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Poésie

Posts Tagged ‘démentir’

L’expérience que la vie dément (René Char)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Talon Abraxas 1980 - British Surrealist painter - Tutt'Art@ (34) [1280x768]

L’expérience que la vie dément,
celle que le poète préfère.

(René Char)

Illustration: Talon Abraxas

 

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Additionner (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
Additionner est affaire de soustractions.
Le plus démentit le moins,
mais aussi le plus.

Une arithmétique flottante
retient en gage tous les résultats.

C’est ainsi que deux mains parfois
sont une seule main
qui n’en serre aucune.

Additionner est un raccourci
vers la soustraction cachée à l’affût.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 15
Traduction: Jacques Ancet
Editions: José Corti

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Néant (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    

Néant

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre
L’empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ;
Mais lorsque je tombais de leur enchantement
A la réalité qui toujours les dément,
Si je voulais, luttant contre ma destinée,
Me dépouiller des fers qui m’ont environnée,
Une voix me disait : « Puisque tu dois mourir,
Qu’importe ce bonheur auquel tu veux courir ! »

Néant, que nos grandeurs ! néant, que nos merveilles
Néant ! toujours ce mot tintait à mes oreilles…

Après avoir sondé tout penser jusqu’au fond,
Comme un fruit desséché dont la liqueur se fond,
Et qui ne garde plus qu’une stérile écorce,
Aliment sans saveur et décevante amorce,
Ainsi tous les objets, au bonheur m’engageant,
Cachaient, sous leurs dehors, ce mot hideux : NEANT !

Ah ! que nous passons vite au milieu de la vie,
Et que de peu de bruit notre mort est suivie !
On dirait que le poids de son adversité,
Endurcit au malheur la triste humanité.
A-t-elle assez de pleurs pour l’hécatombe immense
Que la mort fait sans cesse, et toujours recommence ?
A-t-elle assez de voix pour dire les combats
Des misérables jours qu’elle traîne ici-bas ?
A-t-elle assez de cris pour rendre sa souffrance !

Non, l’excès de nos maux produit l’indifférence :
Eh! pourtant quel mortel ne se prit à pleurer,
En voyant près de lui tour à tour expirer
Tous ceux qu’il chérissait, êtres en petit nombre,
Unis à notre sort, qu’il soit riant ou sombre ;
Fractions de notre âme, où nous avions placé
L’espoir de l’avenir, le charme du passé ;
Amis, parents, objets de nos idolâtries,
Que la mort vient faucher comme des fleurs flétries !

Quel désespoir profond et quel amer dégoût,
Quand l’âme qui s’éveille entrevoit tout-à-coup
Que tout sera néant, que tout sera poussière,
Que la terre elle-même, aride nourricière.
Après avoir mêlé ses fils à son limon.
Deviendra dans l’espace une chose sans nom…

Ce vide de la mort, qui navre et désespère,
Hélas ! je l’ai compris, quand j’ai perdu mon père
Le temps fuit, entraînant mes rêves sur ses pas ;
Mais ce tableau de deuil ne s’effacera pas.

(Louise Colet)

 

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Quelle fête? (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



kiosque

 

« L’orphéon municipal »
au jour solennel
s’appliquant à mesure,
se mêlerait-il
de chercher l’écho
que l’on dit perdu
de la fête ancienne
pour le démentir
ou la pressentir.

(André Frénaud)

 

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Les vrais amants (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Raymond Peynet
    
les vrais amants à chaque irruption de leur coeur
vivent plus longtemps que tout ce qu’ils et chacun qui;
quoi que l’espoir affirme et quoi que nie la peur,
tous deux prouvant le vrai le faux est démenti

(tout doute ou certitude,que bons ou méchants fourrent
parmi les purs semblants de leurs pauvres cervelles
—grimace des singeries de durée:seul l’amour
qui passe l’entendement nous arrive immortel)

tellement à jamais l’un ou l’autre à présent
d’aimer,et chaque ici un partout se révèle
que plus vrais grandiraient les plus fidèles amants
si de minuit tombaient plus qu’il n’est de soleils

(oui; que le temps questionne son était par souci
du sera,leurs yeux ne sauraient manquer un oui)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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LE ROSSIGNOL (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



 

LE ROSSIGNOL
A Georges Artigues.

Dans le secret de cet arbre tout nu
— Mais il n’est rien qu’au silence on ne vole
Puisqu’en lui-même un dieu s’est entendu.
Pluie ou soleil, vertige ou dénuement,

Si je me tais, rien en moi ne dément
L’aveu confus qui cherche sa parole
Je fais mon nid dans ces branches obscures,
Soeurs d’un espace où j’éclate à foison :

Plutôt mourir dans ma verte prison
Que de changer d’amour et de blessures!
Avril en fleurs, le chant des créatures

Brûle au zénith de cette pâmoison;
Je suis ce chant, ce ciel, cet horizon,
La nuit du monde avec ses aventures.

(Louis Emié)

Illustration

 

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SUR SON PROPRE VISAGE DANS UN MIROIR (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015




SUR SON PROPRE VISAGE DANS UN MIROIR

Ô visage étrange dans le miroir!
Ô compagnie ribaude, hôte saint,
Ô pauvre fou ravagé par le chagrin,
Quelle réponse? O toi myriade
Qui lutte, joue et passe,
Plaisante, défie, dément,
Moi? Moi? Moi?
Et toi?

(Ezra Pound)

 

 

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ÉVENTAIL (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2015




ÉVENTAIL

Ta vie est une main qui tient un éventail
Voilà qu’il s’ouvre après un temps de fermeture,

Il se ferme à demi,

Puis il s’épanouit
Interminablement ainsi qu’un jour de juin
Aux banlieues de Stockholm,

Pavane qui dément la nuit,

Vas-tu te réjouir
A l’unisson des belles sciences
Et de la violente innocence
Tout de suite il est refermé,

Droit comme une dent dure;

Pusses-tu pourtant te rebiffer
Dompter les doigts qui commandent les branches
Saisir l’isthme du poignet providentiel

Remonter le lent bras de l’omnipotence
Jusqu’à l’aisselle de la révélation
Alors tu humerais l’odeur épouvantable
Qui émane des ménageries supérieures
Tu saurais l’extrême odeur de tigre
Que le coton céleste empêche de descendre
Sur la terre où ton regard s’arrête
Au jeu joli d’un éventail.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

 

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MOTS (Jean Pache)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



MOTS

COUTEAU — COUPURE — DES MOTS

I

Couteau : coupure des mots,
la mince lèvre ouverte
du sang.
Peut-être serait-il possible
de la guérir.

II

Et la lumière ?

LANCE — LES MOTS — L’UN APRÈS L’AUTRE

Lance les mots l’un après l’autre,
cailloux caillots : litière sacrale
du silence.

III

TROU — TAILLE — DOUCE

Trou ; taille douce
entre les deux épaules
où ma bouche démentait
ma voix.

(Jean Pache)

 

 

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Ce qui crie dans l’espace (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2015



 

Zdzislaw Beksinski 57

Ce qui crie dans l’espace transparent du gel,
dans cette nuit de verre épais qui tient captifs
les arbres et les rocs, les ossements de sel
et les bêtes couchées qui tremblent sous les ifs,

ce qui crie par-delà l’éponge des soupentes,
l’ordre des tuiles, l’humble raison des murs
n’est pas la mort feutrée glissant à la fissure,
collant sa bouche aux bouches des démentes,

mais, déchiré, le bel oiseau nocturne,
en ses jardins, livrant au froid désert
son coeur violent sous la poignée de plumes.

Et c’est la vie qui veille quand tout meurt
puisque je veille et que je sais l’entendre,
les mains croisées sur ma gorge poreuse
qui lentement s’irrigue de son cri.

(Jean Joubert)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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