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Poésie

Posts Tagged ‘déluge’

LA VIE LENTE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



LA VIE LENTE
A Françoise Ponty.

Je raconte la vie lente des pierres

Plutôt que la mort des hommes
Je choisis de nommer les choses

La meilleure arête du verre
Creuse la substance des falaises

Les épopées du coeur ont la vie dure
Le silex dort dans le temps immobile
Sa méditation se passe de signe

La lumière use la scorie de son oeil
La terre n’a pas bonne mémoire
Elle oublie le chemin de la foudre
Cent prétextes noircissent l’avenir

Quand le ciel cisaille le vide
Il pousse une source à chaque doigt
O sourdes colères des fontaines
Vous vous souvenez du déluge

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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Je t’ai nommé l’indienne (Ernest Pépin)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



    

Je t’ai nommé l’indienne
(Extrait)

1
Femme d’embruns brûlés
Et de bourgeons d’étoile
Qui crayonne les cyclones
La monture des marées
Et par ravine chaude où sommeille ta chaleur
Redonne au monde le bel incendie
La première étincelle
La parole inconsolée des mythes

2
Il fait toujours soleil
Dans la splendeur des songes
Et la roue de tes mains
Lavée du plus beau sang
Au nom du chant des mers disparues
Témoigne

3
Femme aux tempes de pierre polie
Aux temples couleur de jungle
Qui conjure un mauvais sort
Danse de couleuvres
Terre tremblée
Cri mouillé
Femme du fond des nuits
Qui sort les pagaies lumineuses
De sa révolte
Épouse des aurores boréales
Ruche zélée des moussons
Remuant les vagues du commencement

4
Femme
Plus tendre que le coeur du déluge
Un grand sillage phosphorescent
Ta liberté
Feu de l’amour libre
Qui nourrit le soleil
Ta liberté
Mémoire
Tressant
La gerbe des rosées
L’impossible poinçon rouge cousu au front
Des voyances

(Ernest Pépin)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je n’en pouvais plus (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: ArbreaPhotos
    
Je n’en pouvais plus
D’entendre ce morceau de granit
Me raconter son histoire
Depuis les origines.
J’avais beau lui dire : je sais,
Le morceau de granit continuait.

Soleil, déluge, incendie, ténèbres
Et le pire : l’eau goutte à goutte
Pendant des millénaires.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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À la lisière de la forêt (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
    
À la lisière de la forêt, – les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent, –
la fille à lèvre d’orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés,
nudité qu’ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Illuminations
Traduction:
Editions:

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Il existe une trappe secrète (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




    
Il n’y a pas de péché originel
ni de déluge
le Christ n’a jamais sauvé personne

Dans chaque édifice de paroles
il existe une trappe secrète

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avec des paroles d’homme (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Avec des paroles d’homme

1

Ô forêt millénaire aux feuilles juvéniles,
Tu chuchotes la nuit de sauvages secrets.
C’est là que sont tapis, dans leurs plaisirs tranquilles,
D’odieux assassins. Et les voilà tout prêts

A tourner… retourner… dans un geste sauvage
Le dard de ton sourire en mon cœur pantelant.
Ailleurs, amours… beautés… offrent une autre image
Et font en fredonnant le berceau de l’enfant.

Ta blondeur est le ciel quand apparaît l’aurore.
Je la poursuis sans trêve en essoufflé dément.
L’homme bouleversé qu’un feu d’amour dévore
Fait des pas d’une lieue et touche au firmament.

Et son désir si vif, incandescente échelle,
Enjambe l’infini. Tel autre n’a pas su
Appliquer son échelle. Il titube, il chancelle.
Il n’atteint pas le ciel. Partout il a couru.

Le bronze de ton sein est une motte ronde.
Sens-tu l’odeur de germe où mainte déité
Veut rêver d’une terre infinie et profonde?
Je désire l’étreindre en sa féminité

Quand le déluge a fui, lorsque son corps immense
Halète… exhale. Et toi, étreins-moi, fais-moi roi!
Dans l’instant, j’étreindrai toute femme, je pense,
Toute fille. Et toutes à la fois. Grâce à toi.

2

Oh! la belle inconnue, authentique maîtresse!
Elle a le corps qui chante. En haut de notre cœur,
Elle trône, elle vit. A ce cœur plein d’ivresse,
Elle nous mène aussi, toute force et douceur.

Afin que nous osions gravir sa raide pente,
Son vaste amour s’étend le long d’un champ profond.
Alors, de temps à autre, une comète ardente
Dans notre âme vient choir, procédant de son front.

Son rire? Un océan, jaillissement limpide.
Et c’est ce triste éclat que… purificateurs,
Affamés, les rires d’autres femmes avides
S’empressent de rejoindre, ineffables fraîcheurs.

Toujours caresseront ses mains douces et pures,
Et de ses tendres yeux des perles jailliront.
De nos sourdes douleurs, éternelles blessures,
Des violes pour nous tout à coup écloront.

(Attila Jozsef)


Illustration: Alexandre Séon

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Tu as laissé ton corps (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Illustration: Sophie Rocco
    
Tu as laissé ton corps
arrêté quelque part
bien des années
avant déluge, désastre.
Mais tu fais semblant
de rire et de bouger,
quand la vie est absente.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Dormir sept ans
Traduction:
Editions: De la Différence

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Vie et marée (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Vie et marée

Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet d’une vague
et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l’Océan qui se rapprochait.
La nuit de la villa était entourée de mer.
Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano n’était plus qu’une ombre sonore.
Alors toi, calme, dans ta vareuse rouge, tu me touchas l’épaule du bout de ton archet,
comme l’émotion du Déluge m’arrêtait.
« Reprenons! » dis-tu. O vie ! ô douleur ! ô souffrances d’éternels recommencements !
que de fois lorsque l’Océan des nécessités m’assiégeait !
que de fois ai-je dit, dominant des chagrins trop réels !
hélas ! « Reprenons! » et ma volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là.
Les nuits n’ont pour moi que des marées d’équinoxe.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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PLATEAU FLEURI (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018




    
PLATEAU FLEURI

Si ce n’est pas le déluge
des forces du ciel
que sont alors
ces fleurs ?

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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LA FAUSSE VEUVE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018




<LA FAUSSE VEUVE

Etincelante de rosée, la rue est un torrent desséché, un
squelette de cailloux nus et gris. Première et seule, une femme
s'avance dans l'ombre qui serpente sur le sable étoilé par les
oiseaux, de cristaux vides, de signes noirs et légers. Son coeur
est amer comme un déluge. Elle détourne les yeux des chambres
où les amants reposent, bercés par le clapotis du plaisir.

Elle est jeune et sa gorge fine, très blanche, serrée entre les
dents du corsage comme un fruit chaud et pesant, se soulève
quand elle pense à son mari fou qui, toute la journée, trace sur
les murs de sa cellule, loin des hommes, loin de la terre, de
toutes les fleurs de la terre, des fougères géantes et des dessins
obscènes que le médecin-chef vient admirer après sa visite, en
attendant l'heure de l'apéritif.

Le soleil dore sa nuque, ses épaules rondes, pétries de l'argile
chaude de la création, et force les serrures de son corps. Eblouie
par les lourds sexes de pierre qui rêvent dans sa mémoire,
elle marche entourée de flammes. Son sang affolé bat jusqu'aux
plus hautes feuilles du grand arbre de feu qui incendie ses
veines. La sueur mouille ses flancs, sa taille où le désir creuse
un petit pli, un bourrelet de chair nacrée. A chaque pas, elle
déplace cette nuée ardente qui la brûlera jusqu'à la fin des jours,
jusqu'à la fin de cette vie qu'elle croyait sans surprises et qui,
soudain, l'épouvante.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Jean-Claude Forez

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