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Poésie

Posts Tagged ‘dériver’

RÊVE PRINTANIER (Gen Shen)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



RÊVE PRINTANIER

Hier soir le vent printanier a envahi
ma chambre nuptiale
Ma pensée dérivait vers la fille charmante
habitant au bord du fleuve Xiang
Absorbé rapidement dans un rêve printanier
Je voguais des milliers de kilomètres
au sud du fleuve

(Gen Shen)

 

 

 

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Chaque mot que j’écris (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Chaque mot que j’écris me restitue à l’absence par laquelle j’écris
ce que je n’écrirais pas si je te laissais venir ici.

Je m’en tiens au poème.
Le poème me porte aux confins, loin des maisons des vivants.
Et par où irai-je quand je partirai sans revenir ?

Et nul ne comprend.
Toute ma vie t’attend.
Et cependant je cherche la nuit du poème.
Je pense seulement à ton corps mais je refais le corps de mon poème
comme on tente de se soigner une blessure.

Et nul ne me comprend.
Je sais que la vie, que l’amour, doivent changer.
Ceci que dit mon masque sur l’animal que je suis, suggère péniblement une alliance entre les mots et les ombres.
D’où dérive un état de terreur qui nie l’ordre des humains.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Destination (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Destination

C’est ce feu qui rit dans tes yeux et, tant qu’il brûle,
joue froidement, doucement dans mes mains,
rougeoie à travers nos réseaux de résistance,
vire en vagues d’un bleu glacial.

Nous dérivons l’un vers l’autre dans une vague.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Au début, nous ne voulions rien ; à présent,
nous savons tous deux comme cela finit.

Nous dérivons vers quelque chose qui va
nous arriver, nous coûter cher et nous coûter des rêves.
Nous attendons, l’avons su depuis notre rencontre.
Et les mots ne sont ni durs ni tendres.

Nous écoutons. Quelque chose brûle en secret au-dedans.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Nous dérivons vers quelque chose qui va nous arriver :
un feu aussi frais que la mer, tant qu’il brûle.

***

Bestemmelse

Det er den Ild som ler i dine Ojne
og leger koldt og mildt i mine Hænder,
der gloder vores Modstandsnet igennem
og blir til isblaa B&lger, mens den brænder.

Vi driver mod hinanden i en Bolge.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi vilde ingenting, da det begyndte.
Nu ved vi begge to, hvordan det ender.

Vi driver ud mod noget som vil ske os,
og det skal blive dyrt og koste Dromme.
Vi venter, og har vidst det fra vi moches.
Og Ord er hverken haarde eller omme.

Vi lytter. Og det brænder skjult derinde.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi driver ud mod noget som vil ske os:
En Ild saa sval som Havet, mens den brænder.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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DANSEURS DE PARADIS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (90)

DANSEURS DE PARADIS

jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre

dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source

je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je mets lentement au jour
cette force d’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie

l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme

je mets du baume
au monde
je marche l’immensité

je glisse et reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
à la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes

oui je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
des grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
ne pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis

(Zéno Bianu)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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NAVIGUER (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



 

Berit Kruger Johnsen - (12)

NAVIGUER

J’ai navigué
De nuits de jours

J’ai dérivé
Chaviré
Parmi les flots
Sans havre
Au creux des ouragans

J’ai cherché un écho
A ma voix souterraine
Le passage se murait

A mains pleines
Amassant ma terre
En sa quête rebelle
Sa réponse
Suffirait.

(Andrée Chedid)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Amour (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018




    
Amour m’a fait la cible de la flèche,
Je suis neige au soleil, cire dans le feu,
Brume que vent disperse. Ma voix s’enroue,
Ma dame sans pitié, à vous crier « Grâce ».

Vos yeux, c’est eux qui m’ont porté le coup mortel
Que ne pourront ni temps ni lieu guérir,
De vous seule dépendent, et c’est votre jeu,
Le soleil, le feu et le vent dont je suis la proie.

Car les pensées sont flèches, soleil est ce visage,
Et feu est le désir. Et de ces armes
Amour me perce, m’aveugle, me consume.

Cependant que ce chant, ces mots dignes des anges,
Et cette douce haleine qui me tue,
Sont la brise qui fait que ma vie dérive.

***

Amor m’à posto corne segno a strale,
corne al sol neve, corne cera al foco,
et corne nebbia al vento; et son già roco,
donna, mercé chiamando, et voi non cale.

Dagli occhi vostri uscfo ‘l colpo mortale,
contra cui non mi val tempo né loco;
da voi sola procede, et parvi un gioco,
il sole e ‘l foco e ‘l vento ond’io son tale.

I pensier’ son saette, e ‘l viso un sole,
e ‘l desir foco: e ‘nseme con quest’arme
mi punge Amor, m’abbaglia et mi distrugge;

et l’angelico canto et le parole,
col dolce spirto ond’io non posso aitarme,
son l’aura inanzi a cui mia vita fugge.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Ma vie est un long Gange tranquille (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Clara Lieu 1_5v00 [1280x768]

Ma vie est un long Gange tranquille
qui charrie ses cadavres
ses maladies
et ses croyances poétiques
je m’y baigne chaque jour
explosant là mes pustules
je dérive dans mon jus
vêtu d’un sari couleur de sang
je meugle
telle une vache sacrée.

(Mano Solo)

Illustration: Clara Lieu

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Tragique est la vie (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

lucarne

tragique est la vie
pour moi que rien
ne délivre
du tourment d’exister

parle-moi

parle-moi

arrache
de ma gorge
ces mots
qui m’étouffent

extirpe
cette fatigue
qui stagne
dans les profondeurs
de mon sang

comme tant d’autres
je dérive au sein
d’une humanité
en détresse

(Charles Juliet)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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Trois barques (Stanisław Wyrzykowski)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



 

barques brouillard

Trois barques

Trois barques blanches coulent sur les eaux,
Quelque part, à travers le gouffre des morts, et dérivent
Dans un brouillard où l’œil ne discerne plus rien.

La première d’entre elles, revêtue d’une toile
Pourpre — avance avec une rame en or, et fait jaillir
Sur les vagues, des étincelles et des éclats.

Puis vient la seconde, plus lente, plus sinistre,
Qui traîne derrière elle ses ailes noires de repentance,
Comme des voiles flottant sur un ciel de verre.

La troisième enfin, portée par les vagues,
Avance et se dirige, sans rames et sans voiles,
Vers la tempête qui se déchaîne dans l’obscurité.

Mon amour mort se trouve dans la première,
Ma vengeance repose dans la seconde,
Et dans la troisième, je vois mon cœur —

(Stanisław Wyrzykowski)

Découvert ici :poetespolonais

Illustration

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Nos vies (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Illustration: Edouard Drouot
    
Nos vies

Quel repos à l’aventure de vie
si l’étincelle ne ceint plus la terre,
si la pierre ne recèle de
secret
sur les mots d’hier, paisiblement saignés
dans le soir, et l’adieu sur le trottoir?
Silhouette allongeant l’arbre de la main,
ainsi pour élever l’au-revoir
en arme de lumière ; y chante l’antienne,
interrogation sur le point du matin
ou vole des cendres encore chaudes ?

Que vaut la pensée lorsque se joue
la fugue ; la philosophie du soleil
n’éteint pas le feu. Il faut abandonner
le rêve qui ne serait plus qu’un rêve,
car l’étoile seule a droit sur toi.
Homme, ton repos est une fausse note
ton brouillard se lèvera sur l’azur.
Quel usage ferons-nous de nos vies ?
Dériverons-nous sur le chaleil et l’eau ?
car au premier signe il faut guetter
la démesure d’un Absolu possible :

le bonheur parfois s’écrit sur un radeau

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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