

Oh comme j’oublie et me souviens,
comme je me souviens et oublie,
par flux égaux
et simultanés enlacements.
Mais comment puis-je, à la fin,
recomposer mes déguisements?

Quel coffret étrange recèle
en moi sa brume et ses cendres,
son patrimoine de flammes,
tandis que la vie confère
sa limite, et que chaque heure
est une heure dévolue
dans la balance de la mémoire
qui pleure et qui rit, partagée?

(Carlos Drummond de Andrade)

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Je me demande souvent (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016




Je me demande souvent à quelle obscure délimitation
pourraient se reconnaître l’homme, et l’animal privé de parole.

En quel paradis premier, au matin éloigné de la création,
courait le sentier où leurs coeurs se rencontraient ?
La trace de leurs rencontres y est encore imprimée
bien qu’on ait oublié depuis longtemps leur parentage.

Mais soudain, dans une muette harmonie, un lointain souvenir s’éveille,
l’animal regarde le visage de l’homme avec une tendre confiance,
l’homme regarde l’animal avec une tendresse amusée.

On dirait que les deux amis se rencontrent, portant chacun un masque,
et qu’ils se reconnaissent vaguement l’un l’autre sous le déguisement.

(Rabindranath Tagore)

 

 

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Jubilation pure (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2015



 

Antonio Nunziante 1956  Italy l'alba

Jubilation pure

Nul déguisement
nulle parure

juste
cette brume de jubilation pure

flottant autour de la moindre
de tes tentatives

(Thierry Cazals)

Illustration: Antonio Nunziante

 

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