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Posts Tagged ‘désarroi’

Qui es-tu ? (Bogusław Adamowicz)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Alberto Donaire

Qui es-tu ?

J’ai l’impression de descendre au fond d’un gouffre obscur,
Plus bas, plus bas, et toujours plus profond, dans le remous noir de l’ombre…
Et je marche dans des pas inconnus…Qui es-tu ? Qui est devant moi ?
Qui es-tu et d’où viens-tu, mon maître, mon prophète ?

Qui es-tu, toi qui m’éclaires du flambeau du danger sanguinaire ?
Es-tu Virgile ? qui mena Dante sur le lit des Enfers ?
Es-tu l’ombre lugubre de Manfred ? qui avançait en tenant une arme ?
Ou bien, étranger aux bienheureux, es-tu le sombre Baudelaire ?

Qui que tu sois — après toi, dans ces cercles de l’enfer,
Je descends, frère de la malédiction éternelle, réclamant la ténèbre,
Dans la Nuit, le Désarroi, dans le cœur même mourant du chaos…
— Qui que tu sois, devant moi — montre-moi ton visage…
— Es-tu Satan ?…

(Bogusław Adamowicz)

Découvert ici: poetespolonais

Illustration: Alberto Donaire

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Je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils touchent ton nom.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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ELSA (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Patrick Marquès
    
ELSA

Suffit-il donc que tu paraisses
De l’air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d’être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu’à la fin

C’est miracle que d’être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu’autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D’une aile à la cime des bois
L’arbre frémit jusqu’à la souche
C’est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t’ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m’a montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j’ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Suffit-il donc que tu paraisses
De l’air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

(Louis Aragon)

 

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Nul ne signe l’éclair (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francisco de Goya 
    
Nul ne signe l’éclair.
Nul ne dit à l’ombre montante, arrête toi.
Quelque part s’organise un complot.
La destruction s’avance.
Les visages sont encore heureux.
N’explique pas, désarroi,
Ce qui pleure, ce qui a froid
Ce qui est noir est aussi l’azur.

(Jean Malrieu)

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Comment vous faire appréhender (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Laurent Fièvre
    
Comment vous
faire appréhender
mon désarroi ?

Cette absence
qui évide
mon ventre
à n’en plus
finir ?

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Pourquoi briser ce lien entre nous ? (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Pourquoi briser ce lien entre nous ? D’où te vient cette morgue
envers un pauvre diable prêt pour toi à tous les sacrifices ?
De quel droit répugner à consoler un amour éperdu,
seul reste de vie en un corps malade ?
Si je dois me déshabituer de te voir en personne,
ne peux-tu pas venir à moi par une lettre, un messager ?
Tu es par trop changeante, déconcertante, et je m’y perds.
Que faire ? Insoluble question à mon désarroi.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Douce folie amère (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Douce folie amère t’étreint.
La folie t’aime à la folie.
Et tu t’empêtres en des désarrois
qui te font trembler et frémir.
Tu enfonces de petites aiguilles
dans ta propre chair.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Rien n’obscurcira la beauté de ce monde (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




Rien n’obscurcira la beauté de ce monde
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
Peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
L’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
La lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
Le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
Et les veilles auprès du mourant. Et le retour
Vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
Abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
Mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
Sombres, recouvraient les jardins à mon approche
La femme aimée tournait de loin sa face aveugle
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
La charrue dans le champ comme un soleil levant,
Félicité, rivière glacée, qui au printemps
S’éveille et les voix. chantent dans le marbre
En haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
Si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.

Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
Rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
Car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
Et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
Et les contrées du rire et la quiétude
Joyeux nous marcherons vers la dernière épreuve
Le front dans la clarté, libation de l’espoir,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Gilbert Garcin

Emprunté chez Lara, merci pour la découverte ici

 

 

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FASTES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017




    
FASTES

L’été chantait sur son roc préféré quand tu m’es apparue,
l’été chantait à l’écart de nous qui étions silence, sympathie, liberté triste,
mer plus encore que la mer dont la longue pelle bleue s’amusait à nos pieds.

L’été chantait et ton cœur nageait loin de lui.
Je baisais ton courage, entendais ton désarroi.
Route par l’absolu des vagues vers ces hauts pics d’écume
où croisent des vertus meurtrières pour les mains qui portent nos maisons.
Nous n’étions pas crédules.
Nous étions entourés.

Les ans passèrent.
Les orages moururent.
Le monde s’en alla.
J’avais mal de sentir que ton cœur justement ne m’apercevait plus.
Je t’aimais.
En mon absence de visage et mon vide de bonheur.
Je t’aimais, changeant en tout, fidèle à toi.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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AMAS SINISTRE OU QUARANTE-HUITESQUE (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Albert Herter 
    
AMAS SINISTRE OU QUARANTE-HUITESQUE

Ils partaient tous et adieu,
et adieu et adieu et à Dieu.
Moi, seul qui ne partais pas,
partais dans ce désarroi.

***

TRISTISSIMA COPIA OVVERO QUARANTOTTESCA

Partivan tutti e addio
e addio e addio e a Dio.
Soltanto chi non partiva (io)
partiva in quel rimescolio.

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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