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Posts Tagged ‘désagréger’

Mémoire (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



Andrius Kovelinas  s - With Love 

Mémoire

Le frémissement de nos souffles
se désagrège
comme des pétales
prisonniers de la main qui flétrit
je voudrais conserver le temps dans une mémoire
sans tangage ni tremblements
et retrouver la virginité de l’espoir
où les mères ne meurent pas
obscurcies de rêves détruits
d’enfants cassés
de chagrins enfouis
de mille histoires que nul ne dira
si ce n’est cette mémoire alourdie de larmes

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Andrius Kovelinas

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ROC (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




ROC

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Substance du roc qui se rappelle l’interminable interminable
Simplicité de l’immobile
Tandis que les soleils torrides, les âges de glace
Passent sur le visage du roc aussi vite que les jours.
Dans le plus long des temps se font les changements du roc,
Au plus lent de tous les rythmes, les pulsations
Qui soulèvent du coeur de la planète les chaînes de montagnes
Et les désagrège en sable au fond de la mer.

Demeure en moi la trace de la durée du roc.
Ma substance éphémère était immobile dans les veines de
la terre depuis le commencement,
Attendant patiemment sa délivrance, ne demandant pas
Quand viendrait, quand, la floraison, le flot,
La vibration, l’éveil, l’envol,
Cette nuit attendue longtemps, la venue de l’époux.

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Dont le seul état est la stase
Tandis que le cycle lent des étoiles fait tournoyer un monde de rocs
A travers les années-lumière où dans mon cauchemar je tombe en criant :
 » Dois-je traverser une distance insondable pour toujours et toujours ?  »
Tout ce qui est roc en moi répond :
 » Toujours, s’il le faut ; sois, et dure ; endure.  »

***

ROCK

There is stone in me that knows stone,
Substance of rock that remembers the unending unending
Simplicity of rest
While scorching suns and ice ages
Pass over rock-face swiftly as days.
In the longest time of all come the rock’s changes,
Slowest of all rhythms, the pulsations
That raise from the planet’s core the mountain ranges
And weather them down to sand on the sea-floor.

Remains in me record of rock’s duration.
My ephemeral substance was still in the veins of the earth
from the beginning,
Patient for its release, not questioning
When, when will come the flowering, the flowing,
The pulsing, the awakening, the taking wing,
The long longed-for night of the bridegroom’s coming.

There is stone in me that knows stone,
Whose sole state is stasis
While the slow cycle of the stars whirls a world of rock
Through light-years where in nightmare I fall crying
” Must I travel fathomless distance for ever and ever? »
All that is in me of the rock, replies
 » For ever, if it must be: be, and be still; endure. »

(Kathleen Raine)

 

 

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J’ai mal aux amours (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



J’ai mal aux amours qui se meurent
des automnes trop doux.

J’ai mal aux bras qui enserrent
et peu à peu attirent vers la terre
où se forment les accouplements
et se désagrègent les morts.

J’ai mal aux lèvres qui caressent
et transmettent l’impalpable de la tendresse ;
en l’autre bouche je ne trouve
que le goût amer de mon propre palais.

J’ai mal aux amours qui se retirent
comme d’une plage, la mer.
J’ai peur de découvrir
à la place de ma poitrine
une vasière.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

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Une pensée et sa réflexion (Paul Claudel)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2016




Une pensée et sa réflexion.
Une branche et son reflet, cette branche particulière
avec ses feuilles au milieu des autres feuilles.
Et tantôt le vent l’agite au-dessus de l’eau en extase,
patiente, et toujours recommençant le même signe,
étudiant lentement la réponse.
Et tantôt c’est elle qui reste immobile et c’est l’eau
paresseusement qui s’émeut et désagrège le reflet.
Répondant à ce choc inconnu ailleurs là-bas.

(Paul Claudel)

Illustration

 

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