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Poésie

Posts Tagged ‘délice’

Une fleur est accrochée à ma poitrine (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Une fleur est accrochée à ma poitrine;
Qui me l’a accrochée? — Je ne sais plus.
Ma faim est insatiable
De tristesse, de passion, de mort.

Par le violoncelle, le grincement
Des portes et le tintement des verres,
Et par le cliquetis des éperons
Et le cri des trains de nuit —

Par le coup tiré à la chasse,
Par le grelot des troïkas —
Vous m’appelez, vous m’appelez,
Vous, que je n’aime pas!

Il est pourtant un délice :
J’attends celui qui le premier
Me comprendra enfin
Et tirera à bout portant.

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Zhaoming Wu

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Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres,
dures régions du froid, du tremblement de terre
qui, même quand leurs dieux roulèrent dans la mort,
ont donné la leçon de la vie dans la glaise.
Tu es un poulain de glaise noire, un baiser
de boue sombre, amour, coquelicot de glaise,
ramier du crépuscule éployé sur les routes,
tirelire à chagrin de notre pauvre enfance.
Fille, tu as conservé ton coeur de pauvresse
et tes pieds de pauvresse habitués aux cailloux,
ta bouche qui n’eut pas toujours pain ou délice.
Tu es du pauvre Sud, d’où est venue mon âme :
dans son ciel ta mère lave toujours du linge
avec la mienne. Amie, ainsi t’ai-je choisie.

***

Vienes de la pobreza de las casas del Sur,
de las regiones duras con frío y terremoto
que cuando hasta sus dioses rodaron a la muerte
nos dieron la lección de la vida en la greda.
Eres un caballito de greda negra, un beso
de barro oscuro, amor, amapola de greda,
paloma del crepúsculo que voló en los caminos,
alcancía con lágrimas de nuestra pobre infancia.
Muchacha, has conservado tu corazón de pobre,
tus pies de pobre acostumbrados a las piedras,
tu boca que no siempre tuvo pan o delicia.
Eres del pobre Sur, de donde viene mi alma
en su cielo tu madre sigue lavando ropa
con mi madre. Por eso te escogí, compañera.

(Pablo Neruda)

Illustration: Jean-Pierre Augier

 

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La mer est belle (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: William Bouguereau
    
La mer est belle, mais le jeu des muscles lisses
Est plus beau, qui s’achève en sursaut de délice

Dans la noirceur mouvante où je suis le nageur
Jamais las de renaître et mourir sur ton cœur

Et fouler de baisers le golfe de tes cuisses

Comme après le naufrage on chérit son sauveur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ceci est mon délice d’attendre (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Ceci est mon délice d’attendre et d’épier ainsi sur le bord de la route
où l’ombre poursuit la lumière, et la pluie vient sur les traces de l’été.
Des messagers, avec des nouvelles d’autres cieux, me saluent et se hâtent le long de la route.
Mon coeur exulte au-dedans de moi, et l’haleine de la brise qui passe est douce.
De l’aube au crépuscule, je reste devant ma porte;
je sais que soudain l’heureux moment viendra où je verrai.
Cependant je souris et je chante, tout solitaire.
Cependant l’air s’emplit du parfum de la promesse.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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La branche d’amandier (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


 


 

La branche d’amandier

De l’amandier tige fleurie,
Symbole, hélas! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l’été.

Qu’on la néglige ou qu’on la cueille,
De nos fronts, des mains de l’Amour,
Elle s’échappe feuille à feuille,
Comme nos plaisirs jour à jour!

Savourons ces courtes délices;
Disputons-les même au zéphyr,
Epuisons les riants calices
De ces parfums qui vont mourir.

Souvent la beauté fugitive
Ressemble à la fleur du matin,
Qui, du front glacé du convive,
Tombe avant l’heure du festin.

Un jour tombe, un autre se lève;
Le printemps va s’évanouir;
Chaque fleur que le vent enlève
Nous dit : Hâtez-vous de jouir.

Et, puisqu’il faut qu’elles périssent,
Qu’elles périssent sans retour!
Que ces roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l’amour!

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Elle est comme la Lumière (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


lumiere

« Elle est comme la Lumière – Délice
Sans artifice –
Mélodie sans âge – à l’oreille –
Comme l’Abeille –

Elle est comme les Forêts – secrète –
Sans phrases – comme la Brise –
Mais elle agite
Les Arbres les plus fiers –

Elle est comme le Matin – parfaite –
Une fois accomplie –
Et que l’Horloge Eternelle –
Carillonne – Midi! »

(Emily Dickinson)

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It’s like the Light (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


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Comme la Lumière –

Délice sans forme –
Comme l’Abeille –
Mélodie – sans âge –
Comme les Bois –
Secrets – Comme la Brise –
Pas un mot – mais elle agite
Les Arbres les plus fiers –
Comme le matin
Meilleur – une fois fini –
Et quand les Horloges Eternelles –
Sonnent – Midi!

(Emily Dickinson)

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It’s like the Light of Emily -Vivre avant l’Eveil- (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


emily

Comme la Lumière –
Délice sans forme –

Comme l’Abeille –
Mélodie – sans âge –

Comme les Bois –
Secrets – Comme la Brise –
Pas un mot – mais elle agite
Les Arbres les plus fiers –

Comme le matin
Meilleur – une fois fini –
Et quand les Horloges Eternelles –
Sonnent – Midi!

(Emily Dickinson)

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FEU (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



    

FEU

Tout commence dans le feu et finit dans le feu.
Fontaines et sources fraîches retournent à la flamme.
A l’approche de la roue du soleil, la rosée
Monte vers le cercle de l’arc-en-ciel jusqu’à l’unique blancheur.

Tout ce qui commence dans l’obscurité allume
La brûlure du désir
Et du désir naît à la vue :
Celui qui voit et ce qui est vu se consument en une seule lumière
Quand les rochers se dissolvent au soleil et que les montagnes se déversent
Dans ces flammes qui aux enchaînés sont l’enfer
Mais pour les éléments délivrés, pur délice.

Notre corps a peur des feux qui brûlent
Le soi, l’identité — mais dans l’obscur du coeur
La bougie de l’âme brûle toujours pour l’aimé,
Et dans l’électron caché de l’eau
Se consume l’ardeur de brûler jusqu’au dernier jour.

***

FIRE

All begins in Fire and ends in Fire.
The fountains and cool springs return to flame
And at the sun’s approaching wheel, the dew
Ascends the rainbow circle into the sole white.

Ail that begins in darkness kindles
Info the burning of desire
And from desire into sight,
Seer and seen consuming in one light
When rocks melt in the sun, and mountains pour
Info those flames that to the bound are hell
But to the freed elements, pure delight.

Our forms are fearful of the fares that burn away
Self and identity, but in the dark of the heart
The candie of the soul still for the bridegroom barns,
And in the hidden electron of the water
Consumes the zeal of burning for the last day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Notre langage est élimé (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Bernard Bénézet
    
Notre langage est élimé.
Je voudrais creuser chaque mot
pour décrire le jaillissement
solaire, hors de l’argent mat
des oliviers, du campanile pieux.

Pour peindre l’abîme des rues
pleines de petits mendiants bruns,
je ne peux trouver le ton juste, —
ne peux trouver le moindre chant
qui puisse flotter dans cet air.

Tel est le sortilège : trouver de pauvres mots,
leur apprendre tout bas à marcher dans le chant.
Tel est le sortilège : la chevelure ornée
de tilleul, se dresser comme une reine.

Voilà le sortilège : avoir soif de la cruche
de ce délice qui sanctifie l’eau,
tout au fond de la vie éveiller une fugue,
puis contempler l’éternité.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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