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Poésie

Posts Tagged ‘démon’

À une femme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



À une femme

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

(Victor Hugo)


Illustration: William Robert Symonds

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RÉPANDU SUR LE PLANCHER (Zisho Landau)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
RÉPANDU SUR LE PLANCHER

J’ai répandu sur le plancher
Un peu d’alcool, et en silence
J’ai allumé sur le plancher
Ce peu d’alcool, et en silence
L’alcool aisément a brûlé
Aisément et calme a brûlé…

Tel au mur le bruit d’un grillon
En moi frappe et frappe un démon:
« En glaçon te changeront
Bientôt tes tremblantes mains. »
Si je réchauffe ma main droite
Gèle aussitôt ma main gauche,
Si je réchauffe ma main gauche
Gèle aussitôt ma main droite.

Et le démon, tel un grillon,
Frappe en silence, monotone,
«Comme tu es froid et vieux
Qui pourrait te réchauffer ?
Et bientôt s’éteint le feu –
Qui pourrait te réchauffer?
Tant qu’il en est temps encore
Étends vers le feu ton corps. »

Je m’étends, s’il en est temps,
Vers le feu, sur le plancher.
Je me chauffe et me réchauffe.
Si je chauffe mon côté gauche
Se glace mon côté droit,
Si je chauffe mon côté droit
Se glace mon côté gauche
Et le démon, tel un grillon,
Frappe sans fin le silence.

(Zisho Landau)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Passage du démon (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019




    
Passage du démon

Au commencement
À l’Amour, s’oppose l’Orgueil
Moi!
Moi opposé à l’autre
L’Amour dit Oui!
L’Orgueil dit Non !
Non serviam.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les chants de la Merci suivi de Chants des Quatre-Temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Pourquoi ai-je ri cette nuit? (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 13

Pourquoi ai-je ri cette nuit? Aucune voix ne le peut dire,
Ni Dieu ni Démon à la sévère réplique
Ne daigne répondre du haut du ciel ou du fond de l’enfer.
Alors, vers mon coeur d’homme je me tourne aussitôt.
Coeur, toi et moi, sommes ici tristes et solitaires ;
Dis, pourquoi ai-je ri ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Toujours dois-je me lamenter,
D’interroger Ciel, Enfer et Coeur en vain ?
Pourquoi ai-je ri ? Je connais le bail de l’être,
Ma fantaisie le prolonge jusqu’à ses félicités suprêmes ;
Pourtant je voudrais à cette heure même cesser d’exister
Et voir les pompeux pavillons du monde en lambeaux.
Force, Gloire et Beauté sont superbes en vérité, mais la mort
est plus superbe encore.
La mort est la récompense hautaine de la vie.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Il y a maintes et maintes années, dans un royaume près de la mer (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019



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Il y a maintes et maintes années,
dans un royaume près de la mer,
vivait une jeune fille,
que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee,
et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée
que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant, et elle était un enfant,
dans ce royaume près de la mer ;
mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, —
moi et mon Annabel Lee ;
d’un amour que les séraphins ailés des Cieux
convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu’il y a longtemps,
— un vent souffla d’un nuage, glaçant
ma belle Annabel Lee ;
de sorte que ses proches de haute lignée vinrent
et me l’enlevèrent,
pour l’enfermer dans un sépulcre,
en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux,
vinrent, nous enviant, elle et moi.
Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent
dans ce royaume près de la mer)
pourquoi le vent sortit du nuage la nuit,
glaçant et tuant mon Annabel Lee.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde
que l’amour de ceux plus âgés que nous ;
— de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, —
et ni les anges là-haut dans les cieux, —
ni les démons sous la mer,
ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l’âme
de la très belle Annabel Lee.

Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes
de la belle Annabel Lee ;
et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants
de la belle Annabel Lee ;
et ainsi, toute l’heure de nuit, je repose à côté de ma chérie,
— de ma chérie, — ma vie et mon épouse,
dans ce sépulcre près de la mer,
dans sa tombe près de la bruyante mer.

***

Annabel Lee

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea:
But we loved with a love that was more than love—
I and my Annabel Lee;
With a love that the winged seraphs of heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
My beautiful Annabel Lee;
So that her highborn kinsman came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me—
Yes!—that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
Chilling and killing my Annabel Lee.

But our love it was stronger by far than the love

Of those who were older than we—
Of many far wiser than we—
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee:

For the moon never beams, without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee;
And the stars never rise, but I feel the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling—my darling—my life and my bride,
In the sepulchre there by the sea,
In her tomb by the sounding sea.

(Edgar Allan Poe)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

Marissa Nadler:

 

 

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Mon effroi le plus profond (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Du fond du coeur j’avoue
Mon effroi le plus profond :
Découvrir par delà le voile de la mort
Non les vieux enfers de glace et de feu
Mais un visage trop miséricordieux
Pour mon âme peuplée de démons.

***

In heart’s truth I declare
What most I fear
To find beyond death’s veil:
Not legendary hells of ice and fire
But a face too merciful
For my own devil peopled soul to bear.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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La Béatrice (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Dans des terrains cendreux, calcinés, sans verdure,
Comme je me plaignais un jour à la nature,
Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J’aiguisais lentement sur mon cœur le poignard,
Je vis en plein midi descendre sur ma tête
Un nuage funèbre et gros d’une tempête,
Qui portait un troupeau de démons vicieux,
Semblables à des nains cruels et curieux.
A me considérer froidement ils se mirent,
Et, comme des passants sur un fou qu’ils admirent,
Je les entendis rire et chuchoter entre eux,
En échangeant maint signe et maint clignement d’yeux :

—«Contemplons à loisir cette caricature
Et cette ombre d’Hamlet imitant sa posture,
Le regard indécis et les cheveux au vent.
N’est-ce pas grand’pitié de voir ce bon vivant,
Ce gueux, cet histrion en vacances, ce drôle,
Parce qu’il sait jouer artistement son rôle,
Vouloir intéresser au chant de ses douleurs
Les aigles, les grillons, les ruisseaux et les fleurs,
Et même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques,
Réciter en hurlant ses tirades publiques ?»

J’aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monts
Domine la nuée et le cri des démons)
Détourner simplement ma tête souveraine,
Si je n’eusse pas vu parmi leur troupe obscène,
Crime qui n’a pas fait chanceler le soleil!
La reine de mon cœur au regard non pareil,
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse.

(Charles Baudelaire)

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Lorsque je chante (Tou Fou)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



Lorsque je chante, je le sais,
dieux et démons sont présents
Que m’importe de mourir de faim
et d’être jeté dans un égout

(Tou Fou)

 

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Wollo Wollo (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



J’ai marché sur la terre usée des champs
Wollo Wollo
et j’ai suivi les femmes qui cheminent
sous les calebasses
longtemps longtemps vers les marchés.
l’ai vu passer les bêtes roulantes
des hommes qui n’ont pas de couleur
Wollo Wollo
mais j’ai vu fuir les démons qui les habitent.
Le lion perdra sa chevelure
et le surprenant ne pourra plus rien contre le surpris
Wollo Wollo
mais il faut marcher plus vite que l’horizon
et je marche.

(Pierre Béarn)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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