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LE VILLAGE À L’OUEST (Guo Xiangzhen)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



LE VILLAGE À L’OUEST

Proches ou lointains, que de temples
Au village à l’ouest, huit ou neuf foyers
Où pourrai-je vendre les poissons que j’ai pêchés
Pour acheter du vin et le déguster au fond des roseaux

(Guo Xiangzhen)

 

 

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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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Les chats (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les chats

Je veux louer les chats,
Plus caressants qu’un flot s’écoulant à la dune,
Qu’au long d’un toit moussu un bleu rayon de lune,
Les chats voluptueux flairant l’odeur des mains
Et les bouquets fanés qui meurent sur les seins.

Je veux louer les chats aux prunelles languides,
Fluant à pas muets à travers l’herbe humide,
Savants dans l’art de jouir et qui vont dégustant,
Lait pur, l’arôme exquis des jasmins au printemps.

Je veux louer les chats amoureux des nuances
Des coussins japonais, des bergères d’antan,
Des tapis d’Orient à la molle effleurescance
Par qui le dur réel devient inexistant.

Je veux louer les chats dont l’échine se ploie
Agilement aux creux des édredons de soie,
Mais adorant surtout, à l’égal d’un péché,
L’énervante tiédeur des genoux rapprochés.

Je veux louer les chats qui, de leurs ongles fauves,
Dédaigneux des gazons s’étalant en plein jour,
Pétrissent lentement à l’ombre de l’alcôve
L’oreiller langoureux que parfuma l’amour.

Je veux louer les chats par-dessus tout artistes
Qui, lorsque nous dormons, aux lueurs d’améthystes
Des soirs d’Août s’en vont, au bord des toits branlants,
Gémir de mal d’amour dans la nuit s’étoilant.

Je veux louer les chats dont l’âme nous pénètre,
Fins comme les sorciers des anciens fabliaux,
Les chats posant leur front doux au front de leurs maîtres,
Les chats meilleurs que nous, fidèles et loyaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Il a su toucher mon coeur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Il a su toucher mon coeur
ou Les Deux jumeaux

1
L’autre soir j’ai rencontré
Un séduisant jeune homme
Et nous avons folâtré
Et dégusté la pomme
Dans le lit que j’étais bien!
Car le lit c’était le sien.

Refrain 1
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et j’aimais déjà la saveur
De ses lèvres
Au bout d’un petit instant
Un instant
Qui dura longtemps
Mais qui me parut trop rapide
Il me quitta d’un air languide
Pour aller se laver les mains
Tout près, dans la sall’ de bains.

2
Peu après il est rentré
Tout rempli de courage
Et il a recommencé
Plein de coeur à l’ouvrage
Car douze fois dans la nuit
La même chose il refit.

Refrain 2
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et je garde encor la saveur
De ses lèvres
Mais le lendemain matin
Du festin
Sur le traversin
Je vis qu’il y avait trois têtes
Et je compris toute la fête
C’était tour à tour deux jumeaux
Qui s’étaient donné le mot.

3
J’ai gardé ces deux chameaux
Ne sachant lequel prendre
Maint’nant j’aim’ les deux jumeaux
Qui sav’nt bien me le rendre
Et je cherche chaque nuit
Si c’est l’autre ou si c’est lui.

Refrain 3
Car ils ont su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Il me faut toujours la saveur
De leurs lèvres
L’un à l’autre fait pendant
C’est charmant
Mais c’est fatigant
Je me demande très anxieuse
Quel serait mon sort d’amoureuse
Si leur mère mieux stimulée
Avait fait des quintuplés.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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MODESTIE ! MODESTIE ! (Odile Caradec)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



    

MODESTIE ! MODESTIE !

N’oublions pas ceci :
nous sommes tous éminemment comestibles
sauf les vieillards très durs à longue barbe blanche
(Que ferait-on de cette barbe en un banquet ? la griller ?)
Et il y a les pieds qui tous sentent des pieds

Les yeux verts, les yeux bleus ont le goût
d’eau profonde
et que dire de la croustillante des oreilles
cartilages, osselets !

Ô têtes d’hommes sur plat à barbe
bien présentées
pour être dégustées, fin festin d’araignée

Ô beaux cerveaux pensifs sinuant de circonvolution
en circonvolution
pour produire belle, sublime poésie

Et vous cerveaux de musiciens aux ondes scintillantes
et vous pinceaux, palettes, brosses, encre très
noire des calligraphes
Ô vous, peintres fouillant dans les couleurs,
le noir profond pour parapher le monde

(Odile Caradec)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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La danse des fruits (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



Elizaveta Porodina photographie art contemporain femme

La danse des fruits

Tu dis des mots, des mots pour être belle :
Pomme, poire, prune… et ta lèvre danse,
Et prend le goût des fruits qu’elle murmure.

Ta lèvre danse et tout ton corps la suit.
N’est-il merveille un corps épanoui,
Au bout de l’arbre une douceur d’enfant,
Un fruit savant qui fait danser les belles ?

Il n’est de mots, de formules magiques,
Que ceux qu’on déguste en les murmurant.
Nous ne dirons plus jamais je vous aime,
Nous dirons quelques fruits à l’oreille.

(Robert Sabatier)

Illustration: Elizaveta Porodina

 

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Recette (Jean-François Agostini)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



poeme

Recette

Le jour où vous serez dans votre bonne assiette
procurez-vous:
un paquet d’alphabets en vrac,
Douze cuillerées à soupe de brise vanillée
un quartier de lune rousse
un zeste de sentiment (au choix)
750 grammes de rêve
10 centilitres d’Alcool (l’Apollinaire est recommandé)
(ou 20 centilitres si vous voulez donner leur part aux anges)
une pincée de virgules
Mélangez le tout
Faites chauffer 2 heures à 37° 5
Goûtez! (Si trop d’amertume, faites fondre une vieille histoire
d’amour et glacez le tout)
Dégustez votre poème avec quelques amis, mais un conseil :

Ne les gavez pas !

(Jean-François Agostini)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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L’édifice (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



L’édifice

Le mot dormant qui nous appelle à l’aide
Et le secours que l’on demande au mot,
Chacun cherchant le plus lointain des frères
Pour fondre au feu d’un unique creuset.

Serait-ce là toute notre aventure :
Chercher demeure et soi-même logeant
des pèlerins venus des antipodes
Et des amis de l’autre bout des mots.

Je prétends qu’aube est contraire de l’aube
Selon le lieu de leur couronnement.
L’aube dans l’aube est une poupée russe
Et deux miroirs reflétant l’infini.

Dans cet enfer de me chercher toujours,
Je me voudrais jeune comme un vieux mot
Qui va jaillir de mon lexique en flammes
Étincelant le temps de le nommer.

Je le repère et le déguste, lui
Qui m’envahit, fait de moi nourriture
Et m’édifie en miracles concrets,
La solitude émigrant de mon corps.

Ainsi je fus mon propre vêtement
Et ma parure et chacun de mes os
Comme une lettre étayant l’édifice
Et lui donnant la grâce du voyage.

Astre si clair qu’il m’éclaire au dedans,
Que je suis lampe et qu’il m’offre son huile.
Petite flamme, il te fallait bien naître
Pour que la mort ne me rejoigne pas.

Je sais encore un tout autre prodige,
Celui du mot à son commencement,
Et je suis source en quête de ma source
Pour trouver l’eau de mes métamorphoses.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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LA DANSE DES FRUITS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2015



 

Brent Funderburk  (2) [1280x768] [1280x768]

LA DANSE DES FRUITS

Tu dis des mots, des mots pour être belle :
Pomme, poire, prune… et ta lèvre danse,
Et prend le goût des fruits qu’elle murmure.
Ta lèvre danse et tout ton corps la suit.

N’est-il merveille un corps épanoui,
Au bout de l’arbre une douceur d’enfant,
Un fruit savant qui fait danser les belles ?
Il n’est de mots, de formules magiques,

Que ceux qu’on déguste en les murmurant.
Nous ne dirons plus jamais je vous aime,
Nous nous dirons quelques fruits à l’oreille.

(Robert Sabatier)

Illustration: Brent Funderburk

 

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