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UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2020




    
(Recueil Pages d’écriture)
UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE

Avez-vous regardé, à l’horizon, les arbres qui garnissent,
avec une impeccable régularité, le bord d’une route et se
détachent sur le ciel ?
La distance les fait paraître petits, pas plus grands que
la taille humaine, et comme ils sont plantés à intervalles
égaux, ils font penser à une file de soldats en marche.
Droits et nets au long des grands labours, ils sont debout pour
« se faire voir », car enfin, s’ils étaient absents, on ne pourrait
les regarder et, s’ils sont là, c’est pour être à la place
de quelque chose d’absent.

Cette logique rigoureuse donne le coup de poing de la vérité.
Une file d’arbres à l’horizon, c’est une file d’êtres venus là pour
« témoigner » par leur présence, donc pour figurer quelque chose
qui se cache derrière eux ce sont des figurants — d’immobiles
figurants qui défilent dans un douloureux silence.

Or, de cet horizon qui les déguise en soldats, je reviens
vers moi-même et mon regard rencontre en chemin mille petits
obstacles qui sont tous là, eux aussi, pour masquer la nudité
de l’étendue, pour habiter le néant. Tous viennent également
« figurer », comblant leur présence, remplaçant leur absence.
L’un figure un ruisseau, l’autre un oiseau, l’autre une charrue,
un mur, un toit, un chou, une boîte de conserve abandonnée…

Et moi-même, je vous le demande, que suis-je ?
Que suis-je, bon sang ? Que suis-je ? Que sommes-nous ?
De quelle armée en marche sommes-nous les avant-postes ?
De quel gouvernement sommes-nous les délégués ? De quel
opéra sommes-nous les figurants ? Permettez : j’interroge,
rien de plus. Je ne suis d’ailleurs pas le premier.

Adieu, arbres de l’horizon. Piétinez le sol en cadence et
chantez sans bouger : « Partons ! Partons ! Partons ! » La question
reste et vous ne m’avez pas répondu.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Parler (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2017


muret

 

Tu as cru que le muret
Pour de bon te parlait –
Il ne te parlait pas.
Tu as cru que le muret se taisait –
Il ne se taisait pas.
Tu as cru que le muret
parlait à quelqu’un qui n’était pas toi.
Même pas à lui, même pas pour lui
Parlait le muret.
Parlait avec toi,
Ensemble avec toi.
Vous étiez vous deux, vous vous racontiez
A la cantonade
Qui n’était pas là,

Qui n’existait pas,
Qui vous déléguait.

(Guillevic)

Illustration

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RETOUCHE A LA CHAMBRE DE CLINIQUE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2015



 

statue-vierge-miraculeuse

RETOUCHE A LA CHAMBRE DE CLINIQUE

Les roses de l’aimée dérivent à la fenêtre.
Pour un plus haut voyage
j’en ai donné à la Vierge
à qui je ne crois pas
mais me délègue inlassable
une femme simple à bandeaux blancs
toujours égale,
sa nef sur le temps.

(Daniel Boulanger)

 

 

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