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Posts Tagged ‘demeure’

LES GITANS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

LES GITANS

Il y a un feu sous les arbres :
on l’entend qui parle bas
à la nation endormie
près des portes de la ville.

Si nous marchons en silence,
âmes de peu de durée
entre les sombres demeures,
c’est de crainte que tu meures,
murmure perpétuel
de la lumière cachée.

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Qui souffle là (Christine Guénanten)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2020



Ora Tamir -girl-with-guitar

 

Qui souffle là, en toi
En ta demeure humaine ?

C’est un mélange de douceur
Et de couleur crépusculaire.

Comment nommer ce vent
Qui va de visage en visage ?

C’est le vent mandoline
Qui oeuvre en toi
En ta demeure humaine.

(Christine Guénanten)

Illustration: Ora Tamir

 

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Souvenirs persistants (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Souvenirs persistants

Je perçois les reflets
De souvenirs vivants
Un sourire dans un halo
Un regard dans un miroir
Dont les yeux brillaient de rire
Sous un ciel diaphane
Alors que le sol exhalait du froid
Dans la tige de l’herbe

J’éprouve de nouveau les anciennes soifs
Et revois la fleur dans le taillis
Alors que dans le jardin surchargé d’oiseaux
Le cerisier en fruits s’affaissait sur la pelouse

Je me confonds avec l’ombre de ton corps
Au bord de la vague de nuit
Et me souviens d’avoir vécu
Dans le cœur sec de la ville
Avant de retrouver l’âme du village
Dans une chaumière tendue de ténèbres
Que ton sourire irradiait
Pour en faire une demeure chaleureuse.

(Jean-Baptiste Besnard)

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NOTRE-DAME-DES-ILES (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



église [800x600]

NOTRE-DAME-DES-ILES

Bretagne, ma demeure
il faut que survive
le kyrie dans ton âme de sel
idem il faut jeter au ciel
la drisse
des piétés et des miséricordes
idem il faut poursuivre les troménies
dans la croyance des bocages
idem relire les portulans
il le faut

idem faire son évangile
de la pensée du soleil
il le faut.
Et cependant, mère, aber
dans le suaire des grèves
roulent
des monceaux de chiens et d’enfants.

J’ai vu dans tes abysses
errer les cerveaux et les poulpes
Ah quand ressusciteront les ossuaires pourrissants
dans le soleil des baies ?
Ah quand reviendront mes amis morts
ah quand reviendront mes chevreuils massacrés
mes chevaliers mes disparus mes trépassés ?
Ah quand dans les monts d’Arrée
surgiront les cèdres du Liban
les jasmins, les cyprès ?

Ah quand donc reviendront les poulains en fleurs
dans la féerie des colzas
et le bagad de Pâque à Tronoën et à Lanmeur ?

(Xavier Grall)

Illustration

 

 

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Seigneur, venez à mon secours (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Seigneur, venez à mon secours,
Tendez-moi votre main si grande
Qu’elle est le dôme des amours,
Des océans, des monts, des landes,
De l’éternel et de nos jours.

Tendez-moi, Seigneur, ne serait-ce
Qu’un de vos doigts pour m’y poser,
Emmenez-moi me reposer
Loin de tout ce qui me délaisse
Et loin de ce que j’ai osé.

Écartez-moi de la rivière,
Conduisez-moi sur le chemin
Qui mène au cœur de la prière,
Tendez-moi votre grande main
D’où sort la nuit et la lumière.

Tout m’est trop proche et trop lointain,
Mon cœur est mort, mon âme pleure,
Le temps ne m’apporte plus d’heure,
Mes battements se sont éteints
Sous un pas quittant ma demeure.

J’ai rendu le dernier soupir.
Seigneur, écoutez la prière
De celle qui voudrait dormir.
Baissez mes rouges paupières
Car j’ai grand sommeil de mourir.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Christophe Gilbert 

 

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J’ai cent vies… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Sri Aurobindo
    
J’ai cent vies…

J’ai cent vies encore devant moi
pour m’emparer de toi, ô esprit éthéré,
sois sûr que d’un coeur insatiable
à travers elles toutes comme un chasseur je te poursuivrai.
Tu te retourneras pourtant sur la route éternelle
et, ta vision s’éveillant, tu me verras venir,
souriant un peu des erreurs passées, et tu mettras
ta main en hâte dans la mienne, sa vraie demeure.
Rendu heureux par ton bonheur
je m’approcherai de toi dans les choses et les êtres chers,
en partie te posséderai dans les mouvements de ton esprit,
aimant ce que tu as aimé je te sentirai proche,
jusqu’à ce que je pose mes mains sur toi
quelque part parmi les étoiles, comme il fut décrété.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le Chant de triomphe de Trishancou (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020



Trishancou 
    
Le Chant de triomphe de Trishancou

Je ne mourrai pas.
Bien que ce corps, quand l’esprit sera las
de son étroite demeure, doive nourrir les flammes,
ma maison brûlera, moi pas.

Abandonnant cette gaine
je découvrirai un vaste espace éthéré.
À la tombe avide échappera mon esprit,
trompant l’étreinte de la mort.

La Nuit retiendra
le soleil en ses profondeurs glacées ; le Temps aussi devra cesser ;
les astres qui peinent auront leur délivrance.
Je ne cesse pas, moi, je demeure.

Avant que les premières graines
fussent semées sur terre, j’étais déjà vieux,
et quand se refroidiront des planètes point encore nées
mon histoire se poursuivra.

Je suis la lumière
au coeur des étoiles, la force léonine et la joie des matins ;
je suis l’homme et la jeune fille et le petit garçon,
protéen, infini.

Je suis l’arbre
qui se dresse, solitaire, sur le bleu sans limite ;
je suis la rosée qui pleut en silence
et la mer illimitée.

Je tiens le ciel entre mes mains
et soutiens la terre exubérante.
À ma naissance j’étais l’éternel Penseur
et le demeurerai après ma mort.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

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Baiser (Joachim Du Bellay)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Francesco Hayez  -TheKiss     [1280x768]

Baiser

Quand ton col de couleur rose
Se donne à mon embrassement
Et ton oeil languit doucement
D’une paupière à demi close,

Mon âme se fond du désir
Dont elle est ardemment pleine
Et ne peut souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.

Puis, quand s’approche de la tienne
Ma lèvre, et que si près je suis
Que la fleur recueillir je puis
De ton haleine amboisienne,

Quand le soupir de ces odeurs
Où nos deux langues qui se jouent
Moitement folâtrent et nouent,
Eventent mes douces ardeurs,

Il me semble être assis à table
Avec les dieux, tant je suis heureux,
Et boire à longs traits savoureux
Leur doux breuvage délectable.

Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre ou me laisse,
Pourquoi me permets-tu, maîtresse,
Qu’encore le plus grand soit mien?

As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me fasse dieu?
Et que sans toi je vole au lieu
D’éternelle réjouissance?

Belle, n’aie peur de cela,
Partout où sera ta demeure,
Mon ciel, jusqu’à tant que je meure,
Et mon paradis sera là.

(Joachim Du Bellay)

Illustration: Francesco Hayez

 

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Un jour, ici, midi d’un été sans ombre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



lézard

 

Quand le lézard tracera la fissure
au coeur de la pierre
Le pavot du pré se rappellera
nos noms emmêlés
Midi d’un été de pur échange
Un cri muet déchirant les reins les lèvres
A l’heure où toute vie, suspendue
en une grappe de fruits
Un jour, ici, midi d’un été
Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine
pour prendre racine
Et trop tard pour établir demeure

(François Cheng)

 

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