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RONDEAU DE LA VIE QUI SE RETIRE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration: Jérôme Royer
    
RONDEAU DE LA VIE QUI SE RETIRE

Démon Vital, toi qui dans ma jeunesse
Tenais bandés mes tendons résolus,
Précipitant vers amour et prouesse
Tout mon squelette aujourd’hui si perclus, —
De mes fols sens, de mon coeur chimérique
Combien de fois forças-tu les transports!
Combien de fois à travers tout mon corps
Ai-je senti ton fluide électrique,
Démon Vital!

Ô si longtemps dans ma boîte à cervelle
Toi qui soutins les pensers chevelus,
Et de ma jambe et de mon rein fidèle
Les bonds musclés et les combats râblus,
Tant que ton flot ruissela dans ma tête,
Tant que ton feu délia mes ressorts,
Beauté n’était ni palmes ni trésors
Dont mon ardeur n’entreprit la conquête,
Démon Vital!

Démon Vital, maintenant tu me quittes;
Dans mes vieux nerfs tes généreux influx
Ont espacé, puis cessé leurs visites,
Tes chauds courants ne me fréquentent plus.
A quel ennui ta retraite me livre!
De l’ancien souffle â peine un reste encor,
Oiseau blessé, volète dans mon for,
Et je me meurs de ne plus vouloir vivre,
Démon Vital.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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CHANSON D’AMOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020



Illustration: William-Adolphe Bouguereau
    
CHANSON D’AMOUR

Viens, toi, chanson d’amour,
Du coeur des éléments,
Sur l’aile de l’orage,
Dans le hurlement des cyclones.
Viens des abîmes de la nuit,
A cheval sur les tourbillons,
Avec le bouillonnement des eaux profondes,
Que t’amènent les pâtres de l’air
En troupeaux d’étoiles
Aboyées par le tonnerre.
Viens,
Tourbillon de démons,
Chair des nuages
Fouettée par l’éclair,
Brisée sur l’échine des ténèbres.
Viens, taureau du crépuscule
Déchiré par la dent-faucille de la lune

Apparue aux gencives du ciel.
Viens,
Frémissement de l’aube,
Avec, sur la tête, la javelle d’or du soleil,
Réveille
Le nénuphar sur le lac,
La tourterelle dans son nid
La voix de
l’usine dans sa poitrine de métal,
La jeune fille dans les bras du sommeil,
Les ivrognes dans la lie du vin,
L’amoureuse dans
sa chair enlacée,
Les abeilles dans la chaleur de la ruche.
Viens sur mille sentiers,
Neige fondue,
Pluie mêlée au soleil,
Herbe folle écartelant la terre,
Feuille tombée,
Raisins au pressoir,
Balbutiement du moût dans les tonneaux,
Cristallise-toi d’un coup
Dans les mots murmurés par l’homme
A l’oreille de la bien-aimée,
Enveloppés dans un baiser,
A peine compris,
Frêles et chauds :
Je suis près de toi.

(Mihai Beniuc)

 

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L’AMOUR RECOMMENCE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

L’AMOUR RECOMMENCE
(Blues)

Ma vie c’est rien du tout,
Des tas de choses, Dieu sait ce que c’est!
Je dis ma vie c’est rien du tout,
Des tas de choses, Dieu sait ce que c’est!
Rien qu’une chose puis une autre
Qui s’ajoute au tracas que j’ai.

Quand je t’ai connu, moi
J’ai cru que je tenais un ange d’innocence.
Quand je t’ai connu,
J’ai cru que je tenais un ange d’innocence,
Mais tu n’étais qu’un démon
Et j’ai failli en perdre tous les sens.

Dis-moi, dis-moi donc,
Ce qui fait que l’amour tant vous lance ?
Dis-moi ce qui fait
Que l’amour tant vous lance ?
Ça vous prend puis ça vous brise…
Et puis faut que ça recommence.

(Langston Hughes)

 

 

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Le poème achevé (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



 
    
Le poème achevé,
dieux et démons
en sont stupéfaits.

***

诗成泣鬼神

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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À une femme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



À une femme

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

(Victor Hugo)


Illustration: William Robert Symonds

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RÉPANDU SUR LE PLANCHER (Zisho Landau)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
RÉPANDU SUR LE PLANCHER

J’ai répandu sur le plancher
Un peu d’alcool, et en silence
J’ai allumé sur le plancher
Ce peu d’alcool, et en silence
L’alcool aisément a brûlé
Aisément et calme a brûlé…

Tel au mur le bruit d’un grillon
En moi frappe et frappe un démon:
« En glaçon te changeront
Bientôt tes tremblantes mains. »
Si je réchauffe ma main droite
Gèle aussitôt ma main gauche,
Si je réchauffe ma main gauche
Gèle aussitôt ma main droite.

Et le démon, tel un grillon,
Frappe en silence, monotone,
«Comme tu es froid et vieux
Qui pourrait te réchauffer ?
Et bientôt s’éteint le feu –
Qui pourrait te réchauffer?
Tant qu’il en est temps encore
Étends vers le feu ton corps. »

Je m’étends, s’il en est temps,
Vers le feu, sur le plancher.
Je me chauffe et me réchauffe.
Si je chauffe mon côté gauche
Se glace mon côté droit,
Si je chauffe mon côté droit
Se glace mon côté gauche
Et le démon, tel un grillon,
Frappe sans fin le silence.

(Zisho Landau)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Passage du démon (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019




    
Passage du démon

Au commencement
À l’Amour, s’oppose l’Orgueil
Moi!
Moi opposé à l’autre
L’Amour dit Oui!
L’Orgueil dit Non !
Non serviam.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les chants de la Merci suivi de Chants des Quatre-Temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Pourquoi ai-je ri cette nuit? (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 13

Pourquoi ai-je ri cette nuit? Aucune voix ne le peut dire,
Ni Dieu ni Démon à la sévère réplique
Ne daigne répondre du haut du ciel ou du fond de l’enfer.
Alors, vers mon coeur d’homme je me tourne aussitôt.
Coeur, toi et moi, sommes ici tristes et solitaires ;
Dis, pourquoi ai-je ri ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Toujours dois-je me lamenter,
D’interroger Ciel, Enfer et Coeur en vain ?
Pourquoi ai-je ri ? Je connais le bail de l’être,
Ma fantaisie le prolonge jusqu’à ses félicités suprêmes ;
Pourtant je voudrais à cette heure même cesser d’exister
Et voir les pompeux pavillons du monde en lambeaux.
Force, Gloire et Beauté sont superbes en vérité, mais la mort
est plus superbe encore.
La mort est la récompense hautaine de la vie.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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