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Poésie

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Pour survivre (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



Pour survivre

Tu auras pour survivre
Des collines de tendresse
Les barques d’un ailleurs
Le delta de l’amour

Tu auras pour survivre
Le soleil d’une paume
Le tirant d’une parole
L’eau du jour à jour

Tu dresseras pour survivre
Des brasiers des terrasses
Tu nommeras la feuille
Qui anime le rocher

Tu chanteras les hommes
Transpercés du même souffle
Qui accomplissent leur songe
Face à l’éclat mortel !

(Andrée Chedid)


Illustration

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Mémoire (Alex Abouladzé)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

Kris Galli 256

Mémoire

Quelqu’un qui pleure et se lamente
de fontaine en fontaine

vient s’asseoir à ma porte
chaque fois que je pense
aux cloches de midi qui sonnaient sur Sochaux

aux cloches de midi qui sonnaient sur Sochaux

Je passais ce jour-là dans la ville
et mon ombre parlait

parlait parlait de l’ombre et parlait
d’autre chose qui n’avait pas de nom
mais semblait ressemblait à moi-même
passant toujours parlant

en proie à la clameur des cloches de midi
qui sonnaient sur Sochaux

Les cloches de midi résonnent sur Sochaux

Quelqu’un qui va cherchant son nom
par les quais par les ponts

passe le pas de ma porte
chaque fois que je pense
aux ruelles égarées sous le ciel de Romans

aux ruelles égarées sous le ciel de Romans

Je m’arrêtais alors au delta des ruelles
au-delà des ruelles de Romans et j’écoutais
mon ombre

on venait en silence dans l’ombre quelqu’un
venait venait venait sans dire une parole
il parlait dans moi-même arrêté me taisant

en proie au soleil noir des ruelles égarées
sous le ciel de Romans

Les ruelles s’égarent sous le ciel de Romans

Quelqu’un qui vient pour demander parole
au temps présent

prend ma place où je suis
chaque fois que je pense
au passage impossible sur la rive de ce temps

au passage impossible sur la troisième rive

Je demeure maintenant à mi-chemin de tout
disant toujours vivant l’ombre qui me dévore

ne laissant que ma voix pour dire
qu’elle me dévore

me dévore et pour dire son nom
et son nom c’est moi-même quelqu’un
qui va cherchant son nom
son nom son nom sans nom

en proie à la clameur des cloches de midi
en proie au soleil noir des ruelles égarées
à Sochaux à Romans et dans cette ville-ci

Passer est impossible sur la rive de ce temps
parler est-il possible

(Alex Abouladzé)

Illustration: Kris Galli

 

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DANS LE DELTA DU NIL (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



DANS LE DELTA DU NIL

La jeune épouse pleurait droit dans son assiette
à l’hôtel, après une journée passée dans cette ville
où elle avait vu des malades ramper et s’affaler
et des enfants qui allaient mourir à force de misère.

Elle monta avec l’homme dans la chambre
qu’on avait aspergée d’eau pour lier la saleté.
Ils se couchèrent chacun dans leur lit et sans dire grand-chose.
Elle sombra dans un profond sommeil. Il resta éveillé.

Dehors, dans l’obscurité, courait un immense vacarme.
Rumeurs, bruits de pas, cris, carrioles, chansons.
Cela se faisait dans la détresse. Cela ne s’arrêtait jamais.
Puis il s’assoupit, replié sur une négation.

Vint un rêve. Il voyageait en mer.
L’eau grise s’anima
et une voix lui dit: «Il y a quelqu’un qui est bon.
Quelqu’un qui sait tout voir sans jamais nous haïr.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Marc Chagall

 

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