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Poésie

Posts Tagged ‘dépourvu’

Aliénation (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Odile Escolier 
    
Aliénation

Dans les arbres je ne peux plus voir des arbres.
Les branches n’ont pas de feuilles pour les maintenir au vent.
Les fruits sont sucrés, mais dépourvus d’amour.
Ils ne rassasient même pas.
Que va-t-il advenir ?

Devant mes yeux la forêt prend la fuite,
à mon oreille les oiseaux restent cois,
nulle prairie ne fait lit pour moi.
Je suis repue de temps
et j’ai soif de lui.
Que va-t-il advenir ?

Dans les montagnes les feux la nuit brûleront.
Dois-je me mettre en route, m’approcher à nouveau
de tout ?

Dans aucun chemin je ne peux plus voir de chemin.

***

Entfremdung

In den Bäumen kann ich keine Bäume mehr sehen.
Die Aste haben nicht die Blätter, die sie in den Wind
halten.
Die Früchte sind se, aber ohne Liebe.
Sie sättigen nicht einmal.
Was soli nur werden?

Vor meinen Augen flieht der Wald,
vor meinem Ohr schließen die Vögel den Mund,
für mich wird keine Wiese zum Bett.
Ich bin satt vor der Zeit
und hungre nach ihr.
Was soli nur werden?

Auf den Bergen werden nachts die Feuer brennen.
Soll ich mich aufmachen, mich allem wieder nähern?

Ich kann in keinem Weg mehr einen Weg sehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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NOCTURNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018




    
NOCTURNE

La nuit vient, un ange est là
qui mesure le temps des étoiles,
les vents sont immobiles, immobiles les heures.

La paix serait d’être étendu
immobile à travers les heures immobiles, aux pieds de l’ange,
sur une étoile en suspens dans le ciel étoilé
— mais le coeur bat à un autre rythme.

Chaque corps étendu, même dépourvu d’ailes,
fait naître et s’envoler un papillon de nuit
aux ailes délicates, aux yeux de pierrerie.

Certains sont jetés sur les rives du jour
et d’autres se perdent dans l’obscurité,
sous les vagues, au-delà du monde, là où affleurent
très loin les îles des élus.

***

NOCTURNE

Night tomes, an angel stands
measuring out the lime of stars,
stil/ are the winds, and still the hours.

It would be peace to lie
still in the still bours ai the angel’s feet,
upon a star bang in a starry sky,
but hearts another measure beat.

Each body, wingless as it lies,
sends out ils butter!!, of night
with delicate wings and jewelled eyes.

And some upon day’s shores are cast,
and some in darkness loti
in waves beyond the world, where float
somewhere the islands of the blest.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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UTOPIE (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Josephine Wall
    
UTOPIE

Il est en nous des rivages
Si chauds et bleus,
si clairs et sages
Tellement… heureux…

Il est en nous des montagnes
Si belles et pures,
Si bulles de champagne
Tellement… sûres…

Il est en nous des cieux
Si bleus, si blancs,
Si tendres et pieux,
Tellement… aimants…

Il est en nous une vie
Si belle et pure
Si dépourvue d’ennui
Tellement… parure…

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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Les pierres (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




    
Les pierres
dépourvues de chemin
s’essoufflent
dans l’immobilité

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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A mon hôte (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    
A mon hôte

Au sud au nord du logis : les eaux printanières
M’enchante tous les jours l’arrivée des mouettes
Le sentier fleuri n’a point été balayé
La porte de bois, pour vous, enfin, est ouverte

Loin du marché, la saveur des plats est pauvre
Dépourvu, je ne puis offrir que ce vin rude
Acceptez-vous d’en boire avec mon vieux voisin?
Appelons-le, par la haie, pour en vider le reste !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Le peuple des prés m’enchante (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration
    
Le peuple des prés m’enchante.
Sa beauté frêle et dépourvue de venin,
je ne me lasse pas de me la réciter.

Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe,
l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un,
la sauterelle qui claque et compte son linge,

le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux,
les fourmis assagies par la grande étendue verte,
et immédiatement au-dessus les météores hirondelles…

Prairie, vous êtes le boîtier du jour.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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VENT, ÉTEINS-TOI DANS LA BRUYÈRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



cc by-nc-nd Bruno Monginoux – http://www.photo-paysage.com

    

VENT, ÉTEINS-TOI DANS LA BRUYÈRE

Vent, éteins-toi dans la bruyère,
Ta voix folle ne me plait pas;
Je veux certes un temps sévère,
Mais qui soit dépourvu de toi.

Soleil, quitte le ciel du soir,
Ton sourire ne me conquiert pas;
S’il faut vraiment de la lumière,
Que ce soit celle de Cynthia.

***

WIND, SlNK TO REST IN THE HEATHER

Wind, sink to rest in the heather,
Thy wild voice suits not me:
I would have dreary weather,
But all devoid of thee.

Sun, set from that evening heaven,
Thy glad smile wins not mine;
If light at all is given,
O give me Cynthia’s shine.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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La vérité (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Quand elle est dépourvue de flamme,
la vérité est philosophie;

Elle devient poésie
quand elle emprunte sa flamme au coeur.

(Mohammad Iqbal)

 

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Au moment qu’on a fait la fleur (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Au moment qu’on a fait la fleur
De tout notre amour plongé en elle
Quand la fatigue tout à coup la fane entre nos doigts
Quand la fatigue tout à coup surgit alentour
Et s’avance sur nous comme un cercle qui se referme
L’ennemie qu’on n’attendait pas s’avance
Et commence par effacer le monde hors de nous
Efface le monde en s’approchant,
Vient effacer la fleur entre nos mains
Où notre amour était plongé et fleurissait
Notre amour alors dépossédé rentre en nous
Reflue en nous et nous prend au dépourvu
Nous gonfle d’un flot trop lourd
Nous abat d’un vertige inattendu
Et nous sommes épouvantés
Et comme désarmés devant cette parole
Devant la tristesse de la parole de la chair
Qu’on n’attendait pas et qui nous frappe
comme un soufflet au visage.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Guy Baron

 

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