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Poésie

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CAUCHEMAR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




CAUCHEMAR

Nous étions assemblés près du môle
que battait l’invisible ouragan.
Cette nuit nous semblait conspirer avec nous;
pleine d’or dérobé, elle était comme un coffre
résonnant de conseils.
«Travaillons! », dit ma voix. Mille voix répondirent :
«Où es-tu ? » — « Prés de vous »— « Sois nommé
«Notre chef! »
— Et nos voix, comme un feu dans les branches,
aussitôt — richement — s’accrochèrent,
et nos mains se serraient et comptaient,
fébriles comme un nuage d’oiseaux.

Tout à coup, vacilla, divisant l’air et l’eau
un léger souffle blanc de lumière
qui bientôt — en courant — vint vers nous
et passa sur notre ombre, étendu, déchiré, puis flottant
avec le doux tremblement de l’aube… « Adieu donc! »,
murmura le dernier d’entre nous. Ils partaient!
J’étais seul quand le jour apparut.
Je n’ai vu qu’un visage : la vague.

Ils se sont rassemblés loin de moi
pour parler dans leur langue inconnue,
et j’attends.

(Jean Tardieu)

Illustration: Kupka Frantisek

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DEMAIN AUSSI (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



DEMAIN AUSSI

Une promesse à la volée
Un voyage sans repère
Des songes dérobés dans un champ de fougères
Dans une chambre idéale
Pour celui qui rejoue tout son jeu à l’envers

Sur le tapis ne reste qu’une carte
Rouge des deux côtés
Et vouée à quelques rites antiques
Qui furent condamnés

Il y a beau à parier qu’un beau soir
Rien ne sera relégué oublié
Rien n’aura de retard

Ce fut hier déjà
Que cela est parti en éclats
Et c’est demain aussi
Que les dieux décidèrent
Un voyage sans repère
Une promesse à la volée

Le dévoiement d’une voix familière
Par l’éclair entrouverte

(André Velter)

 

 

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Le champignon (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



champignon 28

Le champignon

Je te portais masque sur mon visage
Mais sans savoir qu’il suffisait de vivre
Ou de tuer pour te détruire enfin.

Étais-je image, ou lièvre, ou lézard ?
Le temps coulait devant mes yeux aveugles.
Le temps, le temps ? sans doute aussi l’aurochs
Sinon cet autre eu moi qui se cachait.

Comme il est bon de naître étant fruit mûr,
De se trouver sous des couches d’humus,
Champignon vif à des mains dérobé,
Et vénéneux seulement pour soi-même.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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