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Poésie

Posts Tagged ‘dérobé’

Post-merci (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Post-merci

Nous sommes des météores à gueule de planète.
Notre ciel est une veille, notre course une chasse,
et notre gibier est une goutte de clarté.

Ensemble nous remettrons la Nuit sur ses rails ;
et nous irons, tour à tour nous détestant et nous aimant,
jusqu’aux étoiles de l’aurore.

J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté :
la tache pure au-delà de l’écriture souillée.

En poésie, devenir c’est réconcilier.
Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ;
et la vivant, il devient mensonger.
Paradoxe des Muses : justesse du poème.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés,
de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs,
de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

 

 

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Entrée dans une étoile (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




    
Entrée dans une étoile —

La nuit est claire, mais des nuages passent
sous la lune
Des fleurs ensommeillées tanguent au vent
sur des pelouses pentues.

À présent les lilas sont fanés,
mais les roses saignent
aussi douloureuses, aussi douces que la rencontre
dérobée de deux êtres…

La nuit prend tout au sérieux.
Elle tinte
vide au loin.
— — Nous entrons main dans la main
dans une étoile.

***

Ind i en Stjerne —

Natten er lys, men med drivende Skyer
under Maanen.
Sovende Blomster driver for Vinden
paa Plaenernes Skraanen.

Syrenen er afblomstret nu,
men Roserne bloder
saa ondt og saa sodt som to Menneskers
stjaalne Moder.. .

Natten tar aile Ting ruer
Der er klingende
tomt i det fjerne.
— — Vi gaar med hinanden i Haanden
ind i en Stjerne.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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Oh, le plaisir de ta venue (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018




Oh, le plaisir de ta venue,
Oh, l’impatience retenue,
Contenue, continue,
De ton baiser chagrin.
Oh, ta gorge d’espoir bombée
Ta présence du ciel tombée,
Dérobée, absorbée
Par mes voeux souverains.

Perce-neige des matinées
Dans la neige des destinées,
Fleur aimée, condamnée
Aux sources de mes mains.
Oh, battement des nuits prochaines
Fantôme-roi de mes domaines,
Oh, ma reine en neuvaine
Je suis ton pèlerin.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Tu ne sais que marcher (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018




Tu ne sais que marcher La nuit et la peur te harcèlent
Et aussi la soif Mais à chaque pas la hantise de faire
fausse route D’accroître encore la distance Tu cherches
le lieu Le lieu et le nom Le nom qui saurait tout dire
de ce en quoi consiste l’aventure

Tu ne sais où tu vas ni ce que tu es ni même ce que tu désires
mais tu ne peux t’arrêter Et tu progresses A moins
que tu ne t’éloignes Sans fin tu erres te traînes rampes
tournes en rond Et tu renonces Et tu repars jusqu’à
n’être plus qu’épuisement

Survient l’instant où tu dois faire halte Faire ton deuil
du lieu et du nom Et à l’invitation de la voix définiti-
vement tu renonces t’avoues vaincu Alors tu découvres
que tu auras chance de trouver ce que tu cherches si préci-
sément tu ne t’obstines pas à le chercher

lu repars Des forces nouvelles te sont venues Ton
œil qui s’écarquille n’est plus dévoré par la soif Tu ne
sais où tu vas mais tu connais ce que tu es

Tu avances d’un pas tranquille désormais convaincu que
le lieu se porte à ta rencontre Le lieu où mûrir l’hymne
la strophe le nom Qù jouir enfin de ce qui s’est jusque-là
dérobé

(Charles Juliet)

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J’écris dans les interstices du Temps (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



J’écris dans les interstices du Temps.
Dans l’entre-deux
où l’objet et la parole se rencontrent ou seulement se croisent
– dans l’illusion de se confondre –
ou se devinent parallèles sans lien ni contact ?

J’écris dans un temps dérobé :
dérobé au Social, à la vie quotidienne – j’écris « à la dérobée » !
Le soir, après une journée de « travail », entre les « obligations » de la vie associative ou « professionnelle »,
sans disposer vraiment d’une « marge » pour ce « travail » et cette « obligation » :
écrire une parole poétique.
Devenir un individu. Devenir humain.

Écrire une « parole » – mieux :
casser l’écriture par l’irruption de la voix !
Comme un témoignage casse une « version » convenue d’un fait qui se donnait comme établi.
Écrire CONTRE – contre l’autorité de “l’écriture”
(au sens où elle se donne comme discours de pouvoir – sans discontinuer…)
et écrire pour la vérité, vers la vérité – vers la possibilité d’un « objet » à la parole…

Écrire une parole – pour laisser une trace
– une trace de qui s’évade sans fin –
ou sans recours. Dilapidée aussitôt :
la parole.

J’écris même quand la vie passe devant moi et que tout me manque (papier et stylo) pour écrire…
J’écris même quand je rêve soudain une parole intense et signifiante et que le réveil m’en prive.
J’écris même quand je traverse les épreuves de ma vie, de mes choix et que tout me manque (force et volonté)…
J’écris même lorsque l’Indicible impose à ma vue un horizon sans limites…

J’ÉCRIS DANS LES INTERSTICES DU TEMPS INVENTE PAR LA SOCIÉTÉ HUMAINE.
DANS L’ENTRE-DEUX OU L’OBJET EST ABSENT, ÉLOIGNE, INACCESSIBLE ET LA PAROLE ILLUSOIRE, INCERTAINE, INADÉQUATE
– ET OU POURTANT ILS SE RENCONTRENT, ICI ET MAINTENANT ou un jour prochain dans le cœur de l’autre –
qui est leur but et leur lieu, leur seuil imaginaire, transitoire mais voué à la seule chance d’une TRANSMISSION.

J’écris dans l’utopie de l’Être.

(Alain Suied)

Illustration: Misha Gordin

 

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Retouche à la malhonnêteté (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



retouche à la malhonnêteté

dérobés aux enfers
les escaliers à vis du paradis
on les monte à l’envers
demain devient jadis

(Daniel Boulanger)

 

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Le corps d’Eurydice (2/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Certains soirs elle ne savait pas
Ce qui, d’elle, était devenu insaisissable:
Une poignée de plumes rousses
Sur le ciel lisse, où volaient les fleurs du cerisier.
Où l’atteignait, porté par quelque souffle,
Un parfum indéfinissable. Etait-ce
Le laurier rose, dont la feuille est empoisonnée?
Sinon quel souvenir, ou quel désir
Aurait meublé les couches de lumière déclinante,
Et l’espace qui était en elle ce miroir
Obscurci, ce point de fuite, une heure
Avec de légers nuages sur le ciel pâle?
Un moment du monde aurait passé:

« Reprendre le chemin qui ramène
Vers ce lieu de moi-même où tout s’apaise
Et s’équilibre, est-ce tellement difficile
Mère mauvaise? Et me fondre dans ce qui m’appelait:
La nuit accueillante où le corps ne vieillit pas. »

Une vivante. Elle a fait son deuil d’elle-même.
Elle a erré parmi les petits noms de l’amour,
Les objets familiers: beaucoup de fleurs,
D’étoffes, de bijoux, pour embellir une vivante.
Pour retenir sur elle la lumière. Et la passion?
Et le manque, et le besoin, et le plaisir?
Enfin pour finir cette chambre
Sans lit et sans miroirs, où elle se dévisageait
Un moment dans une fenêtre blanche,
Avant de se détourner tout à fait du dehors,
Respirant profondément l’odeur douceâtre
Des bouquets fanés sur la table:

« Nue dans la mémoire, comme dans l’amour,
C’est là que j’ai appris à être impitoyable
Avec ma vie, à n’être plus que du temps
Sans désir comme le soleil sur les pierres nues,
Les pages, désertées d’êtres écrites. »

Ce qui, d’elle, était devenue méconnaissable,
Une partie d’elle-même donc, sa main seulement
Ou sa personne tout entière, les concours
De ce qu’on nomme l’âme? Et beaucoup plus tard
Ce furent d’autres fleurs, celles des paulownias
Qui forment une sorte de ciel mauve
Quand le vrai ciel s’emplit de noir.
Ce qu’il faudrait, de toute urgence, ressaisir,
Elle ne savait toujours pas. – Et pourquoi
Saisir plutôt que se laisser saisir?
Elle regardait alors ces grappes de fleurs,
Respirait cette brume mauve. Elle était capable
D’en jouir. Puis le bleu plus profond
Se mettait tout autour, c’était
Un chef-d’oeuvre de tendresse,
De distraction, ou de destruction:

« Mère mauvaise, non, je n’ai pas changé ma vie.
Mais je suis revenue, parmi les miens, quel que fût
Cet inconnu qui me forçait à aimer l’amour.
Dérobée à lui-même, mes gestes mutilés,
Ceux d’une autre? Sa tête perdue. »

(Claude Adelen)

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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CAUCHEMAR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




CAUCHEMAR

Nous étions assemblés près du môle
que battait l’invisible ouragan.
Cette nuit nous semblait conspirer avec nous;
pleine d’or dérobé, elle était comme un coffre
résonnant de conseils.
«Travaillons! », dit ma voix. Mille voix répondirent :
«Où es-tu ? » — « Prés de vous »— « Sois nommé
«Notre chef! »
— Et nos voix, comme un feu dans les branches,
aussitôt — richement — s’accrochèrent,
et nos mains se serraient et comptaient,
fébriles comme un nuage d’oiseaux.

Tout à coup, vacilla, divisant l’air et l’eau
un léger souffle blanc de lumière
qui bientôt — en courant — vint vers nous
et passa sur notre ombre, étendu, déchiré, puis flottant
avec le doux tremblement de l’aube… « Adieu donc! »,
murmura le dernier d’entre nous. Ils partaient!
J’étais seul quand le jour apparut.
Je n’ai vu qu’un visage : la vague.

Ils se sont rassemblés loin de moi
pour parler dans leur langue inconnue,
et j’attends.

(Jean Tardieu)

Illustration: Kupka Frantisek

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DEMAIN AUSSI (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



DEMAIN AUSSI

Une promesse à la volée
Un voyage sans repère
Des songes dérobés dans un champ de fougères
Dans une chambre idéale
Pour celui qui rejoue tout son jeu à l’envers

Sur le tapis ne reste qu’une carte
Rouge des deux côtés
Et vouée à quelques rites antiques
Qui furent condamnés

Il y a beau à parier qu’un beau soir
Rien ne sera relégué oublié
Rien n’aura de retard

Ce fut hier déjà
Que cela est parti en éclats
Et c’est demain aussi
Que les dieux décidèrent
Un voyage sans repère
Une promesse à la volée

Le dévoiement d’une voix familière
Par l’éclair entrouverte

(André Velter)

 

 

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