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Posts Tagged ‘délaissé’

Tu étais droite et heureuse (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2021



 

Dina Shubin  (6) [1280x768]

Tu étais droite et heureuse
Devant la porte que le vent
Venait d’ouvrir sur la campagne.
Pétrie de lumière
Tu te tenais immobile dans le jour,
Au temps des guêpes d’or,
Lorsque dans le sureau
Se font douces les moelles.
Alors on allait déchaussés
Par les fossés, on mesurait l’ardeur
Du soleil d’après les empreintes
Laissées sur les rochers.

***

Erí dritta e felice
Sulla porta che il vento
Apriva alla campagna.
Intrisa di luce
Stavi ferma nel giorno,
Al tempo delle vespe d’oro
Quando al sambuco
Si fanno dolci le midolla.
Allora s’andava scalzi
Per i fossi, si misurava l’ardore
Del sole dalle impronte
Lasciate sui sassi.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Dina Shubin

 

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Les jardins de minuit (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2021



Les jardins de minuit
Ont des immenses grilles
Belles ténébreuses harpes
Où l’on crucifie
Les amants condamnés
A sept ans de malheur

Les jardins de minuit
Ont de longues aiguilles
Qui blessent le coeur des rêveurs

Les jardins de minuit
Ont des grands miroirs noirs
Où les chagrins vont voir
L’ange qui sombre méprisé
Par l’ange de la réalité

Les jardins de minuit
Ont des froides allées
Où les délaissés
Promènent longtemps
L’aura de l’absence

Les jardins de minuit
Ont des arbres fidèles
Qui nous donnent leur sève
Pour faire fleurir les flèches
Que nous avons au coeur

Les jardins de minuit
Ont des arbres trompeurs
Et qui nous mènent loin
Dans les forêts sauvages
Il vont jusqu’au matin

Les forêts de minuit
Ont des grandes épines
Qui vont jusqu’aux étoiles
Qui vont jusqu’à nos larmes
Qui nous vont jusqu’au coeur

(Ernest Delève)


Illustration: Paul Delvaux

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A un ami qui part pour le Wu (Du Xun-he)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A un ami qui part pour le Wu

Au sud du fleuve, dans la ville de Gu-su
Les maisons, toutes, sont bordées d’eau
Près de l’ancien palais, peu de lieux délaissés
Dans le quartier du port, que de ponts minuscules…

Au marché de nuit on vend fruits et racines de lotus
Les barques de printemps transportent soies et satins
Loin de toi, sous la même lune qui veille
Je te rejoindrai dans le chant d’un pêcheur

(Du Xun-he)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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REVES QUI ME VENIEZ (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

REVES QUI ME VENIEZ

Rêves qui me veniez beaux comme le vol
De l’aigle ou balancés comme le chant du merle
Et que je disais fous parce qu’on ne pouvait
Ni les atteindre ni les suivre au réveil
Pourquoi m’avez-vous délaissé ?

L’aigle ne cesse pas d’éployer son haut vol
Le merle d’égrener son hymne antique
Mais le vol et le chant du sommeil
Se sont brisés au sol.
Je ne vois plus qu’un ciel désert aucun nuage
Qui me rappelle par sa forme aucun vent
Par son chant le rêve de mes anciens printemps.

(Franz Hellens)

Illustration: René Magritte

 

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MON AMI, TON COEUR… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



anneau rouillé

Mon ami, ton coeur est le vieux port déserté
Dont les vaisseaux ne viennent plus troubler le songe.
Les lourds anneaux de fer que l’humidité ronge
N’ont plus à retenir tous ceux qui l’ont quitté.
Ils sont partis, tous les vaisseaux… toutes les joies.
Et depuis, le soleil en vain brûle les quais,
En vain, le ciel des nuits, plein de rêves, s’éploie,
Tu songes à ceux-là qui se ,sont embarqués
Te laissant seul au bord de l’eau que le vent ride…

Pensent-ils quelquefois au port silencieux,
Que, délaissé par eux, il est demeuré vide,
Et que tu vis encor de leur dernier adieu… ?

(François Mauriac)

 

 

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Lorsque éloigné du bruit (Nicolas-Germain Léonard)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Charles Guilloux  5oo1_500

Lorsque éloigné du bruit, dans ma douce tristesse,
Je marche à la lueur du nocturne flambeau,
J’aime à me rappeler les jours de ma jeunesse,
Mes parents endormis dans la nuit du tombeau,
L’ami de mon enfance, une aimable maîtresse ;
Tout ce qui fut jadis l’objet de ma tendresse
Repasse devant moi comme un léger tableau.

… Errant sur les débris de ceux que j’ai perdus,
Délaissé maintenant et plein de leur image,
Je traverse le monde où je ne les vois plus,
Et je confie aux bois mes regrets superflus…

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Charles Guilloux

 

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CONFLAGRATION (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



CONFLAGRATION

Conflagration des arbres
sans les ombres à midi
délaissées. Le vertige pur
se mêle au vin secret des
pierres. Des algues glissent
le long des statues ébréchées.
La lumière se regarde exister
dans le bleu de la vague…
Le visage de la veille confond
la page blanche et l’odyssée.

(Pierre-Bérenger Biscaye)

Illustration

 

 

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Mon apaisement (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



 

Aaron Westerberg    (7) [1280x768]

Mon apaisement, ô mes frères, est dans l’isolement
Car mon Aimé pour moi se fait Toute-Présence

A mon amour pour Lui je ne vois pas de substitut,
Vécu au sein de la multitude cet amour est ma dure épreuve

Où que je sois, Sa beauté m’est lieu de contemplation
Il est ma chaire d’enseignement, la niche de mon oraison

Si de cet excès je meurs et qu’Il n’en soit guère content
Mon séjour parmi les vivants ne m’aura été que malheur

Ô Toi, Médecin du coeur et Cime de mon désir,
Accorde-moi l’union en Toi, celle en qui l’âme cicatrise

Ô ma Fête, ô ma Vie, profuse éternité :
En Toi ma source ; en Toi, mon ivre ressource !

J’ai délaissé tout le créé par espérance
De m’unir à Toi, c’est la pointe de mon voeu !

(Râbi’a)

Illustration: Aaron Westerberg 

 

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COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Les lieux délaissés (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration
    
Les lieux délaissés les recoins
oubliés les objets sans prestige
ne sont pas sans attrait
qu’une ombre de mystère
les garde d’un excès de mélancolie
on ne sait alors par quelle grâce
leur prosaïsme même
les fait accéder à la poésie

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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