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Posts Tagged ‘délectable’

Le mot de Cambronne (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Le mot de Cambronne

On nous dit qu’il est de Cambronne.
C’est bien possible, mais voilà
Très sincèrement je m’étonne
Que notre humanité bougonne
Ait pu s’en passer jusque-là.

Souvenez-vous des temps d’Homère !
Homère d’alors, quel mordant
T’eût donné ce mot légendaire
Si tu avais, grand visionnaire,
Pu te le mettre sous la dent !

Que serait donc notre existence
Si nous devions nous en passer ?
N’est-il pas bon français de France,
Riche en couleurs, riche en nuances ?
Essayez de le remplacer,

Par exemple, sortant de table,
Quand, ayant abusé, hélas,
Par trop de nectars délectables,
Dans une obscurité du diable,
Vous tombez sur un bec de gaz !

Vous le lâchez, ça vous soulage,
Vous ne sentez plus la douleur.
Ah ! Messieurs, le bel avantage,
Quel secours, quel appui ! J’enrage
Quand je vois d’austères censeurs

Aux visages de funérailles
Vouloir nous ôter ce trésor,
Ce cri – jailli sous la mitraille –
Du fond des humaines entrailles
D’un héros marchant à la mort !

Il peut tout dire : ardent, lyrique,
Tendre ou sec, placide, enragé,
Plébéien, aristocratique,
Il est à nous, il est unique,
Ils ne l’ont pas à l’étranger !

Je le vois, rocher solitaire,
Car de tous les mots que l’on sait
Il est presque seul, sur la terre,
À ne pas avoir, ô mystère,
De rime dans les mots français.

Si, une seule, le mot : perde…
Là devant, je me sens perdu,
Car il faut une rime à perdre,
Maintenant, et je n’ai que…
Pardon…ce fut sous-entendu !

Pourtant cet illustre vocable,
Je voudrais que, par un décret,
Il fût, en ces temps misérables,
Dont la cruauté nous accable,
Mis en quelque sorte au secret,

Afin qu’au fond de ce silence,
Tendant lentement ses ressorts,
Accumulant force et puissance,
Se chargeant d’âpre violence,
Au nom des vivants et des morts,

Il puisse, un jour, jaillir, sublime,
Du cœur des peuples outragés,
Tendres moutons, pauvres victimes,
Rejetant dans les noires abîmes,
D’un seul coup, leurs mauvais bergers !

Cri vengeur, cri pur, cri superbe,
De l’éternelle humanité,
Que nous leur jetterons en gerbe,
Quand, enfin, nous leur dirons : MERDE !
En saluant la Liberté !

(Jean Villard–Gilles)

 

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Je respire la nudité de l’oubli (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



je respire la nudité de l’oubli

son odeur monte à mes narines
et
il
m’est
délectable

le linge danse à la fenêtre
l’armoire danse avec le vent

j’écrase sur le mur
le minuscule corps du délit
où se cache le temps

(Luis Mizón)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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L’avenir suspendu (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




Illustration: Carrie Vielle
    
L’avenir suspendu

Enclos
Dans le fruit délectable
De nos corps
Dans la pulpe savoureuse
De notre chair
Nous oublions le temps
Son harpon impitoyable
Qui peu à peu nous dégrade
Et nous entraîne
Dans les filets de la mort

Comment se soumettre
Au détissage de nos peaux
Aux flux de nos rides
Aux piétinements de l’âme
Au pourrissement des os.

Comment ignorer
La morosité de l’aube
Les pâleurs de la nuit
Les brisures de la flamme
Ou le chant appauvri

Comment redresser
La fourbe courbure
Comment se détourner
De l’avenir suspendu ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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La délectable angoisse (Benjamin Fondane)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



la délectable angoisse
de gaspiller l’éternité
pour une longue et pleine minute de néant.

(Benjamin Fondane)

Illustration: Eugène Begarat

 

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LA VOIE LACTÉE (Eric Allard)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



LA VOIE LACTÉE

Ton corps nu soulage la nuit.
J’introduis le bleu dans tes fentes, là où les chairs coupées fleurent le brome et le jasmin.
Tes parois de neige retiennent les comètes à distance des langues de feu.
Tout glisse dans cet antre humide, tout foisonne.
Les particules d’étoiles se couvrent de dorure.
Tu couves sous les aisselles des nids de terre parfumée.
Avec des brindilles de lait tu fais un jeu de marelles.
Paradis du dire, enfer délectable du geste.
J’ai dans chaque main une bouche qui ne demande qu’à parler.

(Eric Allard)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

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BAISER (René Le Pays)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alain Gagnon
    
BAISER

Cette liqueur si délectable
Que Jupiter boit à sa table
Ne peut rien avoir de si doux ;
Et les Déités amoureuses
En se baisant sont moins heureuses
Et moins extasiées que nous.

Ton âme et la mienne éperdues
Sur nos lèvres sont confondues
Et font cent tours délicieux ;
Ce baiser te donne la mienne,
Qu’un autre me rende la tienne
Ou je vais mourir à tes yeux.

(René Le Pays)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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La chose pure (Paul Claudel)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2016



La chose pure, la chose
non pas en tant qu’elle sert à notre usage quotidien,
mais en tant que dans la plénitude de son sens
elle est de Dieu une image partielle,
intelligible et délectable.
[…]
C’est en ce sens que la poésie rejoint la prière,
parce qu’elle dégage des choses leur essence pure
qui est de créatures de Dieu ou de témoignage à Dieu.

(Paul Claudel)

 

 

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La merveille (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



La merveille

La merveille
les feuilles trempées de ciel
les fleurs les pierres noires
l’étincellement des collines
et les voix de ces quatre jeunes filles
comme des hirondelles
qui se croisent

au-delà
l’immensité délectable
au-delà au-delà du délectable
la percée
immobile

le consentement
à l’infime
à l’immense

la gaieté lumineuse des cimes

le silence en nous qui s’ouvre
et qui consent

maintenant
que tout commence

et le oui de l’âme
qui apprend à n’être

à naître.

(Jean Mambrino)

Illustration: Bo Bartlett

 

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Fragonard (Jeanine Moulin)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



Elle n’avait pas tout dit:
La caresse de sa hanche
Sur une main avide,
Ses lèvres butinées
Par la gourmandise d’un baiser.

Elle n’avait pas tout dit:
Le chant de sa chevelure
Qui lui faisait tourner la tête
Et déployer les bras en croix
Dans l’attente d’un sacrifice délectable.

Elle n’avait pas tout dit:
Le défi lancé après l’offrande,
Quand le bout de son pied de satin
Étoilé d’écailles de roses
Pointait insolemment entre les draps défaits.

(Jeanine Moulin)

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