Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘déraper’

La chambre en désordre (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



La chambre en désordre

Au virage périlleux de la cinquantaine
J’ai dérapé sur cet amour. Quelle douleur!
quel sensible et secret pétale me tourmente
et me provoque à la synthèse de la fleur

dont on ignore comme elle est faite: l’amour,
dans la quintessence du mot, l’amour muet
d’un naturel silence ne peut plus tenir
dans ce grand geste pour recueillir et aimer

le nuage que son ambiguïté dilue
en cet objet plus imprécis que le nuage
davantage défendu aussi, corps! corps, corps,

vérité si finale, soif variée,
et ce cheval en liberté parmi le lit,
qui de celui qui aime promène le coeur.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Jean-Baptiste Valadie

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Anecdotique je le suis (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



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Anecdotique je le suis
Merci de me le faire entendre
Mais si vous saviez comme amuse
le vers qui prend n’importe quoi
dans sa délirante salive
L’itinéraire qu’il me faut
c’est le sien Je suis, sans valise,
sa trace au fil de mon plaisir
et si ce que je pense y passe
tant pis tant mieux ce n’est rien que
pour me distraire un peu Si lasse
est parfois ma rame de cœur
que même la mer y renonce
Elle ne bat plus pour personne
pour moi moins encor et pourtant
le vers va toujours Je persiste
à ne le croire tout à fait
et le voilà qui recommence
Où irons-nous donc aujourd’hui ?

Mon vers est lièvre il est tortue
Furet ici escargot là
il court et dérape souvent
car la vie est peau de banane
et c’est elle qui cherche allant
au gré de sa buissonnerie
Ainsi marche-t-il sur les mines
et saute saute pauvre enfant.

(Georges Perros)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Cascade (Jean-Claude Faucheux)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Je t’apprendrai à jouer avec le feu
à te rompre le cou à te briser les reins
à marcher dans le vide sur une corde raide
à te casser les dents à suer eau et sang
à encaisser les coups sans plier le jarret
à griller les feux rouges de l’humaine bêtise
à déraper sur l’aile de l’utopie folle
à piler sur un mètre au passage de l’amour
(il est aveugle)
Il faudra bien t’apprendre
à cascader ta vie
puisque ta mère a eu l’imprudence divine
de te donner le jour.

(Jean-Claude Faucheux)

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LE VOYAGE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




LE VOYAGE

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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