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Poésie

Posts Tagged ‘déjouer’

Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

¿Cómo saltar en el tiempo
y hacer pie en el vacío
y su excavada ausencia?

¿Cómo retroceder en el tiempo
y empalmar el pasado
con todo lo que huye?

¿Cômo encontrar la eternidad en el tiempo,
la eternidad hecha de tiempo,
de tiempo congelado en las fauces mas frías?

Cômo reconocer el tiempo
y hallar el filo ignoto
que corta sus momentos
y siempre lo divide
justamente en el medio?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Toujours ailleurs (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


ailleurs

Je ne vis qu’une fois mais c’est toujours ailleurs
Je vis de mille vies. Je meurs de mille morts
dénoue ce que j’ai noué déjoue ce qui me lie
sorte d’absent présent que vous nommez un homme.

(Claude Roy)

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Rien ne manque à la vue (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018


 

Un lien entre les choses,
rassembleur et secret
quand balancent les hauts pins.
Il déjoue l’habitude,
donne l’espace à étreindre.
On est de plain-pied avec la découverte,
on y circule à l’aise.
Rien ne manque à la vue.

(Michel Dugué)

 

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Pure fantaisie (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Illustration: Tomas Januska
    
pure fantaisie
(avec Rimbaud)

dans le grand vide
lâcher prise
être le danseur
mot à mot

à chaque pas se jouer
se déjouer
pour la première
et la dernière fois

danser

littéralement

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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J’ai déjoué (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration
    
J’ai déjoué

J’ai déjoué les pièges de l’aurore
et me voici tout nu comme autrefois,
si glorieux d’appartenir au monde
et de pouvoir le quitter quand je veux.

Je vous rends grâce, ô monde enténébré
qui m’accueillez avec quelques lumières,
de diriger mes pas vers la musique.
Sans que je danse elle danse avec moi.

Je n’ai plus peur. J’ai rencontré le feu.
Il me réchauffe et ne me brûle pas.
Qu’un froid m’habite et j’habite le froid.
Je reçois tout dès lors que je me donne.

Leçon de joie et leçon de ténèbres,
tout est ouvert et la souffrance même,
je la reçois en mes mains comme pluie.
J’invente un jour à couleur de mes larmes.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration:  Louis Jean Francois Lagrenée
    
SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ

Ces mains qui se prenaient à elle dans la nuit,
Elle les ressentait sans nombre, ne cherchait
À leur donner figure. Il lui fallait
Ne pas savoir, désirant ne pas être.

Âme et corps, pour nouer vos doigts, unir vos lèvres,
Faut-il vraiment l’approbation des yeux ?
Peinent nos yeux, qu’oblige le langage
À déjouer sans répit trop de leurres !

Psyché avait aimé que ne pas voir,
Ce soit comme le feu quand il enveloppe
L’arbre d’ici des autres mondes de la foudre.

Eros, lui, désirait garder tout ce visage
Entre ses mains, il ne l’abandonnait
Qu’à grand regret aux caprices du jour.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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Je travaille (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Illustration: Victor Bauer   
    
Je travaille avec l’amère et fragile matière de l’air
et je sais une chanson pour déjouer la mort –
errant ainsi je chemine vers la mer.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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LA nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Christian Schloe 70323648_b

La nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée :
Ces archipels de lune aux longs chemins mouvants
Et par l’unique étoile une ombre déchirée
– Appel d’un dieu perdu dans le mythe des vents.

La nuit donne à la nuit ses lambeaux de silence,
D’un silence où la mer en nous ne s’entend plus,
Où l’ange en s’endormant visite une autre enfance
Et nous laisse mourir pour ceux qui se sont tus.

La nuit n’attend que nous pour boire une eau plus pure :
L’éloge d’une larme est celui du pardon.
Mortels cloués vivants à la sainte blessure,
Notre couche d’orage à l’amour dit son nom.

– Amour, à cette nuit refuse les visages
Que nous avons subi pour déjouer ta loi !
Le temps ne t’appartient que si tu le partages
Et le jour doit mourir s’il ne meurt que de toi.

Amour, blancheur de l’ange éparse dans les nombres
Dont la nuit dissimule et surprend le pouvoir,
Dans cette solitude interdite aux décombres
Nous as-tu rejetés pour te voir sans me voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Christian Schloe

 

 

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Rien au réveil que vous n’ayez (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Rien au réveil que vous n’ayez

Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue
Pire si le rire secoue
Votre aile sur les oreillers

Indifféremment sommeillez
Sans crainte qu’une haleine avoue
Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue

Tous les rêves émerveillés
Quand cette beauté les déjoue
Ne produisent fleur sur la joue
Dans l’oeil diamants impayés
Rien au réveil que vous n’ayez

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Seul le grain de chaque objet nourrit (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2015



Seul le grain de chaque objet nourrit;
Où est celui qui arrache la cosse pour toi et moi?
Où est celui qui déjoue stratagèmes et enveloppes pour toi et moi?

(Walt Whitman)

 

 

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