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Poésie

Posts Tagged ‘dérober’

RICHESSE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2019



Illustration: Higorca  
    
RICHESSE

J’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
l’un en tant que rose
l’autre comme épine.
Ce qui m’a été dérobé
je n’en suis pas privé :
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
et me voilà riche de pourpre
et de mélancolie.
Ah, quel amant que la rose
et que l’épine est aimée !
Ainsi que la double forme
de fruits jumeaux,
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu.

***

RIQUEZA

Tengo la dicha fiel
y la dicha perdida:
la una como rosa,
la otra como espina.
De lo que me robaron
no fui desposeída:
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida,
y estoy rica de púrpura
y de melancolía.
¡Ay, qué amante es la rosa
y qué amada la espina!
Como el doble contorno
de dos frutas mellizas,
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida….

***

WEALTH

I have the faithful
and the lost bliss:
the one as rose,
the other as thorn.
What they stole from me
did not leave me properly less:
I have the faithful
and the lost bliss:
and I’m rich of purple.
and melancholy.
Oh, what a lover is the rose
and how beloved the thorn!
As the double contour
of two twin fruits,
I have the faithful
and the lost bliss.

***

***

BOGĂȚIE

O soartă mi-este dată
și alta înstrăinată:
întâi am trandafirul,
apoi mai am un spin.
Dar ce mi-a fost furat
tot mie-mi aparține:
căci am o soartă dată
și una înstrăinată,
în purpuri sunt bogată
și în melancolii.
Ah, pătimașă-i roza
și adorat e spinul!
Conturul se dublează
rodind îngemănat,
o soartă ce mi-e dată
și una înstrăinată.

***

REICHTUM

Ich habe das wahre
und das verlorene Glück:
das eine ist wie eine Rose,
das andere wie ein Dorn.
Was mir gestohlen wurde
hat man mir nicht geraubt:
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück
und ich bin reich an Purpur
und an Melancholie.
Ach, welch ein Liebhaber ist die Rose
und wie geliebt der Dorn!
Wie der doppelte Umriss
von Zwillingsfrüchten,
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück.

***

RICCHEZZA

Io ho la felicità devota
e la felicità perduta
una come rosa
l’altra come spina.
Di ciò che mi è stato rubato
non sono stato privato
Io ho la felicità devota
e la felicità smarrita
e eccomi ricco di porpora
e di malinconia.
Ah, chi non ama che la rosa
è amato dalle spine !
Così come la doppia forma
di frutti gemelli,
io posseggo la felicità devota
e la felicità perduta.

***

RIJKDOM

Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
het ene als roos,
het andere als doorn.
Wat mij werd ontvreemd
ben ik niet kwijt:
Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
en ik ben rijk aan paars.
en aan melancholie.
Ach, wat een minnaar is de roos
en hoe geliefd de doorn!
Zoals de dubbele vorm
van tweelingsvruchten,
ik heb het trouwe
en het verloren geluk.

***

RIQUEZA

Tenho a justa ventura
e a ventura perdida:
uma como rosa,
outra como espinho.
Do que me roubaram
não fui despojada:
tenho a justa ventura
e a fortuna perdida,
e sinto-me rica
de púrpura e melancolia.
Ai, que amante é a rosa
e que amado é o espinho!
Como o duplo contorno
de dois frutos gémeos,
tenho a justa ventura
e a ventura perdida.

***

财 富
我有忠实而
失去的幸福:
一个像玫瑰,
另一个像刺。
他们从我身上偷的东西
留给我的恰恰一样多:
我有忠实而
丢失的幸福:
我富于华丽文辞。
也易于忧郁。
哦, 这玫瑰是情人啊
这刺多么可爱啊!
就像两个并蒂
果实的双轮廓,
我有忠实的
失去的幸福…

(Gabriela Mistral)

 

Recueil: ITHACA 602
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Espagnol (Chili) / Anglais Stanley Barkan / Indi Jyotirmaya Thakur / Roumain Gabriela Căluțiu / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Renato Fiorito / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Chinois William Zhou
Sonnenberg /Editions: POINT

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ÉTRANGERS (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Wilhelm Hammershoi
    
ÉTRANGERS

Voilà, comme un enfant, qu’il tombe sur son coeur,
Solitude et douleur – et de ses yeux l’implore,
Et son sang assoiffé boit comme d’une amphore
À ses deux sources d’or la vivante liqueur,

Et sa saveur de lait – puis, poignard, il se tend
Pour ouvrir son doux corps, le fendre comme foudre,
S’éteindre dans sa sève en cendres, se dissoudre
En elle, au séminal abîme se jetant.

Ils sont assis avec les étoiles, le soir
À table. Tous les deux partagent le pain noir
Et le couteau entre eux sur la table s’étale.

Mais l’un l’autre étrangers se dérobent leurs yeux
Comme si le couteau, coupant en deux leur noeud,
Les avait séparés tels les bords de la table.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je t’écrirai lorsque tu seras morte (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Ettore Aldo Del Vigo -  (45)

Je t’écrirai lorsque tu seras morte,
Ma douce vie — ô dame sans oubli,
le dirai bouche et lèvres, je t’apporte
Des mots sans suite et des phrases de cris.
le signerai le tout du nom d’un autre

[…]

Ici la fleur, ici l’oiseau, la flamme,
Ici le rien qui ne veut pas finir.
Dans le désert, ici la voix de l’âme,
Ici la fleur, ici la fleur, ici…
Parmi la mort, un tout dernier miracle
Le chant de vie et des mots inconnus
Qu’un homme entend dans un silence d’arbre,
Ici la clef du langage perdu.
J’attends le prince aux limites du monde
Car l’invisible a dérobé mon nom.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Mon front pâle est sur tes genoux (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Lauri Blank -   (53) [1280x768]

Mon front pâle est sur tes genoux
Que jonchent des débris de roses ;
O femme d’automne, aimons-nous
Avant le glas des temps moroses !

Oh ! des gestes doux de tes doigts
Pour calmer l’ennui qui me hante !
Je rêve à mes aïeux les rois,
Mais toi, lève les yeux, et chante.

Berce-moi des dolents refrains
De ces anciennes cantilènes
Où, casqués d’or, les souverains
Mouraient aux pieds des châtelaines.

Et tandis que ta voix d’enfant,
Ressuscitant les épopées
sonnera comme un olifant
Dans la danse âpre des épées,

Je penserai vouloir mourir
Parmi les roses de ta robe,
Trop lâche pour reconquérir
Le royaume qu’on me dérobe.

(Stuart Merrill)

Illustration: Lauri Blank

 

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CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Cet amour (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration: Vladimir Aleksandrov
    
Cet amour – je le surestime peut-être
Faisant de n’importe quelle femme une déesse
Aux cheveux et aux dents admirables,
Et de ses gestes vides un monde de signification,
Et de son sourire, la fidélité même,
Et de sa moindre parole
l’immortalité.
Je suis trop gai peut-être,
Trop solennel, insincère,
Noyé dans mes pensées
Affamé d’un amour que je sais vrai
Mais trop beau.
Trop d’amour affaiblit,
Tous mes gestes
Dérobent mes grandes forces
Et les offrent
A ta main, à ta lèvre, à ton front.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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Le vent (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Le vent dérobe
Le foulard d’une écolière
D’une corde à linge
Un samedi matin

(Abbas Kiarostami)

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J’avais (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



J’avais une terre au bout de ma peine
La mort l’a habitée

J’avais une coupe de mes chants pleine
L’étoile l’a renversée

J’avais une source au sein de la fontaine
La mer l’a ignorée

J’avais un soleil qui caressait la plaine
La nuit l’a dérobé

J’avais un fleuve pour lit pour ma reine
Le désert l’a ensorcelé

J’avais une oasis que je partageais avec la lune
L’ombre l’a brûlée

***

I had a land at the end of my sorrow
Death has inhabited it

I had a cup full of my songs
The star has overturned it

I had a spring at the heart of the fountain
The sea has ignored it

I had a sun which caressed the plain
The night has stolen it

I had a river as a bed for my queen
The desert has bewitched it

I had an oasis that I shared with the moon
The shade has burned it

(Tahar Bekri)


Illustration: Francine Van Hove

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La terre est un pacage des étoiles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
La terre est un pacage des étoiles
ou peut-être la zone d’opérations
d’un voleur invisible.
Quoi que nous fassions ou prenions,
c’est concurrence ou usurpation,
transgression d’un droit
qui nous surveille secrètement d’en haut,
violation d’un principe antérieur à nous.

Être est donc un vol.
Être, c’est être contre quelque chose,
contre une substance fuyante
qui occupe toujours les lieux où nous sommes
et filtre par le moindre interstice.
Être est quelque chose d’interdit
à quoi nous sommes néanmoins sinistrement obligés.
A moins qu’être ne consiste simplement
à aller dérober ailleurs,
là où le vol n’est pas un délit.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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A MES AMIS (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

William Bouguereau La Jeunesse de Bacchus 1884 (Détail)-

A MES AMIS

Rions, chantons, ô mes amis,
Occupons-nous à ne rien faire,
Laissons murmurer le vulgaire,
Le plaisir est toujours permis.
Que notre existence légère
S’évanouisse dans les jeux.
Vivons pour nous, soyons heureux,
N’importe de quelle manière.
Un jour il faudra nous courber
Sous la main du temps qui nous presse ;
Mais jouissons dans la jeunesse,
Et dérobons à la vieillesse
Tout ce qu’on peut lui dérober.

(Evariste Parny)

Illustration: William Bouguereau

 

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