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Posts Tagged ‘désenchantement’

DÉSENCHANTEMENT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



 

Georg Grimm_1885,_Vista_de_Teresópolis [800x600]

DÉSENCHANTEMENT
Teresópolis, 1912

J’écris des vers comme on pleure
De découragement… de désenchantement…
Ferme mon livre, si ce jour
Tu n’as aucune raison de pleurer.

Mon vers est sang. Volupté ardente…
Tristesse éparse… Remords vain…
Il me brûle les veines. Amer et chaud,
Il coule, goutte à goutte, de mon coeur.

Et dans ces vers de rauque angoisse
Comme des lèvres la vie s’en va,
Laissant une âcre saveur dans la bouche.

– J’écris des vers comme on meurt.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Georg Grimm

 

 

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Poème pour mon ombre (Marie-Célie Agnant)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 Ettore Aldo Del Vigo 1_1280

Poème pour mon ombre

grises ou mordorées
quand autour des rêves
s’estompent les brumes
demeure le désenchantement

paumes vers le ciel affronter le renoncement

fais appel si le coeur t’en dit
aux diseuses de bonne aventure
supplie-les de te redire
l’éblouissement
les miracles
quémande les vertiges
face contre terre maudis le chant des sirènes

il y a un homme disent-elles toujours
qui vous regarde
qui nous regarde
l’amour est là
il était là
au début
il était

très tôt tu apprendras
ce poids de la soif
hydre d’eau douce à la chair amère
rocher informe
lourdement
au plus profond de toi
de matière vivante
très tôt tu seras
matière inerte
deviendras
d’un tout
deviendras
ne seras
que
plus que
rien que
fragments épars

le temps poursuit sa route
voyage interminable
nulle terre en vue

l’entêtement est souvent un ennemi tenace

réinvente si tu peux les premières lueurs
réapprends situ veux le désir
mais surtout

invite ton ombre à te tenir compagnie

(Marie-Célie Agnant)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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Pervenche desséchée (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Pervenche desséchée

Moi, je me suis éveillée sur la terre
par une belle matinée d’avril.
Un ruisseau faisait entendre son doux murmure à mes pieds;
des oiseaux chantaient sur ma tête;
la brise parfumée se jouait dans mes cheveux.
La terre m’a paru si belle dans sa nouvelle parure,
le ciel si bleu, le soleil si radieux,
que j’ai senti mes yeux s’humecter de larmes.

Sans attendre le lendemain, je suis partie.
La terre, en ce moment, m’aurait fait oublier le peuple des fleurs.
Mais aussi, peut-être, quel désenchantement le lendemain! …
J’ai voulu conserver mes illusions.

Quand je serai de retour,
je demanderai à la Fée de me laisser, chaque année,
passer une heure sur la terre,
pour me mirer au bord de l’eau,
voir le ciel et respirer la brise,
une heure rapide et fugitive,
l’heure du printemps.

(J.J. Grandville)

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Incantation (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Karen LaMonte
    
Incantation

Guidé seulement par l’ombre et le parfum
qui disent ton nom et le désenchantement
de tant de choses en toi et ce qui reste
recouvert par les cendres qui te résument,

je reviendrais par les miroirs hantés
comme reviennent Usher ou Ulalume
pour proposer l’obscur troc, le chant
qui incarnera l’horreur qui nous consume.

Mais si je pense, l’amie, à la force
de l’impalpable brume de ton éclipse
seulement dans ton parfum et dans ton ombre,

ma volonté se rend à son fantôme
et préfère sombrer dans toute l’absence
où un néant cet autre néant nomme.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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DESENCHANTEMENT (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2015




DESENCHANTEMENT

Il n’y a plus de baisers épanouis sur des lèvres flétries
Plus de sourires sur des bouches amères
Je vis un exil de souffrance
Pourtant le soleil m’enseigne ce qu’est la lumière
Un feu hargneux couve sous la cendre
Toute une couvée de braises
En plein jour un nuage très sombre
Passe dans un ciel insomniaque
Au-dessus de véritables champs d’oiseaux
La maison dont les vitres pleurent
S’abrite sous son toit de tuiles
Dans mes propres souvenirs au soleil de l’enfance
Je vois de nombreuses péniches lourdement chargées suivre le courant
Je me demandais déjà si les étoiles étaient les yeux de l’infini.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Dina Goldstein

 

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