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Poésie

Posts Tagged ‘dérober’

L’APPROCHE DU SILENCE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

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L’APPROCHE DU SILENCE

En brèves apparitions, par la porte du jardin,
la jeune pluie subrepticement dérobe en ses voiles qu’elle déploie, la lumière qu’elle irise.
Sur ses pointes de danseuse, elle virevolte, s’arrête aux aguets,
se mire dans des boules de verre, sautille, s’esquive, s’éclipse,
mais sa présence persiste dans le jardin de gouttes constellé.

Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée.
Un seul oiseau inquiet, attentif, cesse ses trilles.
Sur mon âge lourd la pluie est si légère et je sens les changements faciles.
Encore un oiseau se tait et je perçois ce peu de silence aussi.
Cet infime silence amical, pourtant parcelle d’infini, crée un cadre à tant de charmes légers, entourant ce qui s’appesantit.

(Gyula Illyès)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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La peur de la mort (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



 

Illustration: Fred Einaudi
    
La peur de la mort

La Mort à son gré se promène dans nos vies, douce Mort
qui s’affaire à chaque souffle.
Pourquoi la redouter ? Voyez comme elle rit,
son visage est la rose de lumière d’une grâce enjouée !
Une aimante et charmante vierge cueillant des fleurs
dans un jardin embaumé, frais des ondées printanières,
telle est la chose que vous craignez, une jeune et radieuse tourière
qui ouvre à nos âmes les mondes de lumière.
Est-ce parce que la branche tordue doit souffrir
quand les plus tendres mains lui dérobent sa gloire ?
Est-ce parce que la tige sans fleur retombe, ternie
et blême, qui naguère fut si belle ?
Ou est-ce le grincement affreux quand s’ouvre le portail
qui vous ébranle, faibles âmes sans courage ?
La mort n’est que le changement de nos robes pour attendre
en habits de noce à la porte de l’Éternel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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L’INFINI (Giacomo Leopardi)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2020



Illustration
    
L’INFINI

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l’extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d’elle, dans ma pensée j’invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s’en faut
que le cœur ne s’épouvante.
Et comme j’entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l’éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m’est doux dans cette mer.

(Giacomo Leopardi)

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PEU M’IMPORTE ! (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Konstantin Kryzhitsky
    
PEU M’IMPORTE !

Peu m’importe
De vivre ou non en Ukraine.
Que l’on se souvienne de moi ou que l’on m’oublie,
De moi dans ces neiges étrangères.
Cela m’importe peu.
En captivité, j’ai grandi avec des étrangers,
Sans que les miens ne me pleurent,
En captivité, en pleurant, je mourrai
Et j’emporterai tout avec toi
Ne laissant même pas une seule petite trace
Dans notre glorieuse Ukraine,
La nôtre – qui n’est plus notre propre terre.
Et le père dans ses souvenirs,
Le père ne dira pas à son fils : « Prie,
Prie, mon fils : pour l’Ukraine
Il fut torturé jadis. »
Peu m’importe, si demain,
Si ce fils priera, ou non…
Mais ce qui m’importe réellement
C’est de constater qu’un ennemi ignoble
Endort, dérobe et consume l’Ukraine
La volant et la violant …
Ô, comme cela m’importe !

***

В казематі III

Мені однаково, чи буду
Я жить в Україні, чи ні.
Чи хто згадає, чи забуде
Мене в снігу на чужині –
Однаковісінько мені.
В неволі виріс меж чужими,
І, не оплаканий своїми,
В неволі, плачучи, умру,
І все з собою заберу,
Малого сліду не покину
На нашій славній Україні,
На нашій – не своїй землі.
І не пом’яне батько з сином,
Не скаже синові: “Молись,
Молися, сину: за Вкраїну
Його замучили колись”.
Мені однаково, чи буде
Той син молитися, чи ні…
Та не однаково мені,
Як Україну злії люде
Присплять, лукаві, і в огні
Її, окраденую, збудять…
Ох, не однаково мені.

***

Eu não me importo!

Eu não me importo
Para viver ou não na Ucrânia.
Lembre-se de mim ou me esqueça
De mim nessas neves estrangeiras.
Isso realmente não importa para mim.
Em cativeiro, cresci com estranhos,
Sem chorar minha ausência
Em cativeiro, chorando, vou morrer
E eu vou levar tudo com você
Não deixando nem um pequeno traço
Na nossa gloriosa Ucrânia,
Nossa – que não é mais nossa própria terra.
E o pai em suas memórias
Não dirá a seu filho: « Ora,
Ore, meu filho: para a Ucrânia
Ele foi torturado uma vez. «
Eu não me importo, se amanhã,
Se esse filho vai orar, ou não …
Mas o que realmente importa para mim
É notar que um inimigo ignóbil
Endortar, roubar e consumir a Ucrânia
O volante e o violador …
Oh, como isso importa para mim!

(Taras Chevtchenko)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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RICHESSE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2019



Illustration: Higorca  
    
RICHESSE

J’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
l’un en tant que rose
l’autre comme épine.
Ce qui m’a été dérobé
je n’en suis pas privé :
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
et me voilà riche de pourpre
et de mélancolie.
Ah, quel amant que la rose
et que l’épine est aimée !
Ainsi que la double forme
de fruits jumeaux,
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu.

***

RIQUEZA

Tengo la dicha fiel
y la dicha perdida:
la una como rosa,
la otra como espina.
De lo que me robaron
no fui desposeída:
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida,
y estoy rica de púrpura
y de melancolía.
¡Ay, qué amante es la rosa
y qué amada la espina!
Como el doble contorno
de dos frutas mellizas,
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida….

***

WEALTH

I have the faithful
and the lost bliss:
the one as rose,
the other as thorn.
What they stole from me
did not leave me properly less:
I have the faithful
and the lost bliss:
and I’m rich of purple.
and melancholy.
Oh, what a lover is the rose
and how beloved the thorn!
As the double contour
of two twin fruits,
I have the faithful
and the lost bliss.

***

***

BOGĂȚIE

O soartă mi-este dată
și alta înstrăinată:
întâi am trandafirul,
apoi mai am un spin.
Dar ce mi-a fost furat
tot mie-mi aparține:
căci am o soartă dată
și una înstrăinată,
în purpuri sunt bogată
și în melancolii.
Ah, pătimașă-i roza
și adorat e spinul!
Conturul se dublează
rodind îngemănat,
o soartă ce mi-e dată
și una înstrăinată.

***

REICHTUM

Ich habe das wahre
und das verlorene Glück:
das eine ist wie eine Rose,
das andere wie ein Dorn.
Was mir gestohlen wurde
hat man mir nicht geraubt:
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück
und ich bin reich an Purpur
und an Melancholie.
Ach, welch ein Liebhaber ist die Rose
und wie geliebt der Dorn!
Wie der doppelte Umriss
von Zwillingsfrüchten,
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück.

***

RICCHEZZA

Io ho la felicità devota
e la felicità perduta
una come rosa
l’altra come spina.
Di ciò che mi è stato rubato
non sono stato privato
Io ho la felicità devota
e la felicità smarrita
e eccomi ricco di porpora
e di malinconia.
Ah, chi non ama che la rosa
è amato dalle spine !
Così come la doppia forma
di frutti gemelli,
io posseggo la felicità devota
e la felicità perduta.

***

RIJKDOM

Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
het ene als roos,
het andere als doorn.
Wat mij werd ontvreemd
ben ik niet kwijt:
Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
en ik ben rijk aan paars.
en aan melancholie.
Ach, wat een minnaar is de roos
en hoe geliefd de doorn!
Zoals de dubbele vorm
van tweelingsvruchten,
ik heb het trouwe
en het verloren geluk.

***

RIQUEZA

Tenho a justa ventura
e a ventura perdida:
uma como rosa,
outra como espinho.
Do que me roubaram
não fui despojada:
tenho a justa ventura
e a fortuna perdida,
e sinto-me rica
de púrpura e melancolia.
Ai, que amante é a rosa
e que amado é o espinho!
Como o duplo contorno
de dois frutos gémeos,
tenho a justa ventura
e a ventura perdida.

***

财 富
我有忠实而
失去的幸福:
一个像玫瑰,
另一个像刺。
他们从我身上偷的东西
留给我的恰恰一样多:
我有忠实而
丢失的幸福:
我富于华丽文辞。
也易于忧郁。
哦, 这玫瑰是情人啊
这刺多么可爱啊!
就像两个并蒂
果实的双轮廓,
我有忠实的
失去的幸福…

(Gabriela Mistral)

 

Recueil: ITHACA 602
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Espagnol (Chili) / Anglais Stanley Barkan / Indi Jyotirmaya Thakur / Roumain Gabriela Căluțiu / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Renato Fiorito / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Chinois William Zhou
Sonnenberg /Editions: POINT

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ÉTRANGERS (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Wilhelm Hammershoi
    
ÉTRANGERS

Voilà, comme un enfant, qu’il tombe sur son coeur,
Solitude et douleur – et de ses yeux l’implore,
Et son sang assoiffé boit comme d’une amphore
À ses deux sources d’or la vivante liqueur,

Et sa saveur de lait – puis, poignard, il se tend
Pour ouvrir son doux corps, le fendre comme foudre,
S’éteindre dans sa sève en cendres, se dissoudre
En elle, au séminal abîme se jetant.

Ils sont assis avec les étoiles, le soir
À table. Tous les deux partagent le pain noir
Et le couteau entre eux sur la table s’étale.

Mais l’un l’autre étrangers se dérobent leurs yeux
Comme si le couteau, coupant en deux leur noeud,
Les avait séparés tels les bords de la table.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je t’écrirai lorsque tu seras morte (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Ettore Aldo Del Vigo -  (45)

Je t’écrirai lorsque tu seras morte,
Ma douce vie — ô dame sans oubli,
le dirai bouche et lèvres, je t’apporte
Des mots sans suite et des phrases de cris.
le signerai le tout du nom d’un autre

[…]

Ici la fleur, ici l’oiseau, la flamme,
Ici le rien qui ne veut pas finir.
Dans le désert, ici la voix de l’âme,
Ici la fleur, ici la fleur, ici…
Parmi la mort, un tout dernier miracle
Le chant de vie et des mots inconnus
Qu’un homme entend dans un silence d’arbre,
Ici la clef du langage perdu.
J’attends le prince aux limites du monde
Car l’invisible a dérobé mon nom.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Mon front pâle est sur tes genoux (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Lauri Blank -   (53) [1280x768]

Mon front pâle est sur tes genoux
Que jonchent des débris de roses ;
O femme d’automne, aimons-nous
Avant le glas des temps moroses !

Oh ! des gestes doux de tes doigts
Pour calmer l’ennui qui me hante !
Je rêve à mes aïeux les rois,
Mais toi, lève les yeux, et chante.

Berce-moi des dolents refrains
De ces anciennes cantilènes
Où, casqués d’or, les souverains
Mouraient aux pieds des châtelaines.

Et tandis que ta voix d’enfant,
Ressuscitant les épopées
sonnera comme un olifant
Dans la danse âpre des épées,

Je penserai vouloir mourir
Parmi les roses de ta robe,
Trop lâche pour reconquérir
Le royaume qu’on me dérobe.

(Stuart Merrill)

Illustration: Lauri Blank

 

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CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Cet amour (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration: Vladimir Aleksandrov
    
Cet amour – je le surestime peut-être
Faisant de n’importe quelle femme une déesse
Aux cheveux et aux dents admirables,
Et de ses gestes vides un monde de signification,
Et de son sourire, la fidélité même,
Et de sa moindre parole
l’immortalité.
Je suis trop gai peut-être,
Trop solennel, insincère,
Noyé dans mes pensées
Affamé d’un amour que je sais vrai
Mais trop beau.
Trop d’amour affaiblit,
Tous mes gestes
Dérobent mes grandes forces
Et les offrent
A ta main, à ta lèvre, à ton front.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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