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Poésie

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De mon enfance (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Edward Hopper

    

De mon enfance, je revois le couchant
s’étendre sur le plancher usé
et se replier lentement dans l’ombre
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le coeur tire sur ses liens.
j’ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu’un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l’après-midi si large de l’été ?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité
et renversées parmi leurs seins, les femmes
sont les plus belles blessures du monde
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

Au-dessus de la terre, il y a une chambre
où la solitude et le papier peint sont éternels.
Quand je n’y suis pas, des femmes de clarté
vont au-devant du jour ou de l’armoire

et, dès que je rentre, rejoignent mes yeux.
Gardiennes de secrets, elles revivent en moi
comme un buisson éperdu de printemps.
Le coeur s’enfonce dans le corps

tiède de pleurs, de plantes et de sources.
La voix n’a plus d’ombre, ni de retard
et monte comme une lame ensanglantée
de la terre entr’ouverte par le ciel.

Une grande amertume envahit la fenêtre
qui dénude le front avec un reste de jour
en y laissant la cicatrice des veines
et partout le rire jaillit des bouteilles.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans les odeurs descendues des lilas (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



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Dans les odeurs descendues des lilas
le soir s’imposait
encore chargé de couleurs

On décelait
une attente de pas familiers
sur des outils délaissés
les conquêtes de l’usure

Le murmure continu de bruits
venus d’ailleurs
sur un mur de clôture
les derniers sursauts du jour

(Georges Bonnet)

 Illustration: Claude Monet

 

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Il est celui de nous qui a quitté le masque (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2016



Il est celui de nous
Qui a quitté le masque,

Au moins pendant le temps
Qu’il s’immole à son rire.

Ce temps passé,
Il ne sait plus quoi faire
De son visage, descendu
Trop bas pour lui.

Comme puni
D’avoir permis à tous

De se complaire
A leur sérieux.

(Guillevic)

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Vois-tu (Charles Nodier)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Vois-tu la bise emporter l’aile d’un papillon mort –
ou bien le duvet impalpable qu’elle a chassé d’un nid nouvellement abandonné –

ou bien la foliole tournoyante de la graine de tilleul –

ou bien l’aigrette argentée d’une flosculeuse qui monte en se balançant comme un aérostat,
et s’enfuit, pour aller jeter au revers de la montagne ses légères ancres de soie –

ou mieux encore, ces flocons d’un blanc neigeux qu’une vierge des planètes a laissé tomber de sa chevelure,
et que la plus légère émanation de ton souffle renvoie au ciel d’où ils sont descendus… ?

Voilà ma voiture aérienne, celle avec laquelle je visite les Soleils…

(Charles Nodier)

 

 

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8 septembre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2015



8 septembre

Aujourd’hui, notre temps a été coupe pleine,
aujourd’hui, notre temps a été vague immense,
aujourd’hui, terre entière.

Aujourd’hui la mer, houle furieuse,
nous a portés si haut dans un baiser
que nous avons tremblé
sous l’éclair fulgurant
et l’un à l’autre liés, nous sommes descendus
au fond des eaux sans desserrer l’étreinte.

Aujourd’hui nos corps ont grandi, grandi,
ils sont arrivé jusqu’au bout du monde
et ils ont roulé, fusionné :
goutte unique
de cire ou météore.

Entre nous – toi et moi – une porte nouvelle
s’est ouverte où quelqu’un, encore sans visage,
nous attendait.

(Pablo Neruda)


Illustration: Giorgio de Chirico

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