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Je ne veux pas mourir (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Je ne veux pas mourir

Je refuse de mourir dans ce monde si beau,
Je désire vivre parmi les hommes,
Sous ces rayons du soleil au milieu de ces parterres
Si je trouvais un coin dans un coeur vivant.
Le jeu de la vie s’écoule le long de la terre,
Eloignements et rapprochements accompagnent les rires et les pleurs,
Si je peux créer une demeure immortelle
En composant une chanson avec la joie et la peine humaines.
Sinon, que je puisse me réfugier
Au milieu de vous tous pour le reste de ma vie :
Puis-je aider à s’épanouir un bouquet de chanson toujours nouvelles
Pour que tu puisses les cueillir à l’aube et à la tombée de la nuit.
Ayant accepté ces fleurs avec un sourire
Les jeter lorsqu’elles auront fané.

***

Life

I do not want to die out in this beautiful world,
I long to live among men,
Under this sunlight, in this grove of flowers
If I find a place inside a living heart.
The play of life is ever flowing on earth,
Separation, reunion accompanying laughter and tears,
If I can create an immortal abode
By composing a song with human joy and sorrow.
If I cannot, let me have my refuge
In your midst for the rest of my life :
May I help blossoming flowers of ever new songs
For you to pluck at dawn and at dusk.
After accepting those flowers with a smiling face
Throw them away once the flowers will have faded.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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ET MALGRÉ TOUT UN POÈME… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



ET MALGRÉ TOUT UN POÈME…

Et malgré tout un poème
Que l’encre ou non soit visible
Dans les cassures rougies !

Ce qu’on appelle son âme,
C’est cela : ce vieux mouchoir
Dans lequel on a saigné,

Dont les doigts distraits se jouent
Le long des haies de banlieue
Piquées de papiers d’école,

Les clefs froides sur la cuisse,
Le dernier rameau de souffle
Pris dans le gel des cohues,

A votre image, à la mienne
Petits hommes des métros
Qui hantons des coffres vides,
Comme un testament perdu,
Et qui parlons de la mort
Au silence, à la poussière,
En craquements superflus…

Mais tout de même un regard
Vers les lointaines demeures !
Mais tout de même un poème
Pour ensemencer l’amour.

(Jean Rousselot)

 

 

 

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DIMANCHES (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



DIMANCHES

Je ne tiens que des mois, des journées et des heures…
Dès que je dis oui ! tout feint l’en-exil…
Je cause de fidèles demeures,
On me trouve bien subtil ;
Oui ou non, est-il
D’autres buts que les mois, les journées et les heures?

L’âme du Vent gargouille au fond des cheminées…
L’âme du Vent se plaint à sa façon ;
Vienne Avril de la prochaine année,
Il aura d’autres chansons !..
Est-ce une leçon,
O Vent qui gargouillez au fond des cheminées ?

Il dit que la Terre est une simple légende
Contée au possible par l’Idéal…
— Eh bien, est-ce un sort, je vous l’demande?
— Oui, un sort ! car c’est fatal.
— Ah ! ah ! pas trop mal,
Le jeu de mot ! — Mais folle, oh ! folle, la légende…

(Jules Laforgue)

Illustration: ArbreaPhotos

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La demeure (Jeanne Bessière)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019



Le feu comme une parole
La mer comme un souvenir
vague sur vague à rebours
à l’écume enchevêtrée
quelques mots incandescents

Un labour d’algue et de sel
où germent les coquillages
une muraille de vent
sable espace chair et sang
bâtis de ciel et de briques

Un corps comme un paysage
je n’ai pas d’autre demeure

(Jeanne Bessière)


Illustration: Jean-Pierre Augier

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Ma chambre (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Gustav Klimt lady-by-the-fireplace-1898.jpg!HD

Ma chambre

Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux ;
La lune en est l’hôte,
Pâle et sérieux :
En bas que l’on sonne,
Qu’importe aujourd’hui
Ce n’est plus personne,
Quand ce n’est plus lui !

Aux autres cachée,
Je brode mes fleurs ;
Sans être fâchée,
Mon âme est en pleurs ;
Le ciel bleu sans voiles ,
Je le vois d’ici ;
Je vois les étoiles
Mais l’orage aussi !

Vis-à-vis la mienne
Une chaise attend :
Elle fut la sienne,
La nôtre un instant ;
D’un ruban signée,
Cette chaise est là,
Toute résignée,
Comme me voilà !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Les cloches du soir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



Les cloches du soir

Quand les cloches du soir, dans leur lente volée
Feront descendre l’heure au fond de la vallée,
Si tu n’as pas d’amis ni d’amours près de toi,
Pense à moi ! Pense à moi !

Car les cloches du soir avec leur voix sonore
A ton coeur solitaire iront parler encore,
Et l’air fera vibrer ces mots autour de toi :
Aime moi ! Aime moi !

Si les cloches du soir éveillent les alarmes,
Demande au temps ému qui passe entre nos larmes,
Le temps dira toujours qu’il n’a trouvé que toi
Près de moi !

Quand les cloches du soir, si tristes dans l’absence,
Tinteront sur mon coeur ivre de ta présence,
Ah ! c’est le chant du ciel qui sonnera pour toi !
Pour toi et pour moi !

Quand les cloches du soir, qui bourdonne et qui pleure,
Ira parler de mort au seuil de ta demeure,
Songe qu’il reste encore une âme près de toi :
Pense à moi ! pense à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

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Détresse (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Détresse

Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.
Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,
Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu
Parce que je suis pâle et parce que je pleure.

Je les aime pourtant comme c’était écrit
Et j’ai connu par eux que la vie est amère,
Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère
Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.

Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés,
Que les hommes sont las de leur fête éternelle.
Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent.
Seigneur ! pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé !

Seigneur ! j’étais sans rêve et voici que la lune
Ascende le ciel clair comme une route haute.
Je sens que son baiser m’est une pentecôte,
Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.

Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers !
Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,
Et sur mon banc de pierre rude se succèdent
Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.

Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres,
Le ciel plane, un pas se lève dans le silence,
L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre,
Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence !

(Léon Deubel)

Illustration: David Caspar Friedrich

 

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C’est l’angoisse de la séparation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
C’est l’angoisse de la séparation
qui s’épand par tout le monde
et donne naissance à des formes sans nombre
dans le ciel infini.

C’est ce chagrin de la séparation
qui contemple en silence toute la nuit d’étoile en étoile
et qui éveille une lyre parmi les chuchotantes feuilles
dans la pluvieuse obscurité de juillet.

C’est cette envahissante peine
qui s’épaissit en amours et désirs,
en souffrances et en joies dans les demeures humaines,
et, de mon coeur de poète, c’est toujours elle qui fond et ruisselle en chansons.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Chagrin de la nuit (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Chagrin de la nuit somnolente aux rides assoupies
Lentes sont les fissures de l’aube certaine

L’étoile m’a attelé à son aile ô sourde beauté
Fol oiseau je suis dans la demeure hantée

Eclair je te pardonne mon coeur est de foudre
Fendre la montagne hâlée le silence n’est que tempête

***

The sorrow of a languid night with drowsy wrinkles
Slow in coming are the cracks of the certain dawn

The star has harnessed me to its wing o deaf beauty
Mad bird I am in the haunted abode

Lightning I forgive you my heart is made of a thunderbolt
Splitting the sunburnt mountain the silence is only storm

(Tahar Bekri)

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LACUSTRE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



LACUSTRE

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Oui, j’entends la matière qui pleure…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin, vers les lacustres demeures.

Je crois dormir sur du bois mouillé,
Une vague énorme me submerge —
Je sursaute et je rêve, égaré,
Que le pont est resté sur la berge.

Un vide s’étend entre les âges,
Je me trouve porté en ces temps…
Et je sens sous cette pluie en rage
Les pilotis s’écrouler, lourdement.

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Et je sursaute et passent les heures…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin vers les lacustres demeures.

(George Bacovia)

Illustration

 

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